Croissance à 2,3 % : la moyenne qui ne pilote pas votre PME
L'Institut national de la statistique a publié ses comptes trimestriels le 16 août. Croissance de 2,3 % sur un an au deuxième trimestre, 1,4 % par rapport au trimestre précédent. Le chiffre a tourné en boucle pendant une semaine. Pour piloter votre entreprise, il ne vaut presque rien.
Derrière 2,3 %, quinze points d'écart
Regardez le détail. L'agriculture progresse de 5,5 % et apporte à elle seule 0,51 point de croissance. Les services avancent de 1,9 %, avec l'hôtellerie-restauration à 4,6 %, l'information et la communication à 3,5 %, le transport à 1,7 %. L'industrie plafonne à 0,3 %. Les manufacturières font 0,9 % — l'agroalimentaire 2,1 %, les industries mécaniques et électriques 1,6 %. Et l'énergie recule de 1,7 %, tirée vers le bas par les mines qui chutent de 9,6 %.
Entre une exploitation agricole et une société minière, l'écart de trajectoire dépasse quinze points. Sur la même période, dans le même pays. Appeler cela « l'économie tunisienne » est une commodité de langage.
Le bâtiment mérite un arrêt : +3,6 % sur un an, mais +16,8 % sur le seul deuxième trimestre. Un redémarrage brutal après des trimestres atones. Si vous vendez du carrelage, de la quincaillerie ou des prestations aux entreprises de BTP, ce 16,8 % vous concerne infiniment plus que le 2,3 % national. Personne ne l'a mis en titre.
Six semaines de retard, et des chiffres révisables
Les comptes du deuxième trimestre sortent à la mi-août. Le trimestre s'est achevé le 30 juin. Vous apprenez donc fin août ce qui s'est passé en avril, mai et juin, et ces estimations seront révisées, comme elles le sont toujours.
Votre banquier, lui, regarde votre encours du mois. Votre fournisseur regarde votre retard de paiement de la semaine. Votre trésorerie ne connaît pas le glissement annuel.
Un gérant de PME de Ben Arous nous a montré l'an dernier le classeur où il archive les communiqués de l'INS. Trois ans de coupures rangées par trimestre, annotées au stylo rouge. Le classeur était bleu, à anneaux, un peu déformé sur le dessus. Nous lui avons demandé son délai moyen d'encaissement client. Il ne le savait pas.
Les quatre chiffres qui devraient vous occuper
La marge brute par famille de produits, et non la marge globale. Cette dernière masque exactement ce que le PIB national masque : une gamme qui s'effondre pendant qu'une autre compense, et vous ne voyez qu'une ligne stable.
Le délai moyen d'encaissement client, exprimé en dinars autant qu'en jours. Savoir que vous encaissez à 74 jours ne produit pas le même effet que voir 380 000 dinars immobilisés chez trois clients.
La rotation de stock, référence par référence. Les dormants ne coûtent pas seulement de la place : ils consomment de la trésorerie que vous cherchez ensuite auprès de votre banque, à 7 % de taux directeur.
Le taux de service, enfin. Combien de commandes livrées complètes et à la date promise.
Ces quatre-là, une PME peut les sortir chaque lundi matin si sa facturation et son stock vivent dans le même système que sa comptabilité. C'est la vraie raison d'installer un ERP — pas la conformité ELFATOORA, qui n'est qu'un prétexte administratif utile. Dans Axiom, ce sont quatre écrans. Dans un fichier Excel repris de main en main depuis 2019, c'est deux jours de travail par mois et une erreur de recopie par trimestre.
Ce que le contexte macro dit quand même
Deux données méritent d'entrer dans votre budget. La demande intérieure progresse de 3,3 % et contribue pour 3,61 points à la croissance, pendant que le commerce extérieur en retire 1,33 point : les importations montent de 11,2 %, les exportations de 10,4 %. Pour un importateur, la pression sur les devises ne se relâche pas.
Le taux directeur de la Banque centrale, lui, reste à 7 % après la baisse du début d'année, et les banques n'en ont pas répercuté grand-chose sur leurs conditions. Si votre plan pour 2027 suppose un crédit d'exploitation nettement moins cher, révisez-le maintenant.
14,9 % de chômage, et vous ne trouvez pas de comptable
Le taux de chômage s'établit à 14,9 % au deuxième trimestre, en très légère baisse. Un dirigeant lit ce chiffre et se dit que le recrutement sera simple. Puis il passe trois mois à chercher un responsable administratif capable de sortir une déclaration CNSS et un rapprochement bancaire sans supervision.
La pénurie ne porte pas sur la main-d'œuvre en général, elle porte sur des profils précis. Et elle se règle autant par l'outillage que par l'embauche : la personne qui passe ses journées à ressaisir des factures dans un tableur n'est pas disponible pour analyser vos marges.
Ce que nous vous recommandons
Cessez de bâtir votre budget sur la prévision nationale. Prenez le taux de croissance de votre sous-secteur, que l'INS publie gratuitement, et confrontez-le à votre chiffre d'affaires des douze derniers mois. Vous faites mieux que votre secteur ? Vous gagnez des parts de marché. Vous faites moins bien alors que votre secteur affiche 4,6 % ? Le problème est chez vous, pas dans la conjoncture.
Fixez-vous une échéance concrète : d'ici la publication des comptes du troisième trimestre, à la mi-novembre, vous devez pouvoir sortir vos quatre indicateurs en moins d'une heure. Sans appeler votre expert-comptable.


