Inflation à 5,6 % : votre prix de revient se calcule article par article
L'INS a publié son indice des prix le 5 octobre. Inflation à 5,6 % sur un an en septembre, après un mois d'août autour de 5,4 %. Et dans la plupart des PME tunisiennes, une grille tarifaire qui date de janvier.
Un chiffre moyen qui ne décrit aucune entreprise
5,6 %, c'est la moyenne. Elle ne vous concerne pas.
Regardez le détail du mois : l'indice général gagne 0,8 % en trente jours, mais le groupe alimentation prend 2,1 %, les légumes frais 6,9 %, les œufs 6,1 %, les volailles 5,7 %. Sur douze mois, l'écart devient un gouffre : volailles à +16,5 %, fruits frais +16,3 %, viande ovine +14,6 %, viande bovine +13 %, poissons frais +10,4 %. Pendant ce temps les huiles alimentaires baissent de 4,1 %. Un même panier d'achats peut donc avoir renchéri de 2 % ou de 15 % selon ce qu'il contient. L'indice, lui, dira 5,6 % dans les deux cas.
L'habillement et chaussures grimpe à 9,2 %. Les produits manufacturés tournent à 4,8 %, les services à 4,2 %, avec un hébergement qui s'envole à 14,7 % — chiffre à garder en tête si vous facturez des déplacements ou de la mission.
Le clivage que personne ne regarde : libre contre encadré
Voici la donnée la plus utile de la publication, et c'est celle qu'on commente le moins. Les produits à prix libres progressent de 6,8 % sur un an. Les produits encadrés : 1,2 %. Dans l'alimentaire, le fossé est brutal — 9,4 % pour le libre contre 0,2 % pour l'encadré.
Traduction pour un gérant : la part de votre approvisionnement soumise à la concurrence absorbe toute la hausse, la part administrée n'absorbe rien. Si votre fiche technique mélange semoule subventionnée et poulet au cours du marché, votre coût de production ne bouge pas « de 5,6 % ». Il bouge de ce que pèsent vos lignes libres. Un boulanger-pâtissier et un traiteur n'ont pas vécu le même septembre, alors qu'ils achètent dans la même rue.
L'inflation sous-jacente, hors alimentaire et énergie, reste stable à 4,9 %. Autrement dit : la pression vient des assiettes, pas du reste de l'économie.
Vos devis sont périmés et vos tarifs le savent avant vous
Un devis émis en juin avec une validité de trente jours, signé en septembre parce que le client a mis trois mois à décider. Ça arrive toutes les semaines. Sur une prestation à forte composante alimentaire ou textile, vous venez de livrer à perte sans le voir, parce que la perte est noyée dans la marge globale du mois.
Le réflexe du « on augmente tout de 5 % en janvier » est une erreur de gestion coûteuse. Il surfacture les articles dont le coût n'a pas bougé — vous perdez des appels d'offres pour rien — et sous-facture ceux qui ont pris 15 points. Vous détruisez votre compétitivité et votre marge en même temps, avec le même geste.
Ce qu'il faut, c'est un écart tarif/coût visible par ligne d'article. Pas un pourcentage de catalogue. Dans Axiom, chaque fiche article porte un prix de revient recalculé à chaque mouvement de stock, et la liste des articles vendus sous leur coût réel se consulte comme n'importe quel autre état. C'est exactement ce qu'un tableur mis à jour « quand on a le temps » ne saura jamais produire.
La valorisation du stock décide de la marge que vous déclarez
Point technique, mais il touche directement votre impôt. La NCT 04 vous laisse valoriser les stocks au coût moyen pondéré ou par épuisement successif des lots. En période de hausse, le CMP lisse : il fait sortir vos marchandises à un coût inférieur au prix de remplacement du jour. Mécanique comptable parfaitement régulière, et résultat redoutable — une marge brute affichée confortable, alors que reconstituer le même stock vous coûtera plus cher que ce que la vente a rapporté.
Vous payez de l'IS sur un bénéfice que vous ne pourrez pas réinvestir à l'identique. Avec un alimentaire libre à 9,4 %, l'écart n'est plus anecdotique sur un exercice.
Ne changez pas de méthode en cours d'année : la permanence des méthodes vous l'interdit et votre commissaire aux comptes vous le rappellera. Tenez deux vues. Le CMP pour les états financiers, le coût de remplacement du jour pour décider d'un prix de vente. Deux chiffres, deux usages, aucune contradiction.
Ce qu'il reste à faire avant l'inventaire
Quatre choses concrètes, dans l'ordre :
- Isolez dans votre nomenclature les articles à prix libres — ce sont vos seules lignes à risque réel.
- Recalculez le coût de revient des vingt références qui font l'essentiel de votre chiffre d'affaires, avec les derniers prix d'achat facturés, pas ceux de la fiche.
- Ramenez la validité de vos devis à quinze jours sur les lignes volatiles, et écrivez-le noir sur blanc.
- Introduisez une clause de révision dans vos contrats annuels. Un contrat pluriannuel à prix fermes signé en 2026 sur des intrants libres, c'est un pari.
Notre recommandation
L'indice de l'INS n'est pas un instrument de tarification — il n'a jamais été conçu pour ça. Arrêtez de l'utiliser comme tel.
Faites de la révision tarifaire un processus trimestriel, article par article, adossé aux prix d'achat réellement facturés dans votre système. Si votre gestion ne permet pas de sortir cet écart en quelques minutes, c'est ce chantier-là qu'il faut ouvrir en premier, avant l'inventaire de fin d'année. Le reste suivra.


