Paiements électroniques : la BCT vous ouvre un compte que personne ne tient
Le 25 septembre 2026, la Banque centrale a publié la circulaire n° 2026-10. Elle encadre les établissements de paiement, pas les PME. Sauf qu'une disposition vous concerne directement, et elle va atterrir dans votre comptabilité avant la fin de l'année.
Un compte marchand, sans plafond, et personne pour le tenir
Le texte remplace la circulaire de 2018 et entre en vigueur trois mois après sa publication — autour du 25 décembre. Il conserve l'architecture à trois niveaux que vous connaissez peut-être déjà : 1 500 dinars de solde maximum au niveau 1, 5 000 au niveau 2, 20 000 au niveau 3, les deux derniers étant ouverts aux personnes morales. Rien de neuf de ce côté.
Le neuf est ailleurs. Le commerçant qui accepte des paiements électroniques obtient désormais un compte à part.
un compte spécifique destiné à recevoir les flux issus des paiements électroniques acceptés
Sans les plafonds des trois niveaux. Autrement dit : un réservoir de trésorerie qui n'est ni votre caisse, ni votre compte bancaire, et qui peut encaisser autant que vos clients y versent. Pour un commerce de détail qui fait 40 000 dinars de recette mensuelle en portefeuille mobile, ça change tout. Pour sa comptabilité aussi, mais ça, la circulaire n'en parle pas — ce n'est pas son rôle.
512 000 portefeuilles, 45 600 terminaux
Les chiffres du bulletin n° 17 de la BCT, publié le 14 août 2026, situent l'enjeu. Au premier semestre : 512 000 portefeuilles mobiles actifs, en hausse de 16,4 %, pour 5 millions d'opérations (+31,5 %) et 914,2 millions de dinars (+17,7 %). Dix-huit prestataires agréés. En face, la monétique classique reste massive — 85,4 millions d'opérations, 15,425 milliards de dinars — mais le parc de TPE actifs plafonne à 45 600 unités, +5,7 % sur six mois.
Et le commerce en ligne ? 1 456 sites marchands déclarés pour tout le pays, 771,4 millions de dinars de transactions, en progression de 28,1 %.
Mille quatre cent cinquante-six. Dans un pays qui compte des dizaines de milliers d'entreprises patentées. La croissance est là, la base est minuscule. La vraie question n'est plus de savoir si vous allez accepter le paiement électronique : c'est de savoir où dort l'argent entre le moment où le client valide et le moment où vous le voyez.
Votre trésorerie a une troisième adresse
Vous aviez la caisse et la banque. Vous avez maintenant la monnaie électronique, et elle ne se comporte comme ni l'une ni l'autre.
Un encaissement par portefeuille n'est pas une recette bancaire. Au moment où il tombe, vous détenez une créance sur l'établissement de paiement, qui vous reversera les fonds plus tard, commission déjà déduite. Deux écritures, donc, pas une : la créance à l'encaissement, puis le virement net avec sa charge de commission au reversement. Si vous passez une seule écriture au montant reçu en banque, votre chiffre d'affaires est faux et votre marge aussi.
La plupart des plans comptables de PME tunisiennes n'ont pas de compte dédié pour ça. Résultat observé un peu partout : tout part en caisse. Une caisse qu'on ne peut pas compter physiquement, qui gonfle, et qu'on « ajuste » en fin d'exercice. Votre expert-comptable connaît la chanson.
Le relevé du prestataire devient une pièce comptable
La circulaire impose aux établissements de déposer les fonds de leur clientèle sur un compte global unique chez une banque habilitée, séparé de leurs ressources propres, avec des rapprochements réguliers. Elle ajoute un reporting serré vers la BCT : données commerciales mensuelles sous quinze jours, informations trimestrielles, gouvernance annuelle sous quarante-cinq jours.
Traduction pour vous : l'établissement rapproche. Vous aussi, ou l'écart restera dans vos livres.
Une boutique du côté de l'avenue de Paris tenait ses encaissements wallet sur un cahier à spirale, au stylo vert — onze lignes pour un samedi de forte affluence. Rapprochement trois semaines plus tard : quarante dinars manquants. Frais de service ? Remboursement client ? Personne n'a su trancher. Pas dramatique. Multipliez par douze mois et vous obtenez un poste d'écart que l'administration vous demandera de justifier.
Le chantier à boucler avant décembre
- Obtenir par écrit la grille tarifaire et le délai de reversement de chaque prestataire que vous acceptez. J+1 et J+3 ne produisent pas le même plan de trésorerie.
- Créer un compte de trésorerie distinct par prestataire, jamais un fourre-tout « paiements électroniques ».
- Archiver le relevé mensuel du prestataire comme une pièce justificative, au même rang qu'un relevé bancaire.
- Nommer la personne qui rapproche, et la fréquence. Hebdomadaire, idéalement le vendredi.
Côté outil, c'est exactement ce qu'un système de gestion doit savoir modéliser : un mode de règlement relié à son propre compte de trésorerie, un lettrage transaction par transaction qu'on peut rejouer sans créer de doublon, une commission portée en charge et non déduite du chiffre d'affaires. Dans Axiom, chaque encaissement porte sa clé d'idempotence pour cette raison précise. Un rapprochement relancé deux fois ne doit jamais produire deux écritures.
Ma recommandation : ouvrez le compte marchand, il vous enlève un plafond gênant et sécurise vos flux. Mais ne l'ouvrez pas avant d'avoir créé le compte comptable qui va avec et désigné qui le rapproche. Un réservoir de trésorerie sans tenue, c'est une perte sèche qu'on découvre au bilan.


