Inflation à 5,4 % en août : votre coût de revient a vieilli
La note de l'INS est tombée le 5 septembre. Inflation d'août : 5,4 %, après 5,1 % en juillet. Trois dixièmes de point. Sur le papier, presque rien. Dans la marge d'une PME qui achète chaque semaine et facture au tarif de janvier, c'est déjà une hémorragie.
La moyenne ment, et elle ment beaucoup
Ce 5,4 % n'existe dans aucune entreprise réelle. C'est un panier statistique. Regardez le détail publié par l'Institut national de la statistique : les produits alimentaires et boissons montent de 7,5 % sur un an, tirés par la viande de volaille (+16,5 %), la viande ovine (+14,7 %), les fruits (+14,4 %), le bœuf (+13,6 %) et le poisson frais (+10,9 %). Sur le seul mois d'août, les œufs prennent 12,9 % et la volaille 11,4 %. Pendant ce temps, l'habillement recule de 4,7 % — les soldes d'été, rien de plus.
La ligne la plus parlante est ailleurs. Les produits à prix libres augmentent de 6,5 % sur un an. Les produits encadrés, 1,3 %. La compensation tient encore une partie du panier ; le reste est livré au marché, à la logistique, au prix des intrants importés. Si votre activité ne touche pas les produits administrés — et c'est le cas de l'immense majorité des PME — l'inflation que vous subissez réellement est plus près de 6,5 que de 5,4.
L'inflation sous-jacente, hors alimentaire et énergie, s'établit à 4,9 %. Les services montent de 4,3 %, les produits manufacturés de 4,7 %. Autrement dit : ça monte partout, à des vitesses différentes.
Votre coût de revient date de quand ?
Question simple, et la réponse est rarement rassurante. Dans beaucoup de PME tunisiennes, le prix d'achat inscrit sur la fiche article a été saisi une fois, à la création de l'article, et n'a plus jamais bougé. Le stock est valorisé au dernier prix connu, quand il est valorisé. Le prix de vente, lui, a été fixé en appliquant un coefficient à ce coût fossilisé.
Un traiteur de la banlieue nord de Tunis me racontait ça au printemps. Il facturait ses plateaux au tarif d'une plaquette imprimée en février — papier glacé, il y tenait beaucoup. Entre-temps, les œufs et la volaille avaient fait ce qu'on vient de lire. Il vendait à perte sur trois références et son résultat mensuel ne le lui disait pas, parce que sa comptabilité arrivait avec un trimestre de retard.
C'est le vrai risque de cette période. Pas la hausse des prix en elle-même. Le décalage entre le moment où votre coût change et le moment où vous l'apprenez.
Devis, contrats annuels, prix fermes
Un devis sans durée de validité, en 2026, est une promesse que vous n'avez aucun moyen de tenir. Trente jours devraient être un maximum, et beaucoup d'activités devraient descendre à quinze pour tout ce qui touche l'alimentaire ou l'import.
Même chose pour les contrats-cadres à prix ferme signés en début d'année. Un hôtelier qui a bloqué ses tarifs de restauration sur douze mois en décembre a pris un pari perdant — les services d'hébergement, eux, progressent de 15,6 % sur un an, ce qui donne une idée du niveau de tension. Si vos contrats n'ont pas de clause de révision indexée sur un indice publié, la prochaine négociation devrait commencer par là.
Ne passez surtout pas +5 % sur tout
C'est le réflexe, et c'est une erreur. Appliquer l'inflation moyenne à l'ensemble d'un catalogue revient à augmenter les articles qui n'en avaient pas besoin — vous perdez des clients — tout en continuant à vendre à perte ceux qui ont vraiment bougé. Double peine, invisible dans le chiffre d'affaires global, très visible dans le résultat à la fin de l'exercice.
La bonne granularité, c'est l'article. Ou au minimum la famille d'articles. Un distributeur qui recalcule sa marge réelle ligne par ligne découvre en général deux choses : que 15 % de ses références détruisent de la valeur, et que d'autres supportaient une hausse depuis six mois sans que personne n'ose la passer.
Ce que votre gestion doit savoir faire
Techniquement, ce n'est pas sorcier. Il faut que le prix d'achat soit historisé à chaque réception, pas écrasé. Que le coût moyen pondéré se recalcule automatiquement quand la marchandise entre. Que l'écart entre le prix de la commande et celui de la facture fournisseur remonte à quelqu'un. Que les tarifs de vente soient versionnés avec une date d'effet, pour qu'un devis émis en juin reste facturable à son prix de juin sans polluer les nouveaux.
Et qu'une alerte se déclenche quand une vente passe sous un seuil de marge. C'est le genre d'automatisme qu'on attend d'un ERP — c'est d'ailleurs ce que nous avons câblé dans Axiom, valorisation du stock et marge réelle recalculées à chaque mouvement — mais un fichier bien tenu, revu chaque semaine, vaut mieux qu'un logiciel qu'on ne met jamais à jour.
N'oubliez pas la main-d'œuvre. Le SMIG a été relevé par décrets au printemps, avec effet rétroactif au 1er janvier, et les conventions sectorielles ont apporté leur propre revalorisation. Si votre coût horaire de production est resté celui de 2025, vos prix de revient industriels sont faux.
Ma recommandation : bloquez une matinée cette semaine. Sortez vos vingt références les plus vendues, mettez en face le dernier prix d'achat facturé — pas celui de la fiche, celui de la facture — et calculez la marge réelle. Vous saurez alors quels prix augmenter, de combien, et lesquels laisser tranquilles. Puis instaurez ce contrôle tous les mois. En période de 5,4 %, un tarif qu'on ne revoit qu'une fois par an n'est plus un tarif, c'est un vœu.


