Dalil : 3 197 démarches recensées, vos pièces suivent-elles ?
Elle doit ouvrir ce mois-ci. La plateforme « Dalil » réunit 3 197 démarches administratives, et la moitié concerne des entreprises. Annoncée à 70 % d'avancement fin juin par la direction générale des réformes à la Présidence du gouvernement, elle promet un point d'entrée unique. Ce n'est pas un guichet. C'est un annuaire.
Ce que dit vraiment l'inventaire
Le décompte mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il décrit l'administration telle qu'elle fonctionne, pas telle qu'elle se raconte. Sur les 3 197 procédures recensées dans le cadre du programme de réforme administrative 2020-2027, 2 255 ont été simplifiées — pièces allégées, étapes numérisées, services décentralisés — et 177 ont été supprimées parce qu'elles ne servaient plus à rien. Un quart vise les particuliers, un quart est commun aux deux. La moitié vous vise, vous.
Un autre chiffre compte davantage : 43 % des procédures mobilisent plus d'une administration. Gardez-le en tête.
Le plan de développement 2026-2030 fixe la barre à 70 % de procédures simplifiées fin 2026, 100 % en 2027, avec une couverture territoriale portée à 80 % contre 67 % aujourd'hui. Sur le papier, la trajectoire tient.
Le précédent qui devrait vous rendre prudent
La Tunisie ne découvre pas le portail administratif. Le Portail national des services existe. Idaraty existe. SICAD aussi. Qui s'en sert ?
Un papier du Temps, en juillet, prenait l'exemple de l'extrait de naissance : disponible en ligne depuis des années, et les bureaux d'état civil restent bondés. Les gens préfèrent repartir avec le papier dans la main, quitte à y passer la matinée. C'est humain. Ça coûte cher.
Pour une entreprise, ce réflexe se paie en heures de comptable et en dossiers qui reviennent incomplets. Dalil apportera une information fiable, chaque ministère étant censé maintenir sa propre rubrique et rattacher chaque démarche à l'organisme compétent. Mais l'information n'a jamais été votre vrai problème.
Ce que ces 43 % vous coûtent
Quand une démarche traverse trois administrations, votre dossier ne circule pas vraiment : il est reconstitué à chaque étape. Le bureau qui reçoit ne fait pas confiance à la pièce que le bureau précédent a acceptée. On redemande l'attestation CNSS, l'extrait du registre national des entreprises, le RIB, la copie de la patente. Et il y a toujours une pièce dont la validité vient d'expirer — trois semaines trop tôt, jamais trois mois.
Un industriel de Ben Arous m'a montré un jour son classeur de dossiers en cours : une pochette plastique verte par démarche, des post-it collés sur la tranche, l'écriture d'au moins deux personnes différentes. Trois pochettes contenaient la même attestation fiscale, éditée à trois dates, parce que plus personne ne savait laquelle tenait encore. Personne n'était négligent. Il manquait un endroit unique où chaque pièce vit avec sa date.
Le dossier permanent, côté entreprise
La facture électronique vous a déjà imposé cette discipline sans vous demander votre avis : format normalisé, référence unique, archivage sur dix ans. Vos pièces administratives, elles, dorment encore dans des boîtes mail et des dossiers partagés que personne ne range.
Ce qu'il faut construire tient en peu de choses :
- Vos identifiants au même endroit : matricule fiscal, identifiant RNE, affiliation CNSS, code en douane le cas échéant.
- Chaque attestation stockée avec sa date d'émission et sa date de péremption, pas seulement son fichier PDF.
- L'historique des dépôts : quelle démarche, quel bureau, quelle date, quel numéro d'enregistrement.
- Un responsable nommé par famille de démarches. Pas « le service administratif ».
- Les pièces rattachées au tiers concerné — banque, administration, fournisseur — et non à un dossier orphelin sur un poste.
Dans Axiom, une attestation est un document daté, rattaché à un tiers et porteur d'une échéance : le jour où elle expire, elle remonte d'elle-même. Aucune magie là-dedans, du calendrier. Un tableur bien tenu produit le même résultat, à condition que quelqu'un le tienne réellement.
Ce que je ferais d'ici décembre
N'attendez pas l'ouverture de Dalil comme un événement. Faites l'inventaire de vos propres démarches : dans une PME, quinze à vingt procédures couvrent l'essentiel de l'année — déclarations mensuelles, acomptes provisionnels, formalités CNSS, renouvellements d'agréments, dossiers de marchés publics, dédouanement. Écrivez-les. Notez pour chacune les pièces exigées et leur durée de validité.
Quand la plateforme ouvrira, vous n'aurez plus qu'à corriger les écarts, et vous verrez tout de suite lesquelles ont été allégées pour de bon.
Ma recommandation tient en une phrase : traitez le portail comme une source d'information, et gardez la preuve chez vous, datée, nommée, retrouvable en trente secondes. L'administration se numérise à son rythme, et ce rythme ne vous appartient pas. Le temps que vous passez à chercher un papier, si.


