Le fisc passe au ciblage par apprentissage automatique : vos écarts parlent pour vous

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Un taux de détection de 49,23 %, c'est un dossier signalé sur deux qui est une fausse alerte. Vous payerez quand même.

Un séminaire à l'École nationale des finances et des douanes, le 29 septembre. Deux présentations techniques, une salle de hauts fonctionnaires. Et une annonce qui mérite plus d'attention que le reste de l'agenda fiscal du mois : le ciblage des contrôles passe à l'apprentissage automatique.

Ce qui s'est dit, exactement

Deux chantiers, deux administrations. Côté douane, Issam Fassatoui, directeur de la gestion des risques, a montré la simulation d'un modèle d'apprentissage automatique appliqué aux données de 2025. Résultat annoncé : 96,9 millions de dinars de montants additionnels détectés, pour un taux de détection de 49,23 %. Côté fiscalité, Salah Meddeb, qui dirige le Centre Informatique du ministère des Finances, a présenté un projet Big Data et machine learning destiné à la vérification fiscale : cibler les dossiers à risque élevé, repérer l'économie informelle, les contribuables non immatriculés, les formes émergentes d'activité numérique.

Le projet est au stade de la réception des offres. Mise en œuvre annoncée sur douze mois, sur infrastructure locale et outils open source. Donc, si le calendrier tient : un moteur de scoring opérationnel quelque part à l'automne 2027.

Moez Daldoul, de la Direction générale des impôts, a complété avec les chiffres de la dématérialisation — 157 000 télédéclarants, 87 000 déclarations d'employeur déposées dans les délais contre 57 000 un an plus tôt, et un gain estimé à près de 8 000 jours de travail. Ce dernier chiffre n'est pas décoratif. Huit mille jours libérés de la saisie administrative, ce sont huit mille jours réaffectables au contrôle.

49,23 % : lisez le chiffre dans l'autre sens

Disons-le franchement. Un taux de détection de 49,23 % sur une simulation, c'est un modèle qui se trompe à peu près une fois sur deux. Les administrations présentent ça comme une performance, et comparé à un ciblage manuel, c'en est une. Vu du contribuable, l'arithmétique change de sens : la moitié des dossiers remontés concerneront des entreprises qui n'ont rien à se reprocher.

Et un contrôle que vous gagnez, il coûte quoi ? Trois semaines de votre comptable. Des justificatifs à ressortir d'un carton. Un gérant qui passe ses soirées à reconstituer l'historique d'un compte client au lieu de vendre.

Posez-vous donc la vraie question, celle qui ne porte pas sur votre honnêteté : est-ce que mes données racontent une histoire cohérente à quelqu'un qui ne me connaît pas ?

Un modèle de risque ne cherche pas la fraude, il cherche l'écart

Le cahier des charges n'est pas public et nous n'allons pas inventer les variables. Mais la mécanique de ces systèmes est documentée, et les gisements tunisiens sont déjà là : El Fatoora pour les factures, TEJ pour la situation fiscale, la télédéclaration pour la TVA et les retenues, la CNSS pour la masse salariale, le RNE pour l'identité juridique. Cinq bases qui, jusqu'à récemment, parlaient chacune dans son coin.

L'écart entre le chiffre d'affaires de vos factures électroniques et celui de vos déclarations mensuelles. Entre la masse salariale CNSS et les charges de personnel du bilan. Entre des achats déclarés et un stock qui ne bouge pas assez vite. Entre la marge moyenne de votre secteur et la vôtre.

Aucun de ces écarts n'est illégal. Beaucoup s'expliquent très bien : un décalage d'exercice, un avoir, une régularisation de clôture, une facture d'avance sur un marché public. Seulement l'explication doit exister quelque part — et être retrouvable en vingt minutes, pas en trois semaines d'archéologie dans des classeurs.

Le vrai sujet, ce sont vos quatre outils qui ne se parlent pas

Voilà où ça devient très concret pour une PME de douze ou de quarante salariés.

Dans la majorité des entreprises que nous croisons, la facturation vit dans un logiciel, la paie dans un deuxième, le stock dans un classeur Excel que le magasinier met à jour le jeudi quand il y pense, et la comptabilité chez un cabinet extérieur qui reçoit un carton de pièces chaque trimestre. Chaque système a raison tout seul. Aucun ne s'accorde avec ses voisins. Quand l'administration croisera les cinq sources citées plus haut, elle verra l'incohérence avant vous — et c'est ça, le renversement.

Un gérant de la zone industrielle de Ben Arous nous a raconté un contrôle dont tout le litige tenait à un seul écart : 11 000 dinars entre la masse salariale CNSS et le compte de charges de personnel. L'origine ? Une prime de fin d'année comptabilisée sur l'exercice suivant. Parfaitement régulier. Quatre semaines pour le démontrer, parce que personne ne retrouvait la décision de gérance. Ce dont il se souvient le mieux, c'est la couleur du dossier : un carton bleu délavé qu'il a trimballé trois fois à la recette.

C'est précisément le genre de dossier qu'un modèle de scoring remonte. Et précisément celui qu'un système de gestion unifié referme en une requête.

Ce que vous pouvez faire pendant ces douze mois

Le calendrier vous laisse une fenêtre. Servez-vous-en pour construire, de votre côté, les rapprochements que l'administration construira du sien :

  • CA facturé (El Fatoora) contre CA déclaré, mois par mois, avec le motif de chaque écart écrit noir sur blanc ;
  • masse salariale CNSS contre charges de personnel comptables, trimestre par trimestre ;
  • TVA collectée et déductible rapprochées des pièces d'origine, pas recalculées à la main dans un coin ;
  • stock théorique contre stock physique, avec la date du dernier inventaire et le nom de la personne qui l'a mené.

Si ces quatre rapprochements vous prennent plus d'une journée à produire, le problème n'est pas fiscal. Il est organisationnel. Un ERP intégré — Axiom ou un autre — fait ici une chose utile et une seule : la même vente, la même facture et la même écriture sont saisies une fois. L'écart n'a plus d'endroit où naître.

Notre recommandation, nette : avant la fin du premier trimestre 2027, produisez ces quatre rapprochements une fois, à la main s'il le faut, et chronométrez-les. Le temps que ça vous prend est votre mesure de risque. Au-delà d'une journée, cessez de peaufiner vos déclarations et commencez par unifier vos saisies. Un contrôle piloté par un modèle se gagne douze mois avant qu'il n'arrive.

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