1 456 sites marchands actifs : le vrai retard des PME tunisiennes
Le 14 août, la Banque centrale a publié le dix-septième numéro de son bulletin Paiements en chiffres en Tunisie. Passé inaperçu. Il contient pourtant un chiffre qui devrait vous faire lever les yeux de vos relances clients.
Les chiffres, d'abord
Au premier semestre 2026, le parc de cartes bancaires atteint 6,151 millions d'unités, en progression de 5,1 % sur un an. Les paiements par carte représentent 85,4 millions d'opérations pour 15 425,2 millions de dinars, soit une hausse de 9,8 % en nombre et de 11,2 % en valeur. Le parc de terminaux de paiement électronique actifs s'établit autour de 45 600, en croissance de 5,7 %. Et les paiements de proximité — ceux qui se font à votre comptoir, carte en main, client devant vous — grimpent de 18,8 % pour atteindre 25,3 millions de transactions.
Le commerce en ligne va plus vite : 10,3 millions de transactions et 771,4 millions de dinars, en hausse respective de 22,1 % et 28,1 %. Le paiement mobile progresse de 31,5 % en nombre d'opérations, pour 914,2 millions de dinars, porté par dix-huit prestataires agréés.
Le prélèvement automatique, lui, gagne 19,1 %. Le chèque continue de reculer, autour de 10,7 % en volume.
Le chiffre qui dérange : 1 456
C'est le nombre de sites marchands actifs recensés en Tunisie. Mille quatre cent cinquante-six. Dans un pays qui compte des centaines de milliers d'entreprises immatriculées au Registre national des entreprises.
La BCT note une hausse de 19,7 % depuis fin 2025, et c'est réel. Mais on parle d'un pourcentage appliqué à une base minuscule. Vingt pour cent de rien, ça reste presque rien.
Voilà mon opinion, et elle ne plaira pas à tout le monde : on a passé cinq ans à expliquer que le consommateur tunisien refusait de payer en ligne. Les chiffres du semestre disent le contraire. Il paie. De plus en plus, plus souvent, pour des montants moyens qui montent. Le blocage a changé de camp — il est désormais du côté des entreprises qui n'ont pas de canal d'encaissement numérique digne de ce nom, ou qui en ont un mais ne savent pas quoi en faire une fois l'argent encaissé.
Ce qui se passe après le « bip »
Installer un TPE prend une visite de commercial et une semaine de délai. Ce n'est pas là que ça coince.
Ça coince après. Le ticket TPE n'est pas une facture. Le relevé monétique de la banque arrive groupé, net de commission, avec un décalage de valeur qui ne correspond ni à la date de vente ni au bon de livraison. Le e-commerce, c'est pire : trois canaux d'encaissement — passerelle bancaire, wallet, espèces à la livraison — trois formats de reporting, zéro réconciliation automatique.
J'ai vu un gérant de quincaillerie du côté de Ben Arous ranger ses tickets TPE dans une boîte à chaussures Bata, en attendant la visite trimestrielle de son comptable. La boîte était pleine en février. Personne ne savait, à ce moment-là, combien de commissions monétiques avaient été payées sur l'année. Personne ne s'était demandé si elles étaient négociables.
Multipliez ce cas par les 25,3 millions de transactions de proximité du semestre et vous avez une idée de la masse d'écritures comptables approximatives qui circulent dans le pays.
Le rapprochement n'est plus un confort
Il y a un an, un encaissement mal rapproché finissait par se régulariser au bilan. Le paysage réglementaire a bougé. Avec la généralisation de la facture électronique portée par la loi de finances 2026, l'administration récupère un flux structuré de vos ventes — émetteur, montant, TVA, horodatage. Vos encaissements par carte transitent, eux, par le circuit bancaire. Deux gisements de données que rien n'empêche de comparer.
Une entreprise dont les encaissements monétiques dépassent durablement le chiffre d'affaires déclaré n'a plus grand-chose à raconter. L'inverse est tout aussi parlant.
Ce n'est pas une menace, c'est de l'arithmétique.
Trois chantiers, pas trente
Commencez par cartographier vos canaux d'encaissement. Combien de TPE, chez quelle banque, à quel taux de commission, avec quel délai de crédit en compte ? Beaucoup de dirigeants découvrent à cette étape qu'ils paient deux tarifs différents sur deux terminaux de la même enseigne.
Ensuite, rapprochez à la semaine, pas au trimestre. Une caisse qui ne se solde pas au vendredi soir ne se soldera jamais au 31 décembre. Un ERP qui relie la vente, la facture et l'encaissement — c'est exactement le travail que fait le module de facturation d'Axiom, comme celui de plusieurs solutions locales — supprime la ressaisie et rend l'écart visible le jour même, pas six mois plus tard.
Enfin, si vous vendez à des particuliers et que vous n'avez pas de page de paiement en ligne, ouvrez-en une. Le chiffre de 1 456 sites actifs signifie qu'il reste de la place. Beaucoup de place.
Ma recommandation
Ne vous demandez pas si vos clients sont prêts à payer par carte ou par wallet. Le bulletin de la BCT vient de répondre à votre place, et la réponse est oui. Demandez-vous plutôt combien de temps votre équipe passe chaque mois à réconcilier des encaissements que le système bancaire vous livre déjà sous forme de fichiers.
Si la réponse dépasse une demi-journée, vous avez un problème d'outil, pas un problème de marché. Attaquez-le avant la clôture.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise


