Port d'Enfidha : trente ans d'attente, et votre délai de réception
Gammarth, 22 septembre 2026. Le ministre du Transport Rachid Amri ouvre les « Journées des ports » et annonce un pôle portuaire en eaux profondes, plus une zone de services logistiques de 2 000 hectares raccordée au rail et à l'autoroute. Les études techniques seront actualisées dans trois mois.
Trois mois pour actualiser des études. Retenez ce détail.
Ce qui a été dit, et ce qui ne l'a pas été
Les chiffres avancés cadrent le sujet : sept ports de commerce, environ 30 millions de tonnes de marchandises par an, 31 conventions maritimes internationales ratifiées. Le trafic maritime porte l'écrasante majorité de notre commerce extérieur — les estimations sectorielles tournent autour de 98 %. L'ambition affichée est de faire de la Tunisie une plateforme régionale entre la Méditerranée et l'Afrique. La rencontre s'est tenue en présence de l'ambassadeur américain Bill Bazzi, avec en toile de fond la recherche de partenariats industriels.
Ce qui n'a pas été annoncé : un montant, un tour de table financier bouclé, un contrat de construction signé, une date de mise en service.
Or le port en eau profonde d'Enfidha n'est pas une idée neuve. Il circule depuis la fin des années 1990, il a été étudié à partir de 2008, il a survécu à une bonne vingtaine de ministres. Pendant ce temps, Tanger Med tourne à plein régime et Nador West Med avance. Kapitalis titrait deux jours plus tard : quand verra-t-il le jour ? La question est honnête.
Mon avis : ne construisez aucun plan d'approvisionnement sur ce port
Voilà l'opinion, et elle est tranchée. Si votre stratégie d'import suppose qu'Enfidha tourne en 2030, vous pariez sur un projet qui a déjà raté trois décennies. Souhaitez-lui de sortir de terre. Ne l'inscrivez pas dans votre budget.
Parce que le délai qui ronge réellement votre trésorerie, ce n'est pas celui du transbordement. C'est celui qui commence quand le camion arrive devant votre dépôt et qui finit quand la marchandise devient vendable, facturable, comptée. Ce délai-là, aucun ministre ne vous le prendra en charge. Il est à vous.
Combien de jours dort votre marchandise chez vous ?
Posez-vous la question sérieusement. Prenez vos vingt dernières réceptions et notez quatre dates : la date du bon de livraison fournisseur, la date de saisie de l'entrée en stock, la date à laquelle l'article est devenu disponible à la vente, la date de rapprochement avec la facture d'achat. Entre la première et la troisième, vous avez votre temps de passage interne.
Dans les PME que je croise, l'écart va de quelques heures à trois semaines. Trois semaines. Pour de la marchandise déjà payée, déjà dédouanée, déjà sur place, qui attend qu'un commercial découvre qu'elle est arrivée.
J'ai vu plus d'un dépôt où la réception se note sur un cahier à spirale posé sur un fût de peinture — une page par semaine, l'écriture du magasinier, et une pile de bons agrafés qui remonte au mois de mai. Le système fonctionne, à sa façon. Jusqu'au jour où le magasinier part en congé.
Le délai fournisseur est une donnée, pas une impression
Deuxième chantier, plus rentable encore. Votre acheteur vous dira que « Untel livre en trois semaines ». Vérifiez. Sur douze mois de commandes, calculez pour chaque fournisseur l'écart moyen entre la date de commande et la date de réception réelle, puis l'écart-type de ce délai.
C'est cette variabilité qui détermine votre stock de sécurité, pas la moyenne. Un fournisseur qui livre toujours en 28 jours vous coûte moins cher en stock immobilisé qu'un fournisseur qui livre parfois en 12 jours et parfois en 40. La moyenne des deux est la même. Le besoin en fonds de roulement, non.
Aucun ERP ne vous donnera ce chiffre si vos réceptions ne sont pas horodatées ligne par ligne. C'est exactement ce que fait un module de stock correctement câblé : chaque mouvement porte sa date, son emplacement, son document d'origine. Dans Axiom, on a fait le choix de tracer le mouvement de stock comme un fait comptable — daté, rattaché à un document, non modifiable après coup. Ce n'est pas du zèle. C'est la seule façon d'avoir un délai fournisseur calculable douze mois plus tard.
Le stock, c'est de l'argent emprunté
Le taux directeur de la Banque centrale tourne autour de 7 % depuis le début de l'année, après la baisse de janvier. Les crédits aux professionnels progressent nettement : plus de 2 milliards de dinars de hausse sur le premier semestre 2026, selon les données de la BCT.
Traduction concrète : l'argent est plus disponible qu'avant, il reste cher, et chaque dinar dormant dans votre dépôt est un dinar que vous financez. 200 000 dinars de stock excédentaire, c'est 14 000 dinars par an de coût de portage, avant même de parler de casse, d'obsolescence ou de place occupée.
Beaucoup de dirigeants découvrent ce chiffre pour la première fois quand on le leur calcule. Ils négociaient un demi-point sur leur découvert depuis six mois.
Ce que je ferais ce trimestre
Commencez petit et daté. Sur les trente prochains jours, imposez une règle unique : aucune marchandise n'entre au dépôt sans saisie le jour même, avec la référence du bon de livraison. Rien d'autre. Au bout d'un mois, vous aurez de quoi calculer votre temps de passage et vos délais fournisseurs réels — et ce sera probablement la première fois.
Le port en eaux profondes verra peut-être le jour. Vos délais de réception, vous pouvez les corriger avant Noël.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise


