Solaire pour PME : le programme Chams arrive, vos kilowattheures restent invisibles
Le 2 octobre, au Salon international de la transition énergétique, l'ANME a reparlé de « Chams ». Un mécanisme de financement pour que les PME produisent leur propre électricité photovoltaïque, adossé à la Banque africaine de développement. Lancement annoncé pour novembre ou décembre.
Ce qui est posé sur la table
Le projet a été lancé officiellement début août, et la cible affichée depuis février est large : les quelque 870 000 PME tunisiennes, dont l'accès au crédit long terme reste le point de blocage — garanties coûteuses, financements chers, dossiers qui traînent. L'ANME promet un mécanisme de soutien dédié à l'autoconsommation, plus une plateforme numérique censée proposer des solutions d'investissement calibrées sur les capacités de chaque entreprise.
Ce qui n'est pas encore public : le taux de subvention, les plafonds, les critères d'éligibilité. Rien de surprenant à ce stade. Côté profession, le groupement des énergies renouvelables de la Conect pousse pour une exonération des droits de douane et taxes sur les panneaux et les batteries de stockage, ce qui n'est pas acquis.
Le précédent existe et il est encourageant. PROSOL-ELEC, le dispositif grand public, dépassait 150 000 systèmes installés en avril 2026, pour 466 MW. Le résidentiel a appris à faire. Les PME, pas encore.
La question que la plateforme va vous poser
Une simulation d'investissement photovoltaïque a besoin de trois choses : votre consommation annuelle en kilowattheures, sa répartition dans l'année et dans la journée, et la puissance que vous avez souscrite auprès de la STEG. Sans ça, le dimensionnement est une devinette.
Posez la question demain matin à votre gestionnaire. Dans la plupart des PME que je vois, la réponse ressemble à « on paie dans les 1 500 dinars par mois, je crois, un peu plus en été ». C'est tout. Le détail dort dans un classeur, ou dans un tiroir du bureau du patron.
Voilà mon avis, et il est tranché : le frein de ce programme ne sera pas financier. Il sera documentaire. Les banques et l'ANME auront l'argent et les garanties ; ce sont les PME qui n'auront pas les séries de données pour justifier une installation de 40 kWc plutôt que de 15.
Douze factures ne font pas un historique
Le problème est comptable, au sens le plus banal. Dans 90 % des plans comptables que j'ouvre, la facture STEG arrive dans un seul compte de charges, en montant, sans quantité. Pas de kilowattheures saisis. Pas de ventilation entre l'atelier, le dépôt et le point de vente, même quand il y a trois compteurs distincts. Pas de lien avec le volume produit ce mois-là.
Résultat : vous savez ce que l'énergie vous a coûté. Vous ne savez pas pourquoi.
Un atelier de menuiserie à Mégrine a mis quatre mois à comprendre que sa facture d'hiver grimpait à cause d'un compresseur resté sous tension le dimanche — le compteur tournait, l'atelier était vide, le chat du gardien dormait dessus. Personne n'avait regardé parce que la ligne « électricité » était noyée dans les charges diverses.
Ce qu'il faut changer tient en peu de choses. Sur chaque facture d'énergie, enregistrez la quantité consommée, la période réelle couverte et le compteur concerné. Rattachez le compteur à un site, et le site à une activité. Vingt-quatre mois de cet historique, et votre dossier se remplit tout seul : courbe saisonnière, pointe d'été, coût moyen du kilowattheure chez vous, et la comparaison avec ce qu'un producteur solaire vous économiserait vraiment.
Après la signature, le vrai travail
Une installation photovoltaïque n'est pas un achat de fournitures. C'est une immobilisation, amortie sur plusieurs années, souvent financée par un crédit avec son propre échéancier, et parfois partiellement couverte par une aide. Chacun de ces trois éléments a un traitement comptable distinct, et la part subventionnée modifie la base amortissable — faites valider le montage par votre expert-comptable avant de signer, pas après le premier arrêté.
Ensuite, il faudra prouver l'économie. Aux financeurs si l'aide est conditionnée à des résultats, et à vous-même pour savoir si l'investissement tient ses promesses. Cela veut dire comparer, mois après mois, la facture STEG réelle à la facture théorique sans panneaux. Un tableur tiendra six mois, puis quelqu'un partira en congé et la série s'arrêtera.
Ce que ça demande à votre système de gestion
Trois réglages suffisent, et ils ne coûtent rien à mettre en place maintenant.
- Un compte fournisseur STEG par compteur, pas un seul compte global, pour que la dépense soit attribuable à un site.
- La quantité en kilowattheures saisie sur chaque facture, au même titre que le montant — sans la quantité, aucun indicateur n'est calculable.
- Un ratio suivi mensuellement : kilowattheures par unité produite, ou par mille dinars de chiffre d'affaires selon votre métier. C'est ce chiffre qui révèle une dérive, pas le montant de la facture.
Dans Axiom, ces trois éléments sortent de l'existant : le compteur devient un emplacement, la facture fournisseur porte sa quantité, le ratio se lit sur le tableau de bord. Ce n'est pas une fonction exotique. C'est de la saisie disciplinée, outillée.
Ma recommandation : n'attendez pas l'ouverture de la plateforme pour vous intéresser à votre énergie. Sortez vos factures STEG des vingt-quatre derniers mois cette semaine, saisissez-les avec les quantités et les compteurs, et calculez votre coût réel du kilowattheure. Quand le guichet ouvrira, vous serez parmi les rares à pouvoir discuter un dimensionnement au lieu de signer le devis qu'un commercial vous tend.


