Easy Export : la moitié du transport payée, 65 entreprises inscrites
La Poste tunisienne a remis Easy Export sur la table le 28 septembre. Moitié des frais d'expédition prise en charge, colis de 0 à 30 kg, guichets uniques dans onze régions. Et, depuis le démarrage d'octobre 2025, environ 65 entreprises inscrites. Soixante-cinq.
Ce que le dispositif paie à votre place
Yosri Bachouch, directeur du e-commerce à la Poste tunisienne et responsable du projet, l'a résumé sans détour : l'exportateur ne règle que 50 % des frais d'expédition de son colis, le reste étant couvert par le Cepex et le Foprodex. Trois familles de produits sont visées, l'artisanat, les produits alimentaires et les produits agricoles. Côté bénéficiaires, on parle d'entreprises résidentes, de PME, de startups, et d'indépendants munis d'une carte professionnelle. L'adhésion se renouvelle chaque année, dans les guichets où cohabitent la Poste, la douane et les services de contrôle technique. Un portail, easyexport.com.tn, sert de point d'entrée et de suivi.
Le montage est meilleur que la moyenne des aides tunisiennes. L'argent arrive au moment où vous expédiez, pas dix-huit mois plus tard sous forme d'un remboursement que le comptable finit par renoncer à réclamer.
Onze mois, 65 adhérents
Faites le calcul : six entreprises par mois, pour un pays qui compte plusieurs dizaines de milliers d'artisans déclarés. Un dispositif qui rembourse la moitié d'un poste de coût et qui attire soixante-cinq candidats n'a pas un problème de tarif. Il a un problème de friction.
Mon opinion, et elle est tranchée : ce n'est pas le prix du colis qui retient les PME tunisiennes hors de l'export, c'est l'incapacité à produire les données que l'expédition exige. Un atelier de céramique à Nabeul sait cuire, emballer, négocier un prix. Il ne sait pas dire, en trente secondes, quelle est la position tarifaire de son plat à couscous, son poids net hors carton, sa valeur unitaire en euros et le pays d'origine de son émail. Les cartons partent avec du papier journal dedans — dans un atelier que je connais, des pages de 2019 — mais la déclaration, elle, reste vide.
La douane ne lit pas votre catalogue, elle lit votre colis
Un envoi postal commercial voyage avec une déclaration douanière et une facture. Ce couple de documents demande, article par article : une désignation commerciale précise (pas « pièce artisanale »), une position tarifaire, le poids, l'origine, la quantité, la valeur unitaire dans la devise de facturation. Rien d'exotique. Simplement des champs que la plupart des fiches articles tunisiennes n'ont jamais contenus, parce que le marché intérieur ne les a jamais réclamés.
Résultat : chaque colis devient un mini-projet. On rouvre un tableur, on recopie un code trouvé sur un ancien dossier, on arrondit un poids. Le guichet régional vous aide à remplir, d'accord. Il ne remplit pas à votre place, et il ne mémorise pas pour la fois suivante. La deuxième expédition coûte aussi cher en temps de bureau que la première. C'est là que les gens abandonnent, entre le troisième et le cinquième envoi.
La correction est ennuyeuse et durable : enrichir une fois pour toutes vos références exportables. Poids net, poids brut, position tarifaire, origine, prix export par devise, mentions de facturation. Vingt références bien renseignées valent mieux qu'un catalogue de six cents lignes approximatives.
Le colis est parti, l'argent arrive plus tard
Deuxième trou, plus sournois, dans vos livres. Vous facturez en euros, vous encaissez quelques semaines après, à un taux qui n'est plus celui du jour de la facture. Si votre comptabilité convertit à la louche au moment de l'encaissement, l'écart de change disparaît dans une marge que vous croyez connaître. Multipliez par quarante colis et vous pilotez à l'aveugle.
Le réflexe sain : figer le taux et sa source à l'émission de la facture, garder cette trace, et rapprocher ensuite l'encaissement réel. L'écart devient une ligne identifiée, pas une surprise de fin d'exercice. Même logique pour le régime de TVA à l'export et pour les justificatifs de sortie : la preuve doit rester attachée au document de vente, pas dormir dans une boîte mail.
Dans Axiom, nous traitons ce point comme un invariant : un prix export porte sa devise, une facture porte le taux et la date qui ont servi à la convertir, et le justificatif d'expédition est rattaché à la vente. Ce n'est pas une fonctionnalité qui fait rêver en démonstration. C'est celle qui vous évite de découvrir en mars que vos colis artisanaux dégageaient trois points de marge de moins qu'annoncé.
Ce que je ferais cette semaine
Choisissez trois références que vous vendriez à l'étranger demain. Complétez-les entièrement : désignation en français et en anglais, position tarifaire vérifiée auprès du guichet, poids réels pesés, prix en euros. Puis passez au guichet Easy Export de votre région avec ces trois lignes et faites une expédition test vers un client réel, même petit.
Vous apprendrez en un colis ce qu'aucune brochure du Cepex ne vous dira. Et si le test passe, industrialisez : les champs export dans votre outil de gestion, pas dans un tableur, avant le quatrième envoi. Le dispositif sera peut-être moins généreux dans deux ans — les enveloppes du Foprodex bougent à chaque loi de finances. Autant en profiter maintenant, avec des données propres.


