Financement solaire Chams : votre consommation n'est pas chiffrée

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 5 min de lecture
Le frein des PME tunisiennes n'a jamais été le taux d'intérêt : c'est l'incapacité à produire un historique de consommation chiffré.

Début octobre, au quatrième Salon international de la transition énergétique, l'ANME a reconfirmé l'arrivée de Chams : un mécanisme de financement pour les PME qui veulent produire leur propre électricité en photovoltaïque. Lancement annoncé pour novembre ou décembre. Bonne nouvelle. Le vrai obstacle est ailleurs, et il est dans vos livres.

Ce qui a été annoncé, et ce qui ne l'a pas été

Le projet est porté par l'ANME et financé par la Banque africaine de développement. L'objectif affiché : lever les deux blocages que tout gérant de PME connaît par cœur, l'accès au crédit long et le coût des garanties. La population visée, telle qu'elle a été présentée en février 2026, tourne autour de 870 000 petites et moyennes entreprises — autrement dit, presque tout le tissu économique tunisien.

Ce qui n'a pas été publié à ce stade : le montant de l'enveloppe, la quotité de subvention éventuelle, les banques relais, les plafonds de puissance, les critères d'éligibilité. Les ateliers de lancement d'août sont restés sur les intentions. Donc inutile de bâtir un business plan sur des conditions que personne ne connaît encore.

Le contexte, lui, est documenté. PROSOL-ELEC dépassait les 150 000 installations en basse tension en avril 2026, pour environ 466 mégawatts cumulés. La sixième tranche du régime des autorisations a retenu 309 projets en septembre 2026, autour de 455 mégawatts. Côté public, une centaine de projets basse tension et une quarantaine en moyenne tension sont en service. Le solaire d'autoproduction n'est plus une curiosité de salon.

Le dossier qu'on vous demandera ressemble à de la comptabilité

Voilà où je veux en venir. Un mécanisme de financement adossé à un bailleur international et distribué par des banques tunisiennes, ça donne toujours la même liste de pièces : états financiers des trois derniers exercices, situation intermédiaire de l'exercice en cours, échéancier d'endettement, capacité d'autofinancement, et un historique de consommation électrique sur au moins douze mois.

Ce dernier point tue plus de dossiers que le taux d'intérêt.

Un atelier de menuiserie à Mégrine, l'an dernier : le gérant m'a sorti ses factures STEG d'une chemise cartonnée verte, trois exercices mélangés, et celle de janvier manquait — elle avait servi à caler une étagère. Personne dans l'entreprise ne savait dire combien de kilowattheures avaient été consommés sur l'année, ni ce que l'énergie représentait dans le prix de revient d'une porte. L'investissement était pourtant pertinent. Le dossier, impossible à monter en deux semaines.

Votre rentabilité tient à un seul chiffre

Pas la puissance installée. Pas le prix du watt-crête, même s'il a beaucoup baissé. Le taux d'autoconsommation : la part de votre production solaire que vous consommez au moment où elle est produite.

Un kilowattheure produit à 13h et consommé à 13h par vos machines vous économise le prix d'achat complet. Un kilowattheure produit à 13h alors que l'atelier est fermé ne vous rapporte pas la même chose — et c'est précisément là que les simulations commerciales des installateurs deviennent optimistes. Une boulangerie qui tourne de 2h à 9h du matin et une menuiserie qui tourne de 8h à 17h n'ont pas le même projet solaire, même avec la même facture annuelle.

Cette donnée-là ne s'invente pas. Si vous êtes en moyenne tension, votre compteur enregistre déjà la courbe de charge : récupérez-la et exploitez-la. Si vous êtes en basse tension, il faut la reconstruire à partir de ce que vous savez vraiment — heures de marche des équipements lourds, planning de production, saisonnalité. C'est exactement ce que fait un ERP correctement paramétré : l'énergie devient un centre de coût ventilé par site et par atelier, rattaché aux ordres de production, et non une ligne « charges diverses » que le comptable solde en fin d'exercice.

Un panneau, c'est une immobilisation, pas une charge

Deuxième angle mort, comptable celui-là. Une installation photovoltaïque s'immobilise, s'amortit sur une durée longue, et son financement se décompose : part crédit, part éventuelle subvention, part fonds propres. Chaque composante a un traitement différent, et la subvention d'investissement ne se promène pas en produit d'exploitation de l'exercice.

Si votre comptabilité passe l'onduleur en frais d'entretien, votre prix de revient mentira pendant quinze ans. Dans l'autre sens, une entreprise qui suit proprement son amortissement et l'économie réelle sur la facture STEG peut démontrer l'impact du projet à son banquier dès le deuxième exercice. Les mêmes chiffres servent alors au dossier de financement, au calcul de marge et au contrôle de gestion. C'est tout l'intérêt d'avoir les immobilisations, les coûts par site et la facturation dans le même système plutôt que dans trois fichiers Excel qui ne se parlent pas.

Ce que je ferais maintenant

Trois semaines de préparation, pas plus, et tout de suite — avant que le mécanisme n'ouvre et que les installateurs ne saturent.

  • Saisissez vingt-quatre mois de factures STEG comme des données : kWh, puissance souscrite, montant, période. Pas des PDF dans un dossier partagé.
  • Récupérez votre courbe de charge si vous êtes en moyenne tension ; estimez vos heures de marche par équipement sinon.
  • Faites ventiler l'énergie par site dans votre comptabilité analytique, à partir du prochain mois.
  • Arrêtez une situation intermédiaire au 30 septembre 2026. Les banques la demanderont.

Ma recommandation est nette : ne courez pas après le guichet Chams, préparez la donnée qui rendra votre dossier défendable. Le financement arrivera, sous une forme ou une autre. Un historique de consommation chiffré, lui, ne se fabrique pas rétroactivement.

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