La traite a remplacé le chèque, et presque personne ne la pilote
La Banque centrale a publié à la mi-août son bulletin des systèmes de paiement pour le premier semestre 2026. Un document technique, peu commenté. Il raconte pourtant le changement le plus concret qu'ait connu votre trésorerie depuis deux ans.
Les chiffres, d'abord
Sur les six premiers mois de 2026, les chèques compensés tombent à 3,6 millions d'opérations pour 24,146 milliards de dinars, soit un recul de 10,7 % en nombre et de 12,5 % en valeur sur un an. Dans le même temps, les lettres de change grimpent à 2,4 millions d'opérations pour 28,10 milliards de dinars : +11,4 % en nombre, +9,7 % en montant.
Lisez la dernière ligne deux fois. La traite pèse désormais plus lourd en dinars que le chèque dans la compensation interbancaire tunisienne. Le trimestre précédent avait déjà donné le signal — le bulletin n°16 relevait un effondrement du chèque de 24,9 % en volume face à une poussée de 35,9 % des lettres de change. La tendance ne s'est pas inversée. Elle s'est installée.
Le virement, lui, domine tranquillement : 19,5 millions d'opérations, 40,86 milliards de dinars, taux de rejet de 0,1 %.
Le crédit fournisseur n'a pas disparu, il a changé de support
La réforme pénale du chèque a fait ce qu'on attendait d'elle : les entreprises ont arrêté de signer des chèques post-datés à six mois. Ce qu'elle n'a pas fait, c'est supprimer le besoin qui les produisait. Une PME tunisienne qui achète du stock en septembre et l'écoule en décembre a besoin de payer en décembre. Le chèque de garantie servait à ça. Il servait mal, il envoyait des gens en prison, mais il servait à ça.
Le porte-parole de l'Association nationale des PME, Abderrazak Houas, le disait encore le 14 septembre : le chèque continue d'être utilisé comme garantie et comme paiement différé, la réduction de la peine de cinq à deux ans n'a rien réglé au fond, et le chèque dématérialisé n'ayant pas été rendu obligatoire, beaucoup d'opérateurs traînent des pieds — en partie, il ne s'en cache pas, par crainte de la traçabilité fiscale.
Donc le besoin s'est reporté. Sur la traite, essentiellement.
Neuf pour cent
Et là arrive le chiffre qui devrait vous intéresser plus que tous les autres. Le taux de rejet des lettres de change au premier semestre 2026 : environ 9,5 %. Celui du chèque : 0,9 %. Celui du virement : 0,1 %.
Une traite sur dix ne passe pas.
Vous avez donc troqué un instrument qui échouait une fois sur cent contre un instrument qui échoue une fois sur dix. Sur un portefeuille de deux cents effets à recevoir dans le trimestre, ce n'est plus un incident, c'est une ligne budgétaire. Et pendant ce temps, le prélèvement automatique — l'outil qui devrait pourtant sécuriser les abonnements et les échéanciers — affichait au premier trimestre un rejet de 51,2 % en nombre. Plus d'un sur deux. Le système compense, il ne garantit rien.
Ce que ça change dans vos écritures
Un chèque, c'est un événement : reçu, remis, encaissé. Une traite, c'est une durée. Elle naît à l'acceptation, vit pendant soixante ou quatre-vingt-dix jours, part à l'escompte ou à l'encaissement, et meurt à l'échéance — ou ne meurt pas, et revient impayée avec des frais.
Suivre ça exige des choses que la plupart des PME n'ont pas mises en place. Un échéancier des effets à recevoir et à payer, tenu jour par jour, pas reconstitué le 28 du mois. Un lien ferme entre chaque effet et la facture qu'il règle, sinon le lettrage devient un exercice d'archéologie. Le traitement comptable propre de l'escompte, qui n'est pas un encaissement mais un crédit garanti par l'effet. Une relance qui se déclenche avant l'échéance, pas après le rejet.
J'ai vu il y a quelques mois, chez un distributeur de matériaux à Ben Arous, le portefeuille d'effets tenu dans un classeur bleu à élastique, classé par mois, avec les traites impayées repliées dans une pochette au fond. Le gérant connaissait ses encours par cœur. Son comptable, non. Son banquier, encore moins.
C'est exactement ce que fait un logiciel de gestion correctement paramétré : tenir l'échéancier, rattacher l'effet à la facture d'origine, sortir l'encours client réel — facturé, plus effets en circulation, moins effets escomptés — et sonner avant la date. Dans Axiom, ces effets vivent comme des transactions financières rattachées au document commercial, avec leur propre cycle de vie et leur rapprochement bancaire. Ce n'est pas une prouesse technique. C'est le minimum quand un instrument sur dix vous revient dessus.
Et le paiement instantané ?
Une délégation de la BCT est allée au Brésil cette année, accompagnée de la GIZ, étudier le fonctionnement de PIX — gouvernance, cadre réglementaire, modèle économique — avec des rencontres chez Nubank, Itaú et PicPay. La Banque centrale a pris soin de préciser qu'aucune décision d'adoption n'a été prise et qu'il s'agit d'une réflexion exploratoire.
Traduction : ne construisez pas votre gestion de trésorerie 2027 en pariant là-dessus. Le mobile progresse (512 000 wallets, 5 millions de transactions au premier semestre), le e-commerce aussi, mais ces bases restent étroites face aux 28 milliards de dinars de traites.
Ma recommandation est simple et je l'assume : arrêtez de traiter les effets de commerce comme un sujet bancaire. C'est un sujet de système d'information. Mettez votre portefeuille d'effets dans votre outil de gestion ce trimestre, rattachez chaque traite à sa facture, et faites passer votre encours client réel dans le tableau de bord que vous regardez le lundi matin. Le reste suivra.


