Inflation à 5,1 % : le chiffre qui fausse vos tarifs

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 5 min de lecture
Votre inflation à vous n'est pas 5,1 %. C'est un chiffre national qui ne paie aucune de vos factures.

Le 5 août, l'Institut national de la statistique a publié un chiffre que beaucoup ont lu de travers. Inflation : 5,1 % en juillet 2026. Troisième repli consécutif, après 5,3 % en juin et 5,5 % en mai. La réaction générale a été à peu près unanime : ça va mieux. Ça ne va pas mieux partout.

Le détail que presque personne n'ouvre

Derrière la moyenne, l'écart est brutal. Les produits à prix libres progressent de 6,2 % sur douze mois. Les produits encadrés : 1,1 %. Et dans l'alimentaire, la fracture s'élargit encore — 7,4 % pour le libre contre 0,2 % pour l'encadré. La semoule et le pain tiennent la moyenne nationale à bout de bras pendant que le reste s'envole tranquillement.

Le reste s'envole vraiment. La viande ovine affiche +16,7 % sur un an, le bœuf +13,7 %. À l'inverse, les huiles alimentaires reculent de 4,9 % et les œufs de 3,8 %. Un traiteur qui travaille l'agneau et une pâtisserie qui achète des œufs au plateau ne vivent absolument pas la même année. Les deux liront pourtant « 5,1 % » dans le journal du matin.

Sur le mois de juillet seul, l'indice général n'a gagné que 0,2 %. L'alimentaire a même reculé de 0,6 %, tiré vers le bas par les légumes de saison. Pendant ce temps, restauration et hôtellerie montaient de 1,4 % en un seul mois. Un chiffre agrégé, quatre réalités contradictoires.

Votre inflation à vous n'est pas 5,1 %

C'est la position que nous défendons, et elle dérange les habitudes : indexer vos tarifs sur le taux d'inflation national est une erreur de gestion. Pas une approximation acceptable. Une erreur.

Parce que ce taux mesure le panier moyen d'un ménage moyen, pondéré par des dépenses qui n'ont rien à voir avec votre structure de coûts. Loyer, transport, santé, tabac. Vous, vous achetez trois familles de matières et vous payez des salaires. Le chevauchement entre les deux paniers est faible.

Un gérant de menuiserie à Ben Arous nous racontait au printemps qu'il avait révisé ses prix de 5 % « parce que c'est l'inflation ». Son bois avait pris 11 %. Sa quincaillerie importée, davantage. Il a fini l'exercice avec un chiffre d'affaires en hausse et une marge nette en baisse — il portait toujours la même chemise à carreaux quand il nous l'a expliqué, ce qui n'a évidemment aucun rapport, sauf qu'on s'en souvient.

L'argent, lui, coûte toujours 7 %

Le 29 juillet, le conseil d'administration de la Banque centrale a maintenu le taux directeur à 7 %. Prudence assumée : la BCT veut sécuriser la désinflation et redoute les effets de second tour d'un choc énergétique, avec une facture énergétique record autour de 8,5 milliards de dinars et des réserves de change tombées à environ 92 jours d'importation.

Traduction pour vous. Vos prix de vente subissent une inflation qui ralentit, votre découvert et vos crédits de campagne restent chers. L'écart se paie sur votre besoin en fonds de roulement. Un client qui règle à 90 jours coûte aujourd'hui plus cher qu'il ne coûtait quand l'inflation était plus forte et les taux comparables — l'érosion monétaire compense moins la charge financière.

Sur ce point, la désinflation n'est pas une bonne nouvelle pour tout le monde. Les entreprises endettées à taux variable ont perdu leur alliée discrète.

Ce que ça change concrètement dans vos tableaux

La question n'est pas « de combien j'augmente ». Elle est : de combien a augmenté quoi, chez moi, sur douze mois glissants ?

Trois données suffisent à répondre, et la plupart des PME tunisiennes ne les ont pas sous la main. Le prix d'achat de chaque référence, daté, comparé à celui de l'an dernier. La marge réelle par ligne de facture, pas la marge théorique du catalogue. Et la valeur de stock recalculée au dernier prix connu plutôt qu'au coût moyen historique, qui devient trompeur dès qu'un article prend 16 % en un an.

  • Sortez l'historique de prix d'achat par article sur 12 mois, famille par famille
  • Classez vos produits en trois groupes : coûts en hausse forte, stables, en baisse
  • Révisez les tarifs par groupe, pas d'un pourcentage uniforme sur tout le catalogue
  • Ramenez la validité de vos devis à 30 jours sur les familles volatiles
  • Ajoutez une clause de révision au-delà d'un seuil de variation matière dans vos contrats annuels

C'est précisément le genre de calcul qu'un ERP fait sans effort quand l'historique d'achat et les lignes de facture vivent dans la même base — chez nous comme ailleurs. Sur Excel, c'est faisable. Mais personne ne le refait tous les trimestres, et c'est bien le problème.

Notre recommandation

Bloquez une demi-journée d'ici fin septembre. Sortez vos vingt références les plus vendues, comparez leur prix d'achat de septembre 2026 à celui de septembre 2025, et calculez votre propre taux. Vous obtiendrez sans doute un chiffre situé entre 2 % et 12 % selon les familles. Aucun ne sera 5,1 %.

Ensuite, révisez vos tarifs par famille sur cette base, en septembre plutôt qu'en janvier. Attendre la loi de finances pour toucher à vos prix, c'est offrir un trimestre de marge dégradée à des clients qui ne vous en sauront aucun gré.

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