Bulletin des paiements de la BCT : vos encaissements arrivent désormais par quatre portes
Le 14 août, la Banque centrale de Tunisie a publié son bulletin des paiements n°17, sur le premier semestre 2026. Peu de commentaires, peu de reprises. Dommage : ce document décrit, chiffres à l'appui, ce qui est déjà en train de se passer dans votre caisse.
Quatre portes d'entrée pour le même dinar
Commençons par la monétique classique. 6,151 millions de cartes en circulation, en hausse de 5,1 % depuis fin 2025. 45 600 terminaux de paiement actifs. Les opérations de proximité — celles qui se passent devant votre comptoir — grimpent de 18,8 % en nombre, à 25,3 millions, pour 3 063,8 millions de dinars. Sur l'ensemble de la monétique, 85,4 millions d'opérations et 15 425,2 millions de dinars, soit +11,2 % en valeur.
L'e-commerce va plus vite. 1 456 sites marchands actifs (+19,7 %), 10,3 millions de transactions (+22,1 %), 771,4 millions de dinars encaissés en ligne, soit +28,1 % en six mois. Et le paiement mobile encore plus vite : 512 000 wallets actifs, 5 millions de transactions, une progression de 31,5 % en nombre, 914,2 millions de dinars de flux, 18 prestataires agréés. À l'intérieur de cet usage, 62 % sont des paiements — pas du transfert entre proches, pas du retrait. Des paiements.
Ajoutez la télécompensation : 19,5 millions de virements pour 40 865,4 millions de dinars, et 4,5 millions de prélèvements, en hausse de 19,1 %.
Le détail que personne ne relève : la lettre de change s'effondre
2,4 millions de lettres de change au premier semestre, en recul de 10,7 %. Pendant que le prélèvement gagne 19,1 % et que le chèque, lui, remonte de 11,4 % en nombre d'opérations après les turbulences réglementaires qu'on connaît.
Traduction pour une PME : le crédit interentreprises change de support. La traite escomptée à 90 jours, ce vieux réflexe des relations fournisseur en Tunisie, perd du terrain au profit d'instruments qui laissent une trace numérique immédiate et un échéancier automatique. Si votre suivi client repose encore sur un classeur de traites et la mémoire du responsable financier, vous êtes en train de piloter avec un instrument qui disparaît.
Le vrai coût n'est pas l'acceptation, c'est le rapprochement
Voilà mon opinion, et elle ne plaira pas à tout le monde : la majorité des dirigeants tunisiens se trompent de chantier. Ils passent leur année à ajouter des moyens de paiement — un TPE de plus, un wallet, une page de paiement en ligne — sans jamais régler la question qui coûte de l'argent tous les mois : qui a payé quoi, et quand cet argent atterrit-il vraiment sur le compte ?
Parce que chaque canal a sa propre physique. Le TPE verse en net de commission, avec un ou deux jours de décalage, et regroupe parfois plusieurs journées en un seul crédit bancaire. La passerelle e-commerce verse par lot, avec sa propre commission et ses remboursements qui viennent en négatif. Le wallet a son cycle. Le virement arrive avec un libellé saisi par le client, souvent illisible. Le prélèvement génère des rejets qu'il faut représenter.
Résultat : un relevé bancaire où une ligne de 4 812,340 dinars correspond à dix-sept ventes, moins une commission, moins un remboursement d'avant-hier. Bon courage pour le lettrage.
Un commerçant de Sousse me racontait avoir passé deux week-ends entiers à reconstituer six semaines d'encaissements après un changement de prestataire. Il avait gardé les tickets dans une boîte à chaussures Bata. Il a fini par retrouver 3 100 dinars de ventes jamais rattachées à une facture — donc jamais déclarées correctement, donc un risque fiscal dormant.
Ce qui rend le rapprochement tenable
La mécanique est simple à décrire, plus longue à installer. Elle tient en cinq points concrets :
- Une référence de paiement unique par facture, imprimée sur le document et reprise dans le libellé attendu du virement.
- Un compte d'attente comptable par canal (TPE, passerelle, wallet, prélèvement) : l'encaissement y entre brut, et n'en sort que lorsque le versement bancaire correspondant est identifié.
- Les commissions enregistrées comme charge séparée, jamais fondues dans le chiffre d'affaires. Sinon votre marge ment.
- Une règle anti-doublon : un même encaissement rejoué deux fois — après un incident réseau, un rejet représenté — ne doit jamais créer deux écritures. C'est exactement ce qu'un ERP correctement paramétré fait à votre place, avec une clé d'idempotence sur chaque transaction financière ; nous l'avons câblé de cette façon dans Axiom pour cette raison précise.
- Un rapprochement hebdomadaire, pas mensuel. Sept jours d'écarts se corrigent. Trente, non.
Un mot sur le label TUNPAY, imposé par la note BCT n°2026-132 du 5 mai 2026 à tous les émetteurs de wallets — banques, Poste, établissements de paiement. C'est de la signalétique côté client, élaborée avec la Société monétique de Tunisie. Utile pour la confiance au comptoir. Cela ne règle rien de votre côté back-office, et personne ne vous le dira à la signature du contrat.
Ce que je ferais ce mois-ci
Prenez votre dernier relevé bancaire complet. Pour chaque ligne de crédit supérieure à 500 dinars, essayez de retrouver la ou les factures correspondantes en moins de deux minutes. Chronométrez honnêtement.
Si vous échouez sur plus d'une ligne sur cinq, arrêtez d'ajouter des canaux d'encaissement. Le problème n'est pas commercial. Ouvrez d'abord vos comptes d'attente par canal et reprenez le lettrage sur les trois derniers mois — deux à trois jours de travail, souvent moins avec un outil qui importe les relevés.
La consultation nationale lancée en juin sur la stratégie e-commerce 2027-2031 va accélérer tout cela : paiement électronique, protection du consommateur, cadre réglementaire. Les entreprises qui savent déjà d'où vient chaque dinar traverseront la suite sans y penser. Les autres découvriront leurs écarts au moment du contrôle.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise


