La traite a dépassé le chèque : votre échéancier n'a pas suivi

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
La réforme du chèque n'a pas supprimé le crédit interentreprises. Elle l'a déplacé vers un instrument que les PME suivent plus mal.

Au premier semestre 2026, la lettre de change a porté plus d'argent que le chèque en Tunisie. 28,1 milliards de dinars contre 24,1. Première fois. Et beaucoup de PME qui encaissent ces traites les suivent encore sur un cahier à spirale.

Le chiffre que personne n'a commenté

La Banque centrale a publié le 14 août 2026 son bulletin « Paiements en chiffres en Tunisie », et la lecture habituelle s'est arrêtée au titre : le chèque continue de reculer. Exact. 3,6 millions d'opérations au S1 2026, pour 24,146 milliards de dinars, soit 12,1 % des opérations télécompensées en nombre et 22 % en montant — avec un repli annuel de 10,7 % en nombre et de 12,5 % en valeur.

Le virement domine, massivement : 19,5 millions d'opérations, 40,86 milliards de dinars, près de 65 % du nombre total. Les prélèvements progressent le plus vite en volume (+19,1 %). Rien de surprenant jusque-là.

Le point intéressant est ailleurs. La lettre de change ne représente que 7,9 % des opérations en nombre, mais 25,6 % des montants : 28,103 milliards de dinars, en hausse de 9,7 % sur un an, pour 2,4 millions d'effets (+11,4 %). Autrement dit, la traite est passée devant le chèque en valeur. Après la loi n° 2024-41 du 2 août 2024, qui a serré l'accès au chéquier et plafonné les montants, le chèque s'était effondré de 67,5 % en nombre et de 58,8 % en valeur sur l'ensemble de 2025. La réforme n'a pas supprimé le crédit interentreprises. Elle l'a déplacé vers un instrument que les PME suivent plus mal.

Une traite pèse en moyenne 11 700 dinars

Faites la division vous-même, elle est parlante. 28,103 milliards pour 2,4 millions d'effets : environ 11 700 dinars par lettre de change. Le chèque tombe à 6 700 dinars de ticket moyen. Le virement, à peine 2 100. Le prélèvement, autour de 3 700.

La traite est devenue l'instrument du gros règlement différé entre professionnels. Pas du détail. Pas de la dépense courante. Ce sont vos achats de marchandises à 60 ou 90 jours, vos ventes aux revendeurs, vos marchés avec acompte.

Et contrairement au chèque, elle porte une date d'échéance écrite dessus. Ce qui change tout dans votre gestion : un chèque reçu, vous le déposez et vous l'oubliez. Une traite reçue, vous la gardez dans un tiroir pendant trois mois, et quelqu'un doit se souvenir de la présenter.

Ce que votre comptabilité voit, et ce qu'elle ne voit pas

Le plan comptable tunisien distingue le compte 411 « Clients » du compte 413 « Clients – effets à recevoir », et symétriquement le 401 du 403 « Fournisseurs – effets à payer ». Cette séparation n'est pas une coquetterie d'expert-comptable. Elle existe parce qu'une créance matérialisée par un effet accepté n'a pas le même statut juridique, ni la même valeur de trésorerie, qu'une simple facture en attente.

Or dans la pratique que je vois chez les PME, tout reste en 411. L'effet est noté dans le libellé de l'écriture, ou dans un champ « référence règlement », ou nulle part. Résultat : votre balance âgée affiche un encours client qui mélange des factures échues depuis quarante jours et des traites acceptées qui tombent dans soixante-dix. Deux réalités opposées, une seule colonne.

Votre DSO devient un chiffre décoratif. Vos relances partent sur des clients qui vous ont déjà donné un effet signé — ce qui vous fait passer pour désorganisé auprès des bons payeurs, exactement ceux qu'il faut ménager.

L'escompte vous prête de l'argent que vous ne comptez pas

Deuxième angle mort, plus coûteux. Quand vous remettez un portefeuille d'effets à l'escompte, votre banque vous avance le nominal moins les agios, et vous inscrivez l'encaissement. Très bien. Sauf que l'opération n'est pas éteinte : si le tiré ne paie pas à l'échéance, la banque contre-passe, vous reprend le montant et ajoute ses frais.

Combien de votre ligne d'escompte est consommée ce matin ? Si la réponse demande un appel à votre chargé de clientèle, vous pilotez à l'aveugle. L'encours d'effets escomptés non échus est un engagement qui conditionne votre capacité à financer le prochain trimestre, et il ne figure sur aucun tableau de bord produit par un logiciel de facturation classique.

Ajoutez le contexte monétaire : la part des espèces dans la masse monétaire M3 atteignait 18,8 % en mai 2026, contre 16,6 % en janvier 2025 et 13,5 % en décembre 2010. La Banque mondiale y voit un record sur plus de deux décennies, lié à la transition des moyens de paiement. Le mobile décolle en parallèle — TunPay a franchi les 512 000 portefeuilles actifs et 5 millions de transactions au S1 2026 (+31,5 %) — mais pour 914 millions de dinars seulement. Entre les deux, la traite absorbe les gros flux B2B.

Les cinq informations à tenir, effet par effet

Un portefeuille d'effets se gère avec peu de données, à condition qu'elles soient toutes là :

  • la date d'échéance exacte, pas le mois
  • le statut réel : en portefeuille, remis à l'escompte, remis à l'encaissement, payé, impayé
  • la domiciliation bancaire du tiré
  • l'acceptation et, le cas échéant, l'aval — avec le nom de l'avaliste
  • le lien vers la facture d'origine, pour que le lettrage se fasse tout seul

Dans Axiom, nous traitons ces effets comme des échéances datées rattachées au document commercial, avec leur propre cycle de vie et leur propre journal comptable, pour que l'encours escompté apparaisse à côté du solde client et non dans un onglet séparé. N'importe quel outil qui modélise correctement l'échéance fera l'affaire. Ce qui ne fera pas l'affaire, c'est la colonne « observations ».

Ce que je ferais avant janvier

Chez un grossiste en quincaillerie près de Moncef Bey, les traites sont rangées par mois d'échéance avec des trombones de couleur — rouge pour octobre, vert pour novembre. Le système fonctionne tant que le responsable est là. Il était en congé la semaine où trois effets de 18 000 dinars sont arrivés à terme.

Ma recommandation est simple et je la pose sans nuance : avant de renégocier votre découvert avec votre banque, produisez un échéancier à 90 jours instrument par instrument, avec les effets à recevoir et les effets à payer sur deux lignes distinctes. Si vous n'êtes pas capable de sortir ce document en moins d'une heure, le problème n'est pas votre trésorerie. C'est votre système de suivi, et il vous coûte déjà des agios que vous n'avez pas chiffrés.

L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise

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