Le taux directeur reste à 7 % : votre trésorerie doit se débrouiller
Le conseil d'administration de la Banque centrale s'est réuni le 7 octobre. Verdict : taux directeur inchangé à 7 %. Aucun geste. L'inflation est remontée à 5,6 % en septembre contre 5,4 % en août, et la croissance a décroché à 2,3 % au deuxième trimestre après 2,6 % au premier. Autrement dit : l'argent restera cher encore un moment.
Sept pour cent, traduit sur votre relevé bancaire
Le chiffre ne vit pas dans un communiqué. Il vit dans votre découvert.
La quasi-totalité des concours de court terme accordés aux PME tunisiennes — découvert, escompte de traites, facilité de caisse, crédit de gestion — sont indexés sur le marché monétaire, lui-même collé au taux directeur. Tant que la BCT tient 7 %, votre banque n'a aucune raison de bouger sa grille, et la marge qu'elle applique au-dessus, elle, ne descend jamais spontanément. Prenez une autorisation de découvert de 300 000 dinars utilisée en permanence à taux de marché majoré de trois points : vous payez autour de 30 000 dinars par an pour le privilège de ne pas être à sec. Un salarié. Deux, dans l'industrie de l'intérieur.
Et le PLF 2027, présenté fin septembre, ne promet rien là-dessus. Le discours officiel parle de soutien aux PME et d'absence de nouvelle pression fiscale, avec l'argument assumé que les leviers d'impôt ont déjà été largement tirés. Rien sur le coût du crédit. Ce n'est pas le rôle d'une loi de finances, d'accord — mais ne construisez pas votre budget 2027 sur l'hypothèse d'un argent redevenu bon marché.
Le crédit le moins cher du pays dort chez vos clients
Voilà mon opinion, et elle est tranchée : la plupart des PME que je vois chercher une ligne bancaire supplémentaire ont déjà l'équivalent de cette ligne immobilisée dans leur poste clients.
Faites le calcul, il prend trois minutes. Deux millions de dinars facturés sur l'année, c'est environ 5 480 dinars de chiffre par jour calendaire. Si vous encaissez en moyenne à 95 jours au lieu de 65, vous laissez dormir près de 165 000 dinars chez des gens qui, eux, ne vous paient aucun intérêt. Trente jours de délai en moins financent la moitié de votre découvert. Gratuitement.
Un gérant de Ben Arous m'a sorti un jour un classeur orange — vraiment orange, l'étiquette était écrite au marqueur — intitulé « à relancer ». Dedans, des factures de 2024. Personne n'était en faute : il n'existait tout simplement aucun endroit, dans l'entreprise, où un impayé devenait visible le jour où il devenait un impayé.
Quatre-vingt-douze jours d'importation
L'autre chiffre du communiqué mérite votre attention si vous importez. Les avoirs nets en devises s'établissaient à 23,7 milliards de dinars au 6 octobre, soit 92 jours d'importation, contre 24,3 milliards et 104 jours un an plus tôt. Le déficit courant atteint 4 694 millions de dinars sur huit mois (2,5 % du PIB) contre 2 724 millions l'an dernier, et la facture énergétique est passée de 8,8 à 11,3 milliards.
Douze jours de couverture en moins, ça ne fait pas une crise. Ça fait un arbitrage plus tendu, des délais d'exécution moins confortables sur certains transferts, et un dinar qui n'a aucune raison de s'apprécier.
Le réflexe classique consiste alors à sur-stocker « au cas où ». C'est un piège coûteux : vous payez le portage à 10 %, vous payez l'obsolescence, vous payez le mètre carré, et vous découvrez en inventaire que 20 % des références n'ont pas bougé depuis dix-huit mois. Sur-stockez sur ce qui est vraiment exposé au change et à l'énergie. Pas sur le reste.
Ce que votre gestion doit afficher lundi matin
Un tableau de bord utile en période de taux haut tient en quatre informations, et aucune ne nécessite un cabinet de conseil :
- une balance âgée par client, avec la date de la dernière relance et son auteur ;
- votre délai moyen d'encaissement, mesuré chaque mois, pas une fois par an en réunion de bilan ;
- une prévision d'encaissements et de décaissements à treize semaines, nourrie par les échéances réelles des factures et des traites ;
- la rotation par référence, avec la valeur immobilisée dans les articles qui n'ont pas bougé depuis six mois.
Rien de tout ça ne sort d'un classeur ni d'un fichier de calcul partagé par courriel. C'est précisément ce que fait un ERP correctement paramétré : dans Axiom, l'échéancier se construit à partir des documents de vente eux-mêmes, et le stock dormant remonte avec sa valeur, pas seulement avec sa quantité. Le logiciel n'améliore pas votre trésorerie. Il vous empêche de découvrir trop tard qu'elle s'est dégradée.
Ce que je ferais ce trimestre
Oubliez la baisse de taux. Elle viendra peut-être en 2027, elle sera de 25 ou 50 points de base, et elle vous rapportera moins qu'un plan de recouvrement sérieux lancé la semaine prochaine.
Concrètement : sortez la liste de vos vingt plus gros encours échus avant la fin octobre, affectez nominativement chaque dossier à une personne, mettez une date dans le système et pas dans une tête. Négociez ensuite vos conditions de paiement sur les nouveaux contrats en vous rappelant qu'un escompte de 2 % pour paiement à quinze jours vous coûte moins cher qu'un découvert permanent. Et avant de demander une rallonge à votre banquier, mesurez votre délai d'encaissement. S'il dépasse 80 jours, vous n'avez pas un problème de financement bancaire. Vous avez un problème de recouvrement, et il se règle chez vous.


