Zéro introduction depuis 2019 : ce que le marché alternatif dit de vos comptes
La Bourse de Tunis a diffusé le 21 août une note sur la dynamique des introductions. Le message tient en peu de mots : la fenêtre est ouverte. Sauf que le compartiment réservé aux PME, lui, n'a rien enregistré depuis sa réforme de 2019.
Une fenêtre, oui. Pour qui ?
Les chiffres du marché sont bons, et ils sont même très bons. Le Tunindex progressait de 44,92 % au 17 août 2026. Les capitaux traités sur les titres de capital ont plus que doublé en un an glissant, à 2,532 milliards de dinars, soit une hausse de 105 %. La place recensait 29,8 milliards de dinars de liquidités disponibles au 4 août. Et le conseil d'administration de la BCT a maintenu le taux directeur à 7 % le 29 juillet, ce qui stabilise au moins le coût de l'argent après des mois d'incertitude sur la direction à prendre.
Maintenant l'autre colonne du tableau. Entre 2008 et 2025, quarante et une sociétés ont rejoint la cote pour 1 451 millions de dinars levés — dont 927 millions, soit 64 % du total, concentrés sur les dix plus grosses opérations. Depuis 2017, le rythme tourne autour d'une introduction par an. 2023 : rien. 2024 : rien. 2025 : BNA Assurances, par inscription directe. Soixante-quinze sociétés cotées dans un pays qui compte des dizaines de milliers d'entreprises constituées.
Et le marché alternatif, celui qui a été conçu précisément pour les entreprises de taille moyenne, réformé en 2019 et depuis réservé aux investisseurs avertis ? Aucune introduction. Pas une seule en sept ans.
Le blocage n'est pas là où la place le situe
La BVMT plaide pour un réexamen des mécanismes incitatifs, et pointe la suppression, en 2025, de l'avantage fiscal historiquement accordé aux sociétés s'introduisant avec un flottant d'au moins 30 %. L'argument s'entend. Je le trouve quand même à côté du sujet.
Un avantage fiscal ne fabrique pas des états financiers. Il récompense celles qui en ont déjà. Rétablissez-le demain matin : les entreprises capables de présenter trois exercices certifiés, cohérents et produits dans des délais raisonnables se précipiteront — et ce sont, à peu de chose près, les mêmes qui pouvaient déjà le faire en 2019. Les autres resteront dehors, pour une raison qui n'a rien de réglementaire.
Parce que le dossier est infaisable en l'état.
Ce qu'on vous demandera vraiment
J'ai vu, il y a quelques mois, une PME industrielle de la région de Sfax entamer une revue préalable avec son commissaire aux comptes. Une soixantaine de salariés, carnet de commandes solide, marges correctes. La réunion a duré moins de deux heures. Le café était froid depuis longtemps quand la question a été posée : combien vaut votre stock au 31 décembre ? Personne n'a su répondre à moins de 15 % près. La discussion s'est arrêtée là.
Ce n'est pas une histoire de fraude ni d'incompétence. C'est une histoire d'outillage. Quand la comptabilité tourne sur un logiciel, le stock sur un tableur maintenu par le magasinier, la paie chez un prestataire externe et la facturation dans un troisième système depuis le passage obligatoire à El Fatoora en janvier, personne ne détient la vue consolidée. Le rapprochement se fait une fois l'an, à la main, sous pression. Il produit des chiffres justes au sens fiscal du terme et inutilisables au sens financier.
Un investisseur averti, un banquier qui étudie une ligne de crédit à moyen terme, un acquéreur étranger : tous posent les mêmes questions dans le même ordre. Quelle est votre marge par famille de produits ? Quel est votre délai moyen d'encaissement client, mois par mois, sur vingt-quatre mois ? Quel écart entre l'inventaire physique et l'inventaire comptable ? Si la réponse suppose deux semaines de retraitement, vous venez de répondre.
La préparation vaut plus que l'opération
Voilà pourquoi je pousse mes interlocuteurs à se préparer même quand l'introduction en bourse ne figure nulle part dans leurs plans. La discipline exigée par un dossier d'IPO — clôture mensuelle bouclée en dix jours, inventaire permanent valorisé, journal de paie rapproché avec les déclarations CNSS, piste d'audit continue de la commande à l'encaissement — c'est exactement ce qui manque à la gestion courante d'une PME tunisienne. L'introduction est un prétexte. Le gain est ailleurs.
Techniquement, ce n'est plus un chantier hors de portée. Un ERP intégré qui tient la facturation conforme, la comptabilité, le stock et la paie dans une base unique règle la question du rapprochement en la supprimant : les écritures naissent des opérations. C'est le modèle que nous avons retenu pour la suite Axiom, et je ne prétends pas que ce soit la seule voie possible. Mais la voie du tableur, elle, est fermée. Trois exercices propres se construisent en trois ans, pas en trois semaines de panique avant un tour de table.
Ce que je ferais d'ici décembre
Fixez-vous un objectif mesurable et un seul pour l'exercice 2026 : produire une balance générale et un état de stock valorisé au 31 janvier 2027 pour l'exercice clos. Pas un budget prévisionnel, pas un plan stratégique. Une clôture rapide et fiable.
Si vous y arrivez, tout le reste devient négociable — le crédit, l'associé, l'acquéreur, et pourquoi pas la cote. Si vous n'y arrivez pas, aucun avantage fiscal rétabli par une prochaine loi de finances ne vous ouvrira quoi que ce soit.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise


