Inflation à 5,1 % : la moyenne qui vous ronge la marge

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 5 min de lecture
Indexer vos tarifs sur les 5,1 % de l'INS, c'est appliquer à votre catalogue une moyenne qui ne décrit aucun de vos articles.

Cinq virgule un pour cent. L'INS a sorti le chiffre le 5 août 2026 : c'est l'inflation de juillet, deux dixièmes sous celle de juin. Les titres ont parlé de repli. Dans les PME que nous croisons, personne n'a vu sa marge remonter.

Le détail vaut mieux que le titre

L'inflation sous-jacente, celle qui exclut l'alimentaire et l'énergie, glisse à 4,8 % contre 4,9 % en juin. Alimentation et boissons : 6,6 % sur un an, après 7,1 %. Restaurants et hôtels : 6,5 %, en hausse. Les produits manufacturés progressent de 4,7 % sur douze mois, les services de 4,3 %.

Descendez d'un cran et le tableau se disloque. Viande ovine, plus 16,7 % en un an. Fruits frais, plus 13,8 %. Viande bovine, plus 13,7 %. Volaille, plus 12,5 %. Poissons frais, plus 11,6 %. Sur la même période, les huiles alimentaires reculent de 4,9 % et les œufs de 3,8 %.

Vingt points d'écart à l'intérieur d'un même chiffre.

Deux économies logent dans un seul indice

La donnée la plus utile pour un gestionnaire est passée presque inaperçue. Les produits libres ont augmenté de 6,2 % sur un an. Les produits encadrés, ceux dont l'État fixe le prix, de 1,1 %. Un rapport de près de six.

Autrement dit, l'indice national moyenne deux univers qui n'ont plus grand-chose en commun. Si votre catalogue est composé à 80 % de références libres — et c'est le cas de la quasi-totalité des distributeurs, industriels et prestataires privés — votre inflation d'achat réelle tourne autour de 6 à 7 %, pas de 5,1 %.

Je vais être direct : indexer vos tarifs sur le taux publié par l'INS est une facilité qui vous coûte un à deux points de marge par an, silencieusement, sans jamais apparaître dans un compte de résultat sous une ligne identifiable.

Le fichier TARIF_2024_FINAL_v3

Un grossiste en produits d'entretien à Ben Arous nous montrait son tarif au printemps. Un classeur Excel, cinq onglets, une colonne « prix public » figée depuis mars 2024. Le nom du fichier se terminait par _FINAL_v3, ce qui en dit long sur le nombre de versions qui ont précédé. Deux hausses générales de 4 % appliquées entre-temps, à la louche, sur toutes les lignes.

Résultat : sur les bidons de javel, dont le prix d'achat n'avait quasiment pas bougé, il était devenu 6 % plus cher que ses concurrents et perdait des commandes. Sur les emballages plastiques importés, il vendait à perte depuis onze mois sans le savoir. La hausse uniforme avait fait les deux erreurs en même temps.

C'est le scénario classique. Une révision tarifaire globale ne corrige rien, elle déplace le problème.

Et non, la BCT ne viendra pas compenser

Le 29 juillet 2026, le conseil d'administration de la Banque centrale a maintenu son taux directeur à 7 %, estimant que les perspectives d'inflation restaient entourées de risques haussiers. Aucune détente en vue du côté du coût de l'argent.

Cela ferme une porte que beaucoup de dirigeants laissent entrouverte : financer l'érosion de marge par le découvert, en attendant que « ça se calme ». À 7 % de taux directeur, avec les conditions bancaires que l'on connaît en Tunisie, vous payez deux fois — une fois la marge perdue, une fois les agios.

Ce qu'une révision tarifaire sérieuse suppose

Il ne s'agit pas de faire de l'économétrie. Quatre conditions pratiques, et elles sont toutes à portée d'une PME correctement outillée :

  • Une révision par famille d'articles, jamais globale — vos huiles et vos viandes ne vivent pas la même inflation.
  • Un ancrage sur le dernier prix d'achat réel, pas sur le prix moyen pondéré, qui lisse justement ce que vous cherchez à voir.
  • Un rythme trimestriel plutôt qu'annuel. Quatre ajustements de 1,5 % passent mieux auprès d'un client qu'un seul de 6 %.
  • Une marge cible exprimée en pourcentage et en dinars par unité, parce que 22 % sur un article à 8 dinars ne finance pas la même structure que 22 % sur un article à 400.

Concrètement, cela veut dire que votre gestion commerciale doit savoir vous sortir, en trois clics, la marge réelle par référence sur les 90 derniers jours. Dans Axiom, c'est ce croisement achats-ventes qui déclenche l'alerte : toute ligne dont la marge a reculé de plus de deux points depuis le dernier tarif remonte automatiquement. Rien de sophistiqué. Mais une entreprise qui travaille sur classeur ne le fera pas, tout simplement parce que personne n'a le temps de recalculer 1 200 références à la main.

Ce que je ferais avant fin septembre

Sortez la liste de vos vingt références les plus vendues. Pour chacune, comparez le dernier prix d'achat facturé au prix d'achat retenu dans votre tarif en vigueur. L'exercice prend une demi-journée si vos données sont propres, trois jours si elles ne le sont pas — et cette difficulté est en elle-même le diagnostic.

Puis fixez une révision par famille au 1er octobre, avec un préavis écrit à vos clients grands comptes. Pas une hausse générale. Une correction ciblée, chiffrée, que vous pourrez défendre ligne par ligne si un acheteur vous appelle. Il appellera.

Le repli de deux dixièmes annoncé en août n'est pas une bonne nouvelle pour vous. C'est un signal que la fenêtre de révision se referme : plus l'inflation ralentit, plus une hausse de tarif devient difficile à justifier auprès d'un client qui lit les mêmes journaux que vous.

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