TMM à 7 % : votre dette à taux variable se recalcule sans vous

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
La baisse de cent points de base n'a rien rendu du tout, parce que personne n'a jamais vérifié la facture.

Sept pour cent. C'est le TMM d'août 2026, publié le 1er septembre. Un point de base au-dessus de juillet, autant dire rien. Sauf que ce chiffre sert de référence à presque tous les crédits à taux variable accordés aux entreprises tunisiennes, dont le vôtre.

Cent points de base en trois ans

Le Taux Moyen du Marché Monétaire est le taux auquel les banques de la place se prêtent des liquidités au jour le jour. La BCT le publie chaque mois, et il sert d'indice à la plupart des lignes bancaires à taux révisable. Août 2023 : 8,00 %. Août 2024 : 7,99 %. Août 2025 : 7,50 %. Août 2026 : 7,00 %. Entre février et juillet de cette année, l'indice n'a pas bougé d'un cheveu — 6,99 % — , et le sursaut d'août tient en un point de base, ce qui relève du bruit statistique bien plus que d'un retournement.

Le décor monétaire, lui, n'a pas changé. Le conseil d'administration de la Banque centrale, réuni le 29 juillet 2026, a maintenu le taux directeur à 7,00 %. L'inflation globale s'établissait à 5,3 % en juin, la sous-jacente à 5,0 % pour le troisième mois d'affilée, et les prix des produits alimentaires frais grimpaient encore de 11,2 % sur un an. Une banque centrale qui tient à garder un taux réel positif ne desserre pas l'étau du jour au lendemain. Ne construisez donc pas votre plan de financement 2027 sur l'hypothèse d'un TMM à 6 %.

Ce qu'un point vaut dans votre compte de résultat

Un cas ordinaire, celui d'une PME qui a financé une extension d'atelier. Crédit d'investissement de 400 000 dinars, indexé TMM + 3, encours moyen autour de 250 000 dinars sur l'exercice. Entre un TMM à 8 % et un TMM à 7 %, l'écart de charge financière tourne autour de 2 500 dinars par an. Sur sept ans d'amortissement, la somme devient sérieuse.

Ce n'est pas énorme. Mais c'est un salaire, ou la moitié d'un contrôle qualité que vous repoussez depuis deux exercices.

Et surtout, l'écart joue dans les deux sens. Le jour où le TMM remonte de 50 points, votre échéancier suit, votre résultat prévisionnel se dégrade, et vous l'apprendrez — dans le meilleur des cas — au moment de l'arrêté trimestriel. Dans le pire, en découvrant l'échelle d'intérêts.

Personne ne recalcule ce que la banque facture

Voilà mon opinion, et elle ne plaira pas à tout le monde : dans l'immense majorité des PME tunisiennes, la baisse de cent points de base n'a rien rendu du tout, parce que personne n'a jamais vérifié la facture. L'avis de débit arrive, il est comptabilisé en 65x, on passe à autre chose. Le TMM appliqué au trimestre écoulé ? Rarement rapproché du TMM effectivement publié. La date de valeur retenue pour le calcul ? Encore moins.

Une société d'import de matériel électrique que nous accompagnons avait trois lignes bancaires ouvertes dans deux établissements. Le gérant croyait payer TMM + 2,5 partout. Il payait TMM + 2,5 sur une ligne, TMM + 4 sur la deuxième, et sur la troisième, un taux fixe négocié en 2019 que plus personne dans l'entreprise ne savait justifier. Il a fallu ressortir les conventions du classeur — un classeur bleu, posé sur l'armoire du bureau du fond — pour reconstituer l'historique. Trois semaines de travail.

Le vrai poids est dans le court terme

Le crédit d'investissement se surveille facilement : un échéancier, douze lignes par an, c'est vérifiable. Le découvert, non. L'escompte commercial, non plus. Ce sont eux qui coûtent, parce qu'ils s'accompagnent de commissions de mouvement, de commissions de plus fort découvert et de jours de valeur qui décalent les encaissements de deux ou trois jours ouvrés.

Sur une PME qui tourne à 200 000 dinars de découvert moyen, ces accessoires représentent souvent plus que l'écart de TMM dont tout le monde parle. Ils ne sont presque jamais négociés. Ils sont pourtant négociables, surtout si vous arrivez au rendez-vous avec vos propres chiffres plutôt qu'avec les leurs.

Quatre gestes avant la clôture

Rien de compliqué, mais il faut s'y mettre.

  • Ressortez chaque convention de crédit et notez noir sur blanc l'indice, la marge, la périodicité de révision et la base de calcul (360 ou 365 jours, ça change le résultat).
  • Reconstituez un échéancier par ligne dans votre outil de gestion, indexé sur le TMM publié, et rapprochez-le de l'avis de débit à chaque arrêté. Un tableur suffit pour démarrer ; un module de trésorerie dans votre ERP évite l'oubli du trimestre suivant.
  • Isolez dans votre plan comptable les intérêts, les commissions et les frais fixes. Agrégés dans un seul compte, ils sont invisibles.
  • Faites tourner votre prévisionnel de trésorerie avec un TMM à 7,5 %. Si le résultat vous inquiète, votre structure de financement est trop courte.

Une remarque au passage : la charge financière de l'exercice pèse sur votre résultat, donc sur vos acomptes provisionnels. Un calcul approximatif en amont produit une régularisation désagréable en aval.

La recommandation

Ne pariez pas sur la BCT. Avec une inflation sous-jacente scotchée à 5 %, le taux directeur restera là où il est encore un moment, et les cent points gagnés depuis 2023 sont derrière vous, pas devant. Le gisement d'économies qui vous reste tient dans le rapprochement mensuel de vos conditions bancaires réelles avec vos conventions signées. Ouvrez le classeur bleu ce mois-ci, avant que l'arrêté du troisième trimestre ne soit figé.

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