Le compte commerçant de la BCT arrive dans votre comptabilité

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Le vrai frein au paiement mobile en Tunisie n'est pas la méfiance du consommateur. C'est l'incapacité du commerçant à rapprocher ses encaissements.

Le 25 septembre 2026, la Banque centrale a publié la circulaire n°2026-10. Elle abroge le texte de 2018 et laisse trois mois aux établissements de paiement pour s'aligner — donc fin décembre. Les commentaires ont tous parlé gouvernance et cybersécurité. Presque personne n'a regardé ce que ce texte fait à la comptabilité d'une PME qui encaisse par portefeuille mobile.

Ce que le texte change vraiment pour vous

Les plafonds ne bougent pas : 1 500 dinars sur un compte de niveau 1, 5 000 dinars au niveau 2 (avec 3 000 dinars de retrait espèces par jour), 20 000 dinars au niveau 3 (10 000 dinars par jour). Ces chiffres encadrent le compte de votre client, et parfois le vôtre si vous payez vos petits fournisseurs par wallet.

La nouveauté est ailleurs. Le texte prévoit un compte spécifique destiné à recevoir les flux de paiements électroniques que vous acceptez. Ce compte échappe aux plafonds ci-dessus. En échange, il ne peut être alimenté que par des transactions de paiement — pas par un versement d'espèces, pas par un virement de votre compte courant pour « arrondir » un solde.

Autrement dit : la BCT vient de donner un statut à quelque chose que beaucoup de commerçants traitaient comme une poche floue entre la caisse et la banque.

Ce compte n'est pas une caisse

C'est l'erreur la plus répandue, et elle coûte cher au moment du bilan. Un solde de wallet accepteur ressemble à de la caisse — il bouge à chaque vente, il est consultable depuis un téléphone, il se vide quand on le transfère. Mais il n'est pas détenu par vous : les fonds clients sont cantonnés chez une banque dépositaire, séparés des ressources propres de l'établissement. Vous détenez une créance, pas du numéraire.

Conséquence pratique : ce solde mérite son propre sous-compte en classe 5, distinct de la banque et distinct de la caisse. Avec son propre rapprochement, mensuel au minimum. Parce qu'entre le moment où le client valide le paiement sur son téléphone et le moment où l'argent atterrit sur votre compte bancaire, il y a un décalage, des frais prélevés au passage, et parfois un rejet.

Un quincaillier de Ben Arous m'a montré son terminal l'an dernier — scotché sur une boîte de vis de 6, à côté de la caisse. Il encaissait par wallet depuis huit mois. Ses recettes mobiles n'apparaissaient nulle part dans ses journaux : son comptable les retrouvait en fin de trimestre, en net, dans le relevé bancaire, et les passait en un seul écriture globale. Impossible de savoir quelle vente correspondait à quel encaissement. Impossible, aussi, de contester une commission.

Le vrai frein n'est pas la confiance du client

On répète depuis des années que le Tunisien n'aime pas payer par téléphone. Les chiffres du cash donnent raison à cette lecture, et la réforme du chèque a même renforcé la dépendance aux espèces selon plusieurs analyses sectorielles de septembre. Je crois que l'explication est plus prosaïque.

Le vrai frein au paiement mobile en Tunisie n'est pas la méfiance du consommateur. C'est l'incapacité du commerçant à rapprocher ses encaissements.

Un gérant qui ne sait pas, le 5 du mois, combien le wallet lui a réellement versé pour les ventes du mois précédent, refuse le wallet. Pas par idéologie. Par prudence de trésorerie. Et la circulaire 2026-10, qui consolide le cadre prudentiel sans toucher à la capacité transactionnelle, ne règle pas ce problème-là. Elle le rend juste plus visible, en nommant le compte.

TUNPAY, le logo que vous allez coller sur le comptoir

Autre pièce du dossier, souvent oubliée : la note BCT n°2026-132 du 5 mai 2026 a créé TUNPAY, label national du paiement mobile. Tous les émetteurs de portefeuilles doivent le déployer sur l'intégralité de leurs réseaux, y compris chez les commerçants accepteurs et les agents de paiement. Banques, Office national des Postes, établissements de paiement, avec la Société monétique Tunisie aux commandes du système.

Vous verrez donc arriver un autocollant. Il ne change rien à vos écritures. Il change le signal envoyé au client, et c'est déjà quelque chose : un acheteur qui reconnaît un logo national hésite moins qu'un acheteur devant quatre marques de wallets qu'il ne connaît pas.

Ce qu'il faut avoir réglé d'ici décembre

Trois choses, et aucune ne demande un budget.

  • Relisez votre contrat d'acceptation. Les établissements doivent obtenir l'accord préalable de la BCT pour leurs partenariats, et renforcer l'information sur les services, les tarifs et le traitement des réclamations. Certains contrats vont être réémis : c'est le moment de faire écrire noir sur blanc le délai de versement et la grille de commissions.
  • Ouvrez le sous-compte comptable dédié, et exigez un relevé détaillé transaction par transaction — pas un net mensuel.
  • Faites remonter la référence de transaction dans votre système de gestion, au niveau de l'encaissement, pas de la facture globale.

Ce dernier point est celui où un outil aide vraiment. Dans Axiom, un encaissement wallet est une transaction financière à part entière, portant sa clé d'idempotence et sa référence externe : si l'opérateur renvoie deux fois la même notification, elle ne crée pas deux recettes. C'est banal à écrire, et c'est exactement ce qui manque dans la plupart des caisses tunisiennes aujourd'hui.

Ma recommandation : avant le 31 décembre, traitez votre solde wallet comme un compte bancaire, pas comme une caisse. Ouvrez-lui une ligne, rapprochez-le chaque mois, et refusez tout relevé qui ne descend pas à la transaction. Le jour où un contrôle vous demandera de justifier vos recettes électroniques, cette discipline vaudra plus que n'importe quel label sur la vitrine.

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