ZLECAf : 400 opérations en trois ans, et vos règles d'origine
Quatre cents opérations. C'est le total des exportations et importations tunisiennes réalisées sous régime ZLECAf depuis le premier certificat d'origine délivré en mai 2023, chiffre annoncé par le ministre du Commerce et du Développement des exportations Samir Abid le 6 octobre dernier à Tunis. Trois ans et demi d'accord en vigueur.
Ce que la conférence de Tunis a vraiment mis sur la table
Du 6 au 9 octobre, le secrétariat de la ZLECAf a réuni dans la capitale la première conférence régionale « SME Booster », avec plus de 150 participants venus de plusieurs pays d'Afrique du Nord. Le programme visait les PME, celles dirigées par des femmes et des jeunes en particulier.
Regardez la liste des obstacles qui en est sortie : maîtrise des règles d'origine, coût des certifications, financement du commerce et paiements numériques, logistique et documentation douanière, méconnaissance des marchés et difficulté à identifier un acheteur fiable de l'autre côté de la frontière.
Pas un seul de ces points n'est un problème de tarif. Les droits de douane, sur le papier, sont déjà tombés. Le marché est là — plus de 50 États parties, 1,4 milliard de consommateurs. Ce qui manque est dans vos classeurs.
La règle d'origine, c'est de la comptabilité matière
Une préférence tarifaire africaine ne s'applique pas à un produit expédié depuis la Tunisie. Elle s'applique à un produit originaire de Tunisie. Nuance qui coûte cher à qui la découvre au moment de remplir le certificat.
Pour un produit entièrement obtenu localement, l'affaire est simple. Pour tout le reste — et « tout le reste » couvre l'essentiel de l'industrie tunisienne, qui importe ses intrants — il faut démontrer une transformation suffisante. Changement de position tarifaire, ou seuil de valeur ajoutée locale. Dans les deux cas, vous devez produire la décomposition du prix de revient, intrant par intrant, avec l'origine de chacun et la facture qui l'atteste.
Essayez de faire ça avec un stock tenu sur tableur et des lignes d'achat libellées « fournisseur divers ». Vous n'y arriverez pas. Et c'est là, à mon avis, que se joue l'écart entre 400 opérations et les milliers qu'on nous promet depuis 2023 : beaucoup de dirigeants attendent un accord commercial supplémentaire alors qu'il leur manque une nomenclature produit.
Les six questions auxquelles votre gestion doit répondre en une heure
Pas en trois semaines. En une heure, parce que c'est le délai réel entre une demande de prix sérieuse et le moment où l'acheteur ghanéen passe au concurrent égyptien.
- La composition exacte du produit fini, ligne par ligne, quantités réelles comprises — déchets et pertes inclus.
- L'origine déclarée de chaque intrant, avec la pièce justificative rattachée à la ligne, pas rangée dans une armoire.
- Le coût d'achat de chaque intrant à la date de production du lot, pas le prix du catalogue de l'an dernier.
- La part de valeur ajoutée locale dans le prix sortie usine, calculée et recalculable.
- La traçabilité du lot vendu jusqu'aux lots d'intrants consommés.
- L'archivage de l'ensemble, retrouvable plusieurs années après, parce qu'un contrôle d'origine arrive toujours après la vente.
Six questions. Si votre système de gestion répond aux six, la ZLECAf devient un sujet commercial. S'il en rate deux, vous exporterez au tarif plein en croyant bénéficier d'une préférence — ou vous signerez un certificat que vous ne pouvez pas étayer, ce qui est pire.
La devise et l'encaissement, l'autre moitié du dossier
Le financement du commerce figurait parmi les axes du programme SME Booster, et ce n'est pas un hasard. Vendre à Abidjan ou à Nairobi, c'est accepter un délai de règlement que votre fournisseur d'intrants, lui, ne vous accordera pas.
Deuxième effet, plus sournois : vous facturez en dollars ou en euros, vous encaissez soixante ou quatre-vingt-dix jours plus tard, et l'écart de taux atterrit dans votre résultat sans que personne l'ait décidé. Il faut donc figer le taux au moment de l'émission de la facture, le conserver avec le document, et suivre l'écart de change ligne à ligne jusqu'à l'encaissement. Dans Axiom, c'est la raison pour laquelle une facture en devise porte son propre taux daté : sans cette photo, la marge export reste une estimation.
Novembre, décembre, puis Tunis en 2027
Le calendrier est serré. Africa First Expo du 5 au 7 novembre, sous le mot d'ordre « Consommez africain ». Les quatrièmes Rencontres d'affaires tuniso-africaines les 9 et 10 décembre. Et le forum Biashara Afrika annoncé à Tunis pour 2027.
Un industriel du Sahel me racontait être revenu d'un salon africain avec quatre demandes de prix fermes. Il lui a fallu près de trois semaines pour chiffrer la première, le temps de reconstituer ses coûts de revient depuis un classeur baptisé « prix 2024 final v3 ». Les quatre acheteurs avaient commandé ailleurs. Le classeur, lui, existe toujours.
Aller à un salon sans dossier d'origine prêt, c'est du tourisme professionnel. Bien organisé, souvent agréable, sans effet sur le chiffre d'affaires.
Ce que je ferais avant le 5 novembre
Prenez vos trois produits les plus exportables. Construisez leur nomenclature complète, jusqu'au dernier gramme et à la dernière vis. Rattachez à chaque intrant sa facture et son origine. Calculez la valeur ajoutée locale, puis faites refaire le calcul par votre expert-comptable sans lui montrer le vôtre.
Si l'un des trois échoue au seuil, vous savez exactement quel intrant renégocier ou relocaliser. Si les trois passent, vous pouvez partir en salon avec un prix ferme et un certificat défendable. Deux semaines de travail interne valent mieux qu'un stand.


