Croissance à 2,3 %, 58 200 emplois en moins : relisez votre masse salariale

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Le chômage baisse parce que 77 500 personnes ont cessé de chercher. Ce n'est pas une reprise, c'est un abandon.

Le 15 août, l'INS a publié ses chiffres du deuxième trimestre 2026. Chômage à 14,9 %, en recul de 0,1 point. Bonne nouvelle en apparence. Sauf que le pays comptait 58 200 actifs occupés de moins qu'au trimestre précédent.

Un taux qui baisse parce que des gens arrêtent de chercher

La population active est passée de 4 268 000 personnes au premier trimestre à 4 190 500 au deuxième. Soit 77 500 sorties en trois mois. Le taux d'activité recule à 44,7 %, contre 45,9 %. Quand le dénominateur maigrit plus vite que le numérateur, le pourcentage s'améliore sans qu'un seul poste ait été créé — et c'est exactement ce qui s'est produit : le nombre de chômeurs recensés baisse de 19 300, pendant que l'emploi, lui, perd 58 200 personnes.

Dans le même temps, la croissance affiche 2,3 % sur un an au deuxième trimestre et 1,4 % en rythme trimestriel. L'activité repart. L'emploi ne suit pas.

Pour un dirigeant de PME, ce décalage n'est pas une abstraction de macroéconomiste. Il décrit très précisément ce que vous vivez si vous produisez aujourd'hui davantage qu'en 2024 avec le même effectif, ou avec un effectif légèrement plus court après deux départs jamais remplacés.

Le décrochage des diplômés, et ce qu'il ouvre

Le chiffre qui devrait vous arrêter n'est pas le 14,9 %. C'est le 26,6 % : le taux de chômage des diplômés du supérieur, en hausse de 2,4 points en un seul trimestre (24,2 % au premier). Chez les femmes diplômées, il atteint 35,6 %, contre 14,2 % chez les hommes diplômés. L'écart est énorme et il s'aggrave.

Je vais dire les choses franchement, quitte à passer pour cynique. Cette dégradation, pour une PME qui a des postes à pourvoir en comptabilité, en contrôle de gestion, en administration des ventes ou en supply, c'est une fenêtre de recrutement comme il n'y en a pas eu depuis longtemps. Des profils qui visaient l'offshore ou l'expatriation regardent aujourd'hui les entreprises de Sousse, de Sfax, de Ben Arous. Un gérant de négoce de matériel électrique nous racontait récemment avoir reçu une soixantaine de candidatures pour un poste de facturier — dont plusieurs licences en compta. Il a fini par recruter la personne qui avait mentionné, en entretien, qu'elle faisait la comptabilité de l'association sportive de son quartier.

Fenêtre ne veut pas dire aubaine. Embaucher un diplômé sous-payé parce que le marché est déprimé, c'est acheter une démission dans dix-huit mois.

Ce que vous ne mesurez probablement pas

Voilà mon opinion tranchée, et elle vaut pour la grande majorité des PME tunisiennes que nous croisons : vous pilotez votre masse salariale au ressenti. Vous connaissez le total viré chaque fin de mois, le montant des cotisations CNSS trimestrielles, la ligne « frais de personnel » du bilan que votre expert-comptable vous commente en avril. Et c'est à peu près tout.

Trois indicateurs manquent presque toujours :

  • Le chiffre d'affaires par salarié équivalent temps plein, calculé au trimestre, pas à l'année. C'est la seule mesure qui vous dit si votre entreprise participe à la croissance de 2,3 % ou si elle la subit.
  • Le coût horaire réellement chargé, primes, congés payés, part patronale (autour de 16 % dans le régime général) et contribution sociale de solidarité relevée par la loi de finances 2026 comprises. Beaucoup de devis en Tunisie sont encore chiffrés sur le salaire brut. C'est une erreur de marge de 25 à 35 %.
  • La répartition de la masse salariale par activité : combien de dinars de paie partent en production facturable, combien en administratif, combien en refonte des erreurs.

Ces trois chiffres, aucune feuille Excel de paie ne les sort toute seule. Ils supposent que les heures, les fiches de paie, les factures clients et les articles vendus vivent dans le même système. C'est banalement le rôle d'un ERP — chez nous, le module Paie d'Axiom alimente directement les tableaux de bord de rentabilité, précisément pour éviter le rapprochement manuel de fin de trimestre que personne ne fait jamais.

L'inflation va s'inviter dans les entretiens de septembre

Inflation générale à 5,1 % en juillet 2026. Alimentaire à 6,6 %. Sur certains postes, la viande ovine ou les fruits, on dépasse largement les 13 %.

Votre salarié ne lit pas l'indice général. Il lit son panier. Et son panier a pris nettement plus que 5 %. Les demandes d'augmentation qui vont arriver à la rentrée porteront sur des chiffres que vous jugerez déraisonnables et qui, de son point de vue, seront simplement la réalité de son mois d'août.

Arriver à cette conversation sans savoir ce que rapporte le poste concerné, c'est arbitrer à l'aveugle. Vous direz non par prudence à quelqu'un qui vous rapporte trois fois son coût, et oui par fatigue à quelqu'un qui vous en coûte deux.

Ma recommandation

Avant le 30 septembre, sortez votre chiffre d'affaires par salarié sur les quatre derniers trimestres, et votre coût horaire chargé par catégorie de poste. Deux journées de travail, pas davantage, si vos données de paie et de facturation sont propres. Beaucoup plus si elles ne le sont pas — et cette difficulté est déjà, en soi, le diagnostic.

Ensuite seulement, décidez si vous recrutez. Le marché vous est favorable cette année ; il ne le restera pas indéfiniment, et une entreprise qui sait ce que produit une heure de travail chez elle embauche mieux que celle qui attend d'y être forcée.

L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise — 26 août 2026

À lire aussi