Stratégie IA 2026-2030 : n'attendez pas l'État pour automatiser
Le 17 août, un conseil ministériel a validé les grandes lignes d'une stratégie nationale d'intelligence artificielle pour 2026-2030. Le ministre des Technologies de la communication, Sofiane Hemissi, l'a présentée devant la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri. Première annonce d'une stratégie IA tunisienne : avril 2018.
Huit ans d'annonces, aucun texte au Journal officiel
Le compte est vite fait. Groupe de travail créé en 2018, mémorandum signé par quatre ministres en février 2022, « finalisation imminente » annoncée fin 2023, puis en novembre 2024, puis encore à la mi-2025. En juillet 2026, le ministre présentait les principes de la démarche à l'international pendant qu'aucun document officiel n'existait à l'intérieur du pays. Le Conseil stratégique de l'économie numérique, censé piloter tout cela, n'a plus de réunion publiquement documentée depuis mars 2018. L'Agence de développement du numérique, annoncée la même année, n'a jamais vu le jour.
Pendant ce temps, le Rwanda a adopté sa politique nationale d'IA en avril 2023 et monté un bureau dédié. Le Kenya a publié sa stratégie 2025-2030 en mars 2025. Le Maroc a sorti sa feuille de route « Maroc IA 2030 » en janvier 2026, avec un budget affiché de 11 milliards de dirhams.
Le texte présenté en août ? Pas de budget chiffré. Pas de calendrier détaillé. Pas d'indicateurs de résultat. On y parle de souveraineté numérique, de protection des droits constitutionnels, de position géographique entre l'Europe, l'Afrique et le monde arabe. Tout cela est vrai et ne vous concerne pas cette année.
Le supercalculateur du CCK ne rapprochera pas vos comptes
En juillet, le Centre de calcul El Khawarizmi a reçu un supercalculateur évalué à 32 millions de dinars, ce qui place la Tunisie au troisième rang africain pour la puissance de calcul académique. Excellente nouvelle pour les laboratoires. Pour un négociant de matériaux à Ben Arous qui perd deux jours par mois à rapprocher ses bons de livraison de ses factures, l'effet est nul.
J'ai vu un gérant afficher fièrement l'article sur le supercalculateur dans son bureau, à côté d'un calendrier de 2023 qu'il n'avait jamais retiré. Son stock théorique et son stock réel divergeaient de 19 %.
Les indicateurs racontent d'ailleurs deux histoires opposées. Côté matière grise, la Tunisie est 29e mondiale en publications scientifiques sur l'IA, deuxième d'Afrique à l'AI Talent Readiness Index 2025 avec 51,8 points, et forme environ 30 000 diplômés par an en ingénierie et informatique. Côté État, l'AI Readiness Index la fait reculer de la 54e place en 2019 à la 88e en 2025 sur 195 gouvernements. Les compétences existent. La capacité à gouverner leur usage, beaucoup moins.
Votre vrai goulot, ce n'est pas l'algorithme
Une PME tunisienne moyenne, en 2026, gère ses devis sous Excel, son stock dans un cahier ou un logiciel de caisse isolé, ses commandes clients sur WhatsApp, sa paie chez un comptable externe qui renvoie un PDF le 12 du mois. Cinq réalités séparées qui ne se parlent pas. Aucune intelligence artificielle du monde ne rattrape ça.
Un modèle entraîné sur un stock faux vous donnera une prévision fausse, plus vite et avec plus d'aplomb. C'est même le danger : l'outil ne dit jamais « je ne sais pas ».
Avant d'acheter de l'IA, réunifiez vos données. Une seule fiche par client, qu'il soit acheteur, fournisseur occasionnel ou associé. Un seul stock. Un historique de prix consultable. Le jour où cette base existe, les usages utiles arrivent d'eux-mêmes : détection des écarts de marge par article, relance automatique des impayés selon le comportement de paiement réel, extraction des factures fournisseurs sans ressaisie.
Vos obligations 2026 fabriquent déjà le carburant
Voilà le paradoxe intéressant de l'année. Tout ce que l'administration vous impose depuis janvier structure vos données à votre place. La facture électronique force un format normalisé. La plateforme TEJ de la DGI centralise vos déclarations et vos retenues à la source. Le dépôt des états financiers passe exclusivement par la plateforme du RNE. La déclaration mensuelle des salaires à la CNSS, avant le 15, impose une paie tenue au jour le jour plutôt qu'une régularisation en fin de trimestre.
Chacune de ces contraintes, prise isolément, coûte du temps. Ensemble, elles produisent exactement ce dont un système de gestion moderne a besoin : des flux datés, typés, contrôlables. C'est le raisonnement qui structure la suite Axiom — un identifiant unique par tiers, une chaîne documentaire continue du devis au règlement, et la comptabilité qui se déduit des mouvements plutôt que l'inverse. Une fois cette colonne vertébrale en place, l'IA devient une couche qu'on ajoute. Pas un projet.
Trois questions avant de signer avec un fournisseur
- Puis-je exporter la totalité de mes données, à tout moment, dans un format lisible ? Si la réponse est floue, la conversation s'arrête là.
- Où sont hébergées mes données, et sous quelle juridiction ? Le débat sur le cloud souverain n'est pas tranché au niveau national ; il l'est chez vous, par contrat.
- Que se passe-t-il quand une plateforme publique tombe ? L'agence nationale de cybersécurité a recensé 657 000 signalements d'incidents au premier semestre 2026, dont environ 35 000 attaques par déni de service. Votre outil doit continuer à produire des documents hors ligne et les transmettre ensuite.
Ma position, et elle est ferme : si un prestataire vous conseille d'attendre la publication du cadre national avant d'automatiser quoi que ce soit, changez de prestataire. La stratégie 2026-2030 finira peut-être par exister sur le papier. Votre exercice comptable, lui, se clôture le 31 décembre.
Consacrez ce dernier trimestre à unifier vos référentiels clients et articles dans un seul système. L'intelligence artificielle attendra 2027, et elle sera cent fois plus utile sur une base propre.


