380 m³ par habitant : l'eau devient un paramètre de gestion

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
L'eau en Tunisie est vendue trop bon marché pour que quiconque prenne la peine de la mesurer. C'est ce qui vous coûtera cher.

La Banque mondiale a publié le 22 septembre son bulletin économique sur la Tunisie. Le dossier central n'est ni la dette, ni le dinar, ni le déficit courant. C'est l'eau.

Le chiffre qui déplace la discussion

380 mètres cubes d'eau douce renouvelable par habitant et par an. C'est ce que le rapport retient pour la Tunisie, sous le seuil international de rareté. Le reste du raisonnement en découle : si rien ne change, la Banque mondiale estime la perte à 6,4 % de PIB d'ici 2050, et au moins 30 % des emplois agricoles effacés d'ici le milieu du siècle — l'agriculture représente aujourd'hui 14 % de la main-d'œuvre du pays. En face, le Plan Eau 2050 mobiliserait autour de 900 millions de dollars par an, et la première phase du programme RESEau est créditée d'environ 4 000 emplois permanents et 13 400 emplois temporaires.

Le cadrage macro du même bulletin est sans surprise : 2,7 % de croissance en 2025, 2,4 % sur le premier semestre 2026, une projection à 2,3 % pour l'année et 2,1 % en moyenne sur 2027-2028. Chômage à 14,9 % au deuxième trimestre, 21,6 % chez les femmes.

Lisez ces deux blocs ensemble. Une économie qui pousse à 2 % et une ressource qui se contracte, cela veut dire que la croissance de votre chiffre d'affaires, vous irez la chercher dans vos propres process. Pas dans le marché.

Septembre 2026 n'était même pas un mauvais mois

Le 15 septembre, une deuxième panne sur la conduite d'adduction de 1 000 mm reliée à la station de dessalement de Zarzis a coupé l'eau dans Mareth, Zarzis, Ben Guerdane, Sidi Makhlouf, Ghomrassen et une partie de Tataouine. Reprise progressive annoncée dans la nuit. Une semaine plus tard, la SONEDE programmait d'autres interruptions du côté de Menzel Temime, Kélibia et Hammam Ghezèze.

Or l'année hydrique est plutôt bonne. Les barrages tournaient autour de 50 % début septembre, en plein pic estival, après un creux à moins de 20 % fin 2024. Trente-sept ouvrages en exploitation, d'autres annoncés. Autrement dit : même dans une année correcte, avec un réseau qui se remplit, l'approvisionnement de vos ateliers se coupe plusieurs jours par mois quelque part dans le pays. Si vous attendez la sécheresse pour vous organiser, vous avez déjà six mois de retard.

Pourquoi vos comptes ne voient rien venir

Voici ma conviction, et elle va déplaire : l'eau en Tunisie est vendue trop bon marché pour que quiconque prenne la peine de la mesurer. C'est précisément ce qui vous coûtera cher. Dans la quasi-totalité des PME que nous croisons, la consommation d'eau vit dans une ligne fourre-tout intitulée « eau et électricité », quelque part en bas du compte de résultat, entre l'assurance et les frais de téléphone. Personne ne sait combien de litres part un lot de production. Personne ne sait quel atelier consomme le double du voisin.

Dans une conserverie du côté de Sfax, le compteur général était coincé derrière une palette de cartons de boîtes vides, et le seul relevé disponible remontait à la facture précédente. L'exploitant connaissait par cœur son coût matière au gramme près. L'eau, non. (Le responsable maintenance, lui, savait exactement où était le compteur. Personne ne lui avait jamais demandé.)

Quand le tarif bougera — et il bougera, parce qu'un plan à 900 millions de dollars par an se finance quelque part — vous découvrirez votre consommation au moment où il sera trop tard pour la corriger.

Traitez le mètre cube comme un composant

La bonne façon de reprendre la main n'a rien d'héroïque. Elle est comptable.

Mettez des sous-compteurs par atelier, par ligne, par poste lavage. Relevez-les à fréquence fixe, même à la main les premières semaines. Ensuite, faites entrer le mètre cube dans votre nomenclature de production, au même titre qu'un emballage ou qu'une matière première : tant de litres par unité produite, valorisés au tarif réel. Vous obtenez un coût de revient qui ne ment plus, et surtout un indicateur exploitable — les litres par unité produite, suivis mois par mois.

Un ERP correctement paramétré sait faire ça sans développement spécifique : l'eau devient un article consommé par ordre de fabrication, avec son unité, son coût et son historique. C'est ce que nous câblons dans Axiom pour les clients agro-alimentaires et textiles, et le premier résultat est toujours le même — deux ou trois postes concentrent l'essentiel de la dérive, et personne ne les soupçonnait.

Le vrai risque est dans le planning, pas dans la facture

Une coupure de 18 heures sur une ligne de lavage, ce n'est pas une charge. C'est un ordre de fabrication qui saute, un délai client qui glisse, une pénalité de retard chez un donneur d'ordre européen qui ne veut rien savoir de la conduite de Zarzis.

Donc : cartographiez vos points d'eau critiques, dimensionnez une réserve tampon en fonction de vos cycles réels (pas d'une moyenne annuelle), et inscrivez les interruptions dans votre système de gestion comme des indisponibilités machine. Une coupure doit produire une trace horodatée, rattachée aux ordres impactés. Au bout d'un an, vous avez un historique qui vaut argument dans n'importe quelle négociation commerciale ou audit client.

Ma recommandation

Avant la clôture de l'exercice, faites une chose et une seule : posez des sous-compteurs et créez la ligne « eau » dans vos nomenclatures de production. Pas un audit, pas un plan de sobriété, pas un comité. Un compteur et une ligne d'article. Vous entrez dans 2027 avec un chiffre que vos concurrents n'auront pas — et vous serez le seul de votre secteur à savoir ce qu'un litre vous rapporte.

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