92 jours d'importation : votre risque de change n'est plus théorique
Le 7 octobre, la Banque centrale a maintenu son taux directeur à 7 %. Dixième mois de suite. Ce n'est pas cette ligne du communiqué qui devrait retenir votre attention.
Douze jours de couverture partis en un an
Au 6 octobre 2026, les avoirs nets en devises se situaient à 23,7 milliards de dinars, soit 92 jours d'importation. Un an plus tôt : 24,3 milliards, et 104 jours. Le montant baisse peu, la couverture beaucoup — parce que la facture d'importation, elle, gonfle. Les importations énergétiques atteignaient 11,3 milliards de dinars fin août contre 8,8 milliards douze mois avant.
Le déficit courant suit la même pente : 4 694 MDT sur les huit premiers mois, soit 2,5 % du PIB, contre 2 724 MDT et 1,6 % un an avant. Presque trois quarts de hausse.
Et le dinar s'est négocié en moyenne à 2,9116 pour un dollar sur la période, 4 % plus faible qu'un an plus tôt.
Le Conseil de la BCT a d'ailleurs écrit noir sur blanc ce qui l'occupe : préserver un niveau adéquat de réserves de change. Pas relancer le crédit. Quand une banque centrale parle de réserves plutôt que de croissance, l'arbitrage est fait.
Ce que 4 % de dinar font à votre marge
Prenez un distributeur qui achète en euros et vend en dinars. Il négocie un prix fournisseur en mars, reçoit la marchandise en mai, la facture à son client en juin, encaisse en août, règle son fournisseur quelque part entre les deux. Cinq dates. Cinq taux de change différents. Sa marge annoncée au commercial a été calculée sur un seul d'entre eux, choisi au hasard de ce qui traînait dans un fichier.
Un gérant de pièces détachées à Ben Arous m'a montré sa grille tarifaire l'an dernier. Colonne « taux euro » : 3,28. Saisie en février. On était en novembre. Son comptable travaillait sur un autre chiffre, dans un autre classeur, et le commercial avait sa propre version mémorisée. Les trois étaient faux, dans trois directions.
Je vais être direct. Dans la plupart des PME tunisiennes qui importent, le risque de change n'est pas couvert : il est ignoré. L'instrument de cet aveuglement s'appelle un tableur mis à jour quand quelqu'un y pense.
Le taux du jour de la facture
La règle de gestion est simple à énoncer et pénible à appliquer sans outil : chaque opération en devise doit porter son taux, la date de ce taux, et la source. Pas le taux du mois. Pas le taux du budget. Celui qui s'appliquait au moment où l'engagement est devenu ferme.
Concrètement, ça veut dire que votre système de gestion stocke trois informations là où la plupart n'en stockent qu'une. Le montant en devise d'origine. Le montant en dinars. Le taux figé au moment de l'émission, horodaté. Dès lors, l'écart entre le taux de la commande et celui du règlement devient un chiffre lisible, pas une surprise de fin d'exercice qu'on appelle « divers ».
C'est une des raisons pour lesquelles nous avons construit la gestion multi-devise d'Axiom autour d'un instantané de taux attaché au document, et non d'un taux global paramétré quelque part dans les réglages. Un taux global, c'est une moyenne. Vous ne payez pas des moyennes, vous payez des factures.
Votre stock est devenu une position de change
Voilà l'angle que presque personne ne prend. Quand les devises se tendent, un stock n'est plus seulement du capital immobilisé — c'est aussi un prix d'achat verrouillé. La palette achetée en janvier à 3,30 l'euro vaut aujourd'hui autre chose que la même palette commandée la semaine dernière.
Ce qui change dans vos décisions courantes : votre valorisation de stock doit distinguer les lots par coût d'entrée réel, sinon votre marge par vente devient une moyenne glissante qui ne dit plus rien. Vos délais d'approvisionnement méritent d'être documentés fournisseur par fournisseur, parce qu'un allongement de deux semaines sur une ligne importée se paie deux fois, en rupture et en taux. Et vos seuils de réapprovisionnement, s'ils datent de 2024, ont été calibrés dans un monde qui n'existe plus.
Un détail qui a son importance : l'inflation des produits frais était à 13 % sur un an en septembre, contre 11,7 % en août. Si vous êtes dans l'agroalimentaire ou la restauration, votre coût matière bouge plus vite que votre carte.
Ce que je ferais ce mois-ci
La croissance a ralenti à 2,3 % au deuxième trimestre, l'inflation sous-jacente campe à 5,1 %. Personne ne va baisser le coût de votre argent pour vous aider. Donc le gain se trouve là où vous décidez seul : dans la précision de vos prix et la rotation de vos stocks.
- Recalculez votre grille tarifaire sur les lignes importées, avec le taux de la semaine, pas celui du budget annuel.
- Identifiez vos cinq références les plus sensibles au change et donnez-leur une règle de révision écrite — qui décide, à partir de quel écart, sous quel délai.
- Exigez de votre logiciel de gestion qu'il conserve devise d'origine, taux et date sur chaque facture d'achat. Si le vôtre ne sait pas, vous avez un problème comptable avant d'avoir un problème commercial.
- Rapprochez enfin les écarts de change constatés au règlement. Ce chiffre existe déjà dans vos comptes, il est juste noyé.
Ma recommandation est nette : traitez le change comme une donnée de votre système d'information, pas comme une ligne de régularisation annuelle. Tant que la couverture du pays glisse, chaque mois d'imprécision sur vos prix d'achat sort directement de votre résultat.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise


