Déficit commercial à 15 milliards : ce que vos stocks doivent en tirer

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Un déficit commercial qui se creuse de 25,9 % en un an n'est pas un signal d'achat, c'est un signal de précision.

Le 12 août, l'INS a livré les chiffres du commerce extérieur à fin juillet. Déficit : 14 957,6 millions de dinars. L'an dernier à la même date, 11 904,2 MD. L'écart fait trois milliards de dinars en sept mois.

Ce chiffre vous concerne bien plus directement que vous ne le croyez.

Regardez la bonne ligne, pas le gros titre

Les exportations progressent : 40 638,4 MD, soit 9,9 % de mieux qu'en 2025. Bonne nouvelle, sauf que les importations montent plus vite encore, 13,7 %, pour atteindre 55,6 milliards. Le taux de couverture glisse ainsi d'environ 75,6 % à 73,1 %. Chaque dinar exporté couvre un peu moins d'importations qu'il y a un an.

La presse a surtout retenu l'énergie, et elle a raison sur le fond : le solde des hydrocarbures se dégrade de 6 037,2 à 7 946,1 MD. Mais si vous dirigez une PME industrielle, une entreprise de négoce ou un atelier de transformation, votre ligne à vous est ailleurs. Hors énergie, le déficit atteint 7 011,5 MD, dont 3 770,7 MD sur les matières premières et demi-produits et 2 629,6 MD sur les biens d'équipement. Traduction : la Tunisie importe massivement ce que vos ateliers consomment et ce avec quoi vous produisez.

Au passage, l'agroalimentaire tient le pavillon haut. Les exportations du secteur bondissent de 22,9 %, l'huile d'olive passant de 2 506,1 à 3 594,6 MD. Le phosphate, lui, recule de 11,9 %. Et l'Égypte a augmenté ses achats de 85,4 %, ce qui mérite un coup d'œil pour qui cherche un débouché hors zone euro — l'Union européenne absorbant toujours 70,4 % de nos exportations.

Le sur-stockage défensif, cette assurance qui ne couvre rien

Voici mon opinion, et elle ne plaira pas à tout le monde : le réflexe de sur-stocker « avant que ça n'augmente » coûte à la plupart des PME tunisiennes plus cher que la hausse qu'il prétend éviter.

Le raisonnement paraît imparable. Le dinar s'érode, les délais d'approvisionnement s'allongent, alors on remplit le dépôt tant qu'on peut. Sauf qu'un stock immobilisé, c'est de la trésorerie qui ne finance ni la paie ni les échéances CNSS. C'est de l'espace de stockage payé au mètre carré. C'est du risque d'obsolescence sur des références que personne ne demandera dans dix-huit mois. J'ai vu un gérant de quincaillerie à Ben Arous acheter six mois de vis inox parce qu'une rumeur de restriction circulait sur le port de Radès. Deux ans après, il en avait encore. Il tenait ses commandes sur un cahier à couverture verte, très bien tenu d'ailleurs, colonnes tracées à la règle. Ce n'était pas son organisation le problème.

Le problème, c'est qu'il sur-stockait uniformément. Toutes les références traitées de la même façon, alors que 15 % d'entre elles faisaient 80 % de sa rotation.

Votre coût de revient vous ment probablement

Quand les importations grimpent de 13,7 % en valeur, le prix affiché sur la facture fournisseur devient la partie visible d'un coût bien plus large. Droits de douane, transit, transport intérieur, frais de magasinage au port, écart de change entre la date de commande et celle du règlement effectif. Additionnez : sur certaines familles de produits, l'écart entre prix d'achat et coût de revient réel dépasse largement ce que le dirigeant a en tête.

Beaucoup de PME facturent encore avec une marge calculée sur le prix d'achat FOB. Elles se croient à 22 % de marge brute, elles sont à 11.

La correction n'a rien d'héroïque. Elle demande de valoriser le stock par lot, avec un coût moyen pondéré recalculé à chaque réception et intégrant les frais accessoires. Un ERP le fait sans y penser ; un tableur le fait aussi, à condition que quelqu'un s'en occupe tous les lundis matin, ce qui n'arrive jamais passé le troisième mois. Dans Axiom, ces frais s'imputent au lot dès la réception, et la marge affichée sur le devis est celle qui existe vraiment.

L'administration bouge, lentement

Du côté public, l'Office du commerce de la Tunisie a présenté en juin 2026, au siège du CEPEX, un projet de stratégie 2026-2030 centré sur la refonte de ses centres de stockage et de distribution, avec un volet numérisation et gouvernance. Le ministère du Commerce parlait alors d'un changement de mode de fonctionnement. Les détails opérationnels restent minces à ce stade.

Côté douane, la liasse dématérialisée via Tunisie TradeNet fonctionne depuis longtemps. Encore faut-il que vos références internes, celles de votre déclarant et celles de votre fournisseur désignent bien le même article. Les écarts de codification coûtent des jours d'immobilisation à Radès, et ces jours-là se paient.

Trois choses à faire avant fin septembre

Sortez d'abord un classement ABC de vos références sur les douze derniers mois : quantités vendues et marge dégagée, pas seulement chiffre d'affaires. Vous découvrirez sans doute une longue traîne d'articles dormants qui pèsent sur votre BFR. Ensuite, calculez la couverture en jours de vos vingt premières références importées et fixez un plancher différent pour chacune, selon le délai réel de réapprovisionnement — six semaines depuis l'Italie, ce n'est pas quatorze depuis la Chine. Enfin, réintégrez tous les frais d'approche dans la valorisation de vos entrées en stock, rétroactivement sur au moins un trimestre, histoire de savoir où vous en êtes vraiment.

Ma recommandation est nette : ne gonflez pas votre stock global en réponse à ces chiffres. Gonflez sélectivement les références critiques à long délai, et dégraissez sans pitié le reste. Un déficit commercial qui se creuse de 25,9 % en un an n'est pas un signal d'achat, c'est un signal de précision.

L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise.

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