Origine des marchandises : la douane va pouvoir recalculer vos EUR.1
Le 17 août, la douane tunisienne a démarré les travaux techniques d'un système électronique intégré de gestion de l'origine des marchandises. Financement sud-coréen. La phase en cours court jusqu'au 18 septembre. Pour les PME qui exportent sous accord préférentiel, c'est la fin d'un confort ancien.
Ce qui se prépare, et avec qui
Le projet n'est pas neuf. Une première mission tuniso-coréenne s'est tenue en avril 2026 pour diagnostiquer les besoins techniques : la Direction générale des douanes, l'ambassade de Corée, les équipes informatiques de la douane coréenne et la CUPIA, l'agence coréenne de coopération douanière. La réunion d'août était la deuxième du genre. Elle vise à boucler la préparation technique de la plateforme.
L'annonce officielle, portée par le directeur général des douanes Mohamed Hédi Safer, décrit un outil partagé : les opérateurs économiques et l'administration géreront électroniquement les règles d'origine prévues par les accords de libre-échange signés par la Tunisie. Aucun calendrier de mise en service n'a été communiqué, aucun montant non plus. Ne comptez pas là-dessus pour 2027. Comptez dessus quand même.
Parce que la mécanique est toujours la même : une administration qui dématérialise une règle finit par l'appliquer. Regardez ce qu'est devenu TTN en vingt ans, ou ce que la DGI fait aujourd'hui du recoupement de ses bases.
L'origine n'est pas la provenance
C'est le malentendu le plus coûteux que je croise chez les dirigeants. Un conteneur qui part de Radès n'est pas tunisien parce qu'il part de Radès.
L'origine préférentielle est un calcul. Sous la convention pan-euro-méditerranéenne, qui encadre vos échanges avec l'Union européenne, un produit obtenu à partir d'intrants importés n'acquiert l'origine tunisienne que s'il a subi une transformation suffisante : changement de position tarifaire, plafond de valeur d'intrants non originaires, ou règle spécifique au chapitre. Le textile a sa propre logique, la fameuse double transformation — le tissu importé puis simplement coupé et cousu ne suffit pas toujours.
Ce calcul repose sur trois familles de données que la plupart des PME tunisiennes ne tiennent pas proprement : la nomenclature douanière de chaque article vendu et de chaque composant acheté, la valeur réelle des intrants non originaires dans le prix départ usine, et les déclarations de vos propres fournisseurs attestant l'origine de ce qu'ils vous livrent.
Le problème est dans votre base articles
J'ai vu un atelier de confection du côté de Ksar Hellal sortir des EUR.1 pendant des années à partir d'un classeur. Un classeur avec une étiquette manuscrite, rangé derrière la photocopieuse. Le code SH n'existait nulle part dans leur logiciel de gestion : il était tapé à la main sur la déclaration, par l'agent du transitaire, à partir d'un fichier Excel que personne n'avait mis à jour depuis le changement de fournisseur de doublure.
Ce n'est pas de la négligence. C'est que rien, jusqu'ici, n'obligeait à faire autrement.
Voilà mon opinion, et elle est tranchée : en Tunisie, le certificat d'origine se remplit, il ne se calcule presque jamais. Tant que la vérification restait manuelle et rare, l'écart ne se voyait pas. Un système qui rapproche votre nomenclature de fabrication, vos déclarations d'importation d'intrants et vos déclarations d'exportation le verra très bien.
Le contrôle a posteriori, c'est votre client qui le subit
Détail que beaucoup ignorent. Quand une administration douanière européenne doute d'un EUR.1 tunisien, elle ne vous écrit pas. Elle saisit la douane tunisienne d'une demande de vérification, et le protocole d'origine prévoit un délai de réponse de l'ordre de dix mois. Vos pièces justificatives doivent être conservées plusieurs années — trois au minimum selon les textes applicables.
Si la réponse est négative, ou si elle n'arrive pas, la préférence tarifaire tombe. Les droits sont réclamés à l'importateur, c'est-à-dire à votre client, rétroactivement, sur tous les envois de la période. Il vous les refacturera s'il le peut. Il changera de fournisseur s'il ne le peut pas.
Je connais deux sous-traitants mécaniques qui ont perdu un donneur d'ordre italien exactement comme ça. Pas pour un défaut qualité. Pour un dossier d'origine incapable de justifier un plafond de valeur.
Ce qu'il faut mettre en ordre maintenant
La bonne nouvelle : rien de tout cela ne demande un projet à six chiffres. Ce sont des champs et des liens dans votre système de gestion.
- Un code SH stocké sur la fiche article, pour les produits finis comme pour les matières achetées — pas sur la déclaration, sur la fiche.
- Un pays d'origine par ligne d'achat, alimenté depuis la facture fournisseur et non saisi de mémoire.
- Une nomenclature de fabrication à jour, avec les quantités réelles consommées, pas les quantités théoriques de 2019.
- La valeur départ usine calculée à partir de votre prix de revient, pas du prix de vente moins une marge estimée.
- Les déclarations de fournisseurs classées et rattachées aux lots concernés, avec leur date de validité.
- Une traçabilité lot par lot entre les intrants reçus et les expéditions réalisées.
C'est précisément ce qu'un ERP correctement paramétré fait sans effort supplémentaire : la donnée est saisie une fois, à l'achat, et se propage jusqu'à l'expédition. Chez Axiom, ces attributs vivent sur l'article et se répercutent sur les mouvements de stock — le calcul d'origine devient une requête, pas une reconstitution.
Ma recommandation, nette : ouvrez votre base articles cette semaine et comptez combien de références portent un code SH et un pays d'origine renseignés. Si vous êtes sous 80 %, traitez le sujet avant la fin de l'exercice. Reconstituer une année d'origine sous demande de vérification, avec dix mois de délai et un client européen qui s'impatiente, coûte infiniment plus cher qu'un nettoyage de données fait à froid.


