Réserves à 98 jours : vos achats à l'import changent de calendrier

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Piloter des achats à l'import dans un fichier en dinars est devenu une faute de gestion. Pas une maladresse. Une faute.

25 155,2 millions de dinars. C'est le niveau des avoirs nets en devises de la Banque centrale au 14 août 2026, soit 98 jours d'importation. Un an plus tôt, la même semaine, on était à 104. Six jours de moins. Et beaucoup de PME importatrices qui n'ont jamais regardé ce chiffre.

Elles ont tort.

Six jours, ça ressemble à rien

Un ratio de couverture, c'est un stock rapporté à un flux : combien de temps le pays pourrait continuer à payer ses importations si plus une devise n'entrait. Personne n'imagine ce scénario. Ce n'est pas l'intérêt de l'indicateur. Son intérêt, c'est qu'il bouge vite et qu'il raconte, presque en direct, la tension sur le robinet par lequel passe le paiement de votre fournisseur turc, italien ou chinois.

Regardez le mois d'août. Le 15 juillet, la Tunisie a remboursé 700 millions d'euros de principal, une opération dont le coût global — intérêts compris — a été estimé autour de 2,5 milliards de dinars. Le 2 août, la couverture tombait à 92 jours, contre 101 avant l'échéance. Puis elle est remontée : 97 le 6, 99 le 10, 98 le 14. L'économiste Moëz Soussi a rappelé que cette échéance était la plus lourde de l'année, sur un total d'environ 8,5 milliards de dinars de dette extérieure à honorer en 2026.

Donc oui, ça respire. Le stock encaisse le choc et se reconstitue en trois semaines grâce au tourisme (4 718 millions de dinars de recettes au 10 août, en progression sur un an) et aux transferts des Tunisiens résidant à l'étranger, également en hausse. Mais la pente annuelle, elle, reste orientée vers le bas.

Le déficit commercial pousse dans l'autre sens

Sur les sept premiers mois de 2026, le déficit commercial s'est creusé de 25,7 % en glissement annuel. La croissance du deuxième trimestre est ressortie à 1,4 % en variation trimestrielle selon l'INS, le chômage à 14,9 %. La Banque africaine de développement, dans son rapport pays 2026, décrit une reprise qui tient à l'agriculture et au tourisme sans élan de rattrapage.

Traduisez : les entrées de devises dépendent de deux secteurs saisonniers, pendant que les sorties, elles, suivent le rythme de vos containers. Vous êtes du côté des sorties.

Votre banquier ne vous parlera jamais de jours d'importation

Il vous parlera de dossier incomplet, de facture pro forma non conforme, de domiciliation à régulariser. C'est le même sujet vu d'en bas. Quand la ressource se tend en haut, elle se traduit en bas par des délais de traitement qui s'allongent et des banques qui deviennent tatillonnes sur des pièces qu'elles acceptaient sans broncher six mois plus tôt.

Un importateur de pièces détachées de Ben Arous me racontait avoir vu un transfert de 34 000 euros bloqué onze jours parce que la référence du connaissement était saisie avec un espace de trop. Onze jours. Son fournisseur bloquait l'expédition suivante, ses clients râlaient, et lui découvrait que son logiciel de gestion — un tableur, en l'occurrence, avec un onglet par année depuis 2019 — ne lui disait pas combien il devait au total en euros ce jour-là.

Un code des changes de 1976 et un projet de 91 articles

Le cadre juridique qui régit tout cela date de 1976. Quarante ans avant le premier virement SWIFT depuis un smartphone tunisien, donc. Le projet de nouveau code, 91 articles, est en examen à l'Assemblée des représentants du peuple ; la commission des finances avait achevé près de 90 % de ses auditions à la mi-juin 2026 et visait un vote avant la fin de session. La CONECT a déposé 41 propositions d'amendement. Les débats portent sur l'investissement à l'étranger, les comptes en devises, les sanctions.

La loi de finances 2026 a déjà entrouvert la porte : tout résident peut ouvrir un compte en devises via un intermédiaire agréé, sans autorisation préalable de la BCT. C'est concret, c'est disponible, et une majorité de PME exportatrices ne l'ont toujours pas fait.

Ce qu'il faut corriger dans votre gestion, sans attendre le vote

Voici mon opinion, et elle va déplaire à quelques comptables : piloter des achats à l'import dans un fichier en dinars est devenu une faute de gestion. Pas une maladresse. Une faute. Parce que le dinar que vous inscrivez le jour de la commande n'est pas celui que vous paierez le jour du transfert, et que l'écart, sur un exercice, dépasse souvent la marge nette de la ligne produit concernée.

Ce qui devrait tourner chez vous dès cette rentrée :

  • Un échéancier fournisseurs tenu dans la devise d'origine, avec la contre-valeur dinar recalculée au cours du jour, pas au cours de la commande.
  • Le délai bancaire réel intégré à votre planning d'approvisionnement — mesurez-le sur vos douze derniers transferts, vous serez surpris.
  • Les écarts de change constatés en compte séparé, pour savoir ce qu'ils vous coûtent vraiment.
  • Un stock de sécurité recalculé sur le délai administratif et non sur le délai logistique.

Un ERP correctement paramétré fait ces quatre choses sans intervention humaine ; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons construit la gestion multidevise d'Axiom autour de l'échéancier plutôt que du seul document de facturation. Mais l'outil compte moins que la discipline.

Ma recommandation, nette : reprenez vos achats import des six derniers mois, calculez l'écart entre le cours de commande et le cours de paiement, et si le montant dépasse 1 % de votre chiffre d'affaires import, arrêtez tout et remettez votre suivi fournisseurs en devise avant octobre. Les échéances souveraines de 2027 arriveront, et vos délais bancaires avec elles.

À lire aussi