Inflation à 5,6 % : votre entreprise n'a pas le taux de l'INS
5,6 % en septembre. L'Institut national de la statistique a publié son indice début octobre, l'alimentation pousse encore, et beaucoup de dirigeants rangent l'information dans la case « conjoncture ». Mauvais classement.
Parce que ce chiffre, celui qui passe dans les journaux, ne décrit presque personne.
Un indice moyen, des réalités qui n'ont rien à voir
Regardez la mécanique de l'indice de septembre. L'inflation annuelle est passée de 5,1 % en juillet à 5,4 % en août, puis 5,6 % le mois dernier. Sur le seul mois de septembre, l'indice gagne 0,8 % — ce qui, annualisé, raconte une histoire bien moins rassurante que la moyenne glissante.
Le groupe « alimentation et boissons » monte de 8,4 % sur l'année et de 2,1 % sur le seul mois de septembre. Dans le détail : volailles +16,5 %, fruits frais +16,3 %, viande ovine +14,6 %, viande bovine +13 %, légumes frais +12,9 %, poissons frais +10,4 %. Et au milieu de tout ça, les huiles alimentaires reculent de 4,1 %. Les produits manufacturés progressent de 4,8 %, les services de 4,2 %, avec l'hébergement à +14,7 %.
Maintenant la ligne qui devrait vous intéresser le plus : les produits à prix libres augmentent de 6,8 % sur l'année, ceux à prix encadrés de 1,2 %. Sur l'alimentaire, l'écart devient presque caricatural : 9,4 % contre 0,2 %.
Traduction pour une PME : selon ce que vous achetez, votre inflation réelle se situe quelque part entre 1 % et 10 %. Le 5,6 % est une moyenne pondérée sur le panier d'un ménage tunisien statistique. Vous n'êtes pas un ménage statistique.
Calculez votre propre taux. Ça prend une demi-journée
La méthode n'a rien de savant. Vous sortez vos achats des douze derniers mois, vous classez par famille, vous identifiez les références qui pèsent vraiment — dans la plupart des entreprises que nous accompagnons, une vingtaine de lignes concentrent l'essentiel du budget d'achat. Pour chacune, vous comparez le prix unitaire payé en octobre 2025 et celui payé en septembre 2026. Vous pondérez par le volume. Vous obtenez un pourcentage.
Ce pourcentage est le seul qui compte pour vos tarifs.
Un tableur suffit pour le calcul. Le problème n'est jamais le calcul. Le problème, c'est que la donnée n'existe pas.
La fiche article qui efface son passé
Voilà le point technique que personne n'aborde dans les conférences sur la transformation numérique, et qui coûte pourtant des points de marge.
Dans beaucoup de systèmes de gestion — et dans la quasi-totalité des classeurs Excel maison — le prix d'achat est un champ unique sur la fiche article. Chaque réception l'écrase. Vous connaissez donc le prix d'aujourd'hui, et rien d'autre. Pas la pente, pas la saisonnalité, pas le fournisseur qui a dérapé de 14 % en mars pendant que son concurrent tenait sa grille.
Un gérant de quincaillerie du côté de Ben Arous nous a un jour sorti un classeur de bons de livraison, élastique rouge autour, 2024 et 2025 mélangées, pour retrouver à quel prix il achetait son fil électrique en janvier. Il l'a trouvé. En quarante minutes. Pour une référence sur neuf cents.
Ce qu'il faut, c'est historiser : chaque réception crée une ligne horodatée avec son article, son fournisseur, sa quantité, son prix. La fiche article affiche le dernier prix connu, d'accord, mais la série reste intacte derrière. C'est exactement ce que fait un module d'achats correctement conçu — dans Axiom, le coût moyen pondéré se recalcule à chaque mouvement de stock sans jamais détruire l'historique qui l'a produit. Et la méthode de valorisation retenue ne change pas en cours d'exercice : la permanence des méthodes, votre commissaire aux comptes vous le rappellera plus sèchement que nous.
Opinion : la hausse annuelle uniforme est la pire décision possible
Chaque mois de décembre, le même réflexe. On ajoute 5 % partout, on réimprime le catalogue, on passe à autre chose.
Avec un écart de 6,8 contre 1,2 entre prix libres et prix encadrés, cette méthode vous fait perdre deux fois : vous sous-facturez les familles où vos coûts d'achat s'envolent, et vous sur-facturez celles où ils sont stables, ce qui pousse vos clients les plus sensibles au prix vers le concurrent d'en face. Un ajustement uniforme sur un marché hétérogène, ce n'est pas de la prudence. C'est du renoncement à décider.
Deux autres gestes, dans la même logique. La validité de vos devis : si vous travaillez dans le voyage, l'événementiel ou tout ce qui touche à l'hébergement, un devis à validité ouverte sur trois mois est une perte sèche programmée — +14,7 % sur l'hébergement, vous ne la récupérerez jamais. Trente jours, clause de révision écrite, et vous dormez mieux. Puis la marge par ligne de facture, pas la marge brute globale constatée au bilan onze mois plus tard, quand plus rien n'est rattrapable.
N'attendez rien du côté du financement
La Banque centrale maintient son taux directeur à 7 %. L'inflation sous-jacente, hors alimentaire et énergie, campe à 4,9 % pour le deuxième mois consécutif, et l'économiste Aram Belhadj estimait le 6 octobre qu'un franchissement de la barre des 6 % au début de 2027 est devenu le scénario central plutôt qu'une hypothèse de coin de table.
Autrement dit : pas de détente monétaire rapide. Votre trésorerie ne sera pas sauvée par un crédit moins cher, elle se jouera sur votre besoin en fonds de roulement — délais clients réellement suivis, rotation de stock, achats passés avant les hausses annoncées plutôt qu'après.
Notre recommandation, nette : avant la fin octobre, sortez votre taux d'inflation d'achat sur douze mois, famille par famille. Puis inscrivez une revue tarifaire trimestrielle à votre calendrier de gestion. Pas annuelle. Trimestrielle.


