La traite dépasse le chèque : votre poste client change de nature

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Le chèque postdaté était du crédit fournisseur clandestin. La traite est du crédit déclaré — et 9,5 % d'entre elles reviennent impayées.

La Banque centrale a publié en août son bulletin Paiements en chiffres pour le premier semestre 2026. Un chiffre y passe presque inaperçu : la lettre de change a fait circuler 28,1 milliards de dinars, contre 24,1 milliards pour le chèque. La hiérarchie a basculé.

Le chèque n'a pas disparu, il a changé de métier

Rappel du calendrier, parce qu'il explique tout. La loi n°2024-41 du 2 août 2024 est entrée en application en février 2025 : accès au chéquier conditionné, plafonds par formule, évaluation préalable de la solvabilité. L'effet a été brutal. Sur l'ensemble de 2025, la BCT a enregistré un recul de 67,5 % du nombre de chèques traités et de 58,8 % de leur valeur.

La décrue continue en 2026, sur un rythme plus calme : 3,6 millions de chèques au premier semestre (-10,7 %), pour 24,1 milliards de dinars (-12,5 %). Le chèque reste un moyen de paiement parfaitement vivant. Ce qu'il a perdu, c'est son second métier — celui de reconnaissance de dette postdatée que tout le monde pratiquait en sachant exactement ce qu'il faisait.

Ce crédit-là n'a pas été supprimé par la loi. Il a déménagé.

La traite ramasse la mise, presque dinar pour dinar

Au premier trimestre, la lettre de change bondissait de 35,9 % en nombre et de 23,5 % en montant. Sur le semestre complet, l'atterrissage donne 2,4 millions d'opérations (+11,4 %) pour 28,1 milliards de dinars (+9,7 %). Elle ne représente que 7,9 % des opérations télécompensées, mais 25,6 % des montants échangés. Autrement dit : peu d'effets, de gros effets. Du B2B.

Le virement, lui, écrase le volume — 19,5 millions d'opérations au semestre, 40,9 milliards de dinars, 64,9 % des flux télécompensés — avec un taux de rejet de 0,1 %. Quand vous êtes payé par virement, vous êtes payé. Point.

9,5 % : le chiffre que personne ne commente

Voilà où je veux en venir. Le taux de rejet des chèques télécompensés au premier semestre 2026 est de 0,9 % en nombre. Celui des lettres de change : 9,5 %. Dix fois plus.

Ce n'est pas une anomalie statistique, c'est la nature de l'instrument. Une traite a une échéance à 30, 60 ou 90 jours. Entre la signature et la présentation, il se passe un trimestre pendant lequel la trésorerie de votre client peut se retourner. Le chèque, lui, était un pari sur huit jours.

Beaucoup de dirigeants ont vécu la réforme comme un assainissement. Je pense qu'ils sous-estiment ce qu'ils ont accepté en échange : un allongement moyen du crédit client, inscrit noir sur blanc sur un effet de commerce, avec un impayé sur onze au bout. Le risque n'a pas baissé. Il est devenu mesurable — ce qui est mieux, mais seulement si quelqu'un le mesure.

Un échéancier, pas une boîte à chaussures

J'ai vu il y a quelques mois, chez un négociant en matériaux de Ben Arous, le système complet de suivi des encaissements : une boîte à chaussures, douze intercalaires cartonnés, un élastique rouge pour les fins de mois. Ça a très bien marché pendant quinze ans. Ça ne marche plus du tout avec des traites.

Parce qu'un effet de commerce, contrairement à un chèque postdaté, a un cycle de vie. Il est créé, accepté par le tiré, puis il dort dans votre portefeuille. Vous pouvez le remettre à l'encaissement quelques jours avant l'échéance, ou le remettre à l'escompte tout de suite si vous avez besoin de cash — auquel cas la banque vous avance le montant moins l'agio, et vous restez garant en cas d'impayé. Il peut revenir rejeté, générer des frais, être représenté, ou partir au contentieux. Chacun de ces états change votre situation comptable et votre exposition réelle.

Un tableur ne modélise pas ça. Il stocke une date et un montant, et il vous ment sur le reste. Votre logiciel de gestion doit traiter l'effet comme un objet vivant : rattaché à la facture d'origine, doté d'un statut, d'une échéance, d'un domiciliataire, d'un historique. Dans Axiom, nous avons choisi de le modéliser comme une transaction financière à part entière plutôt que comme un champ sur la facture, précisément parce que son état évolue indépendamment du document qui l'a fait naître.

Le prélèvement, ce piège à moitié armé

Dernier signal du bulletin, et il mérite un avertissement. Le prélèvement progresse fort : 4,5 millions d'opérations (+19,1 %) pour 16,5 milliards de dinars. Séduisant pour qui facture des abonnements, de la maintenance, des contrats récurrents.

Sauf que le taux de rejet est de 49,7 % en nombre. Un prélèvement sur deux revient. En montant, la casse est limitée à 7,1 % : les gros prélèvements passent, ce sont les petits qui échouent en masse. RIB périmés, mandats mal collectés, provisions absentes sur des comptes particuliers. Si vous envisagez de basculer votre récurrent en prélèvement, commencez par un audit de vos RIB clients. Vous découvrirez probablement qu'un tiers de votre base est faux.

Ce qu'il faut câbler avant la clôture

Trois choses, et elles sont faisables d'ici décembre. Un registre d'effets qui distingue le portefeuille, l'escompté et l'impayé — sans quoi vos annexes de fin d'exercice seront fausses sur les engagements hors bilan. Une relance automatique calée sur l'échéance de l'effet et non sur la date de facture, parce que ce sont deux horizons différents. Et un indicateur de DSO recalculé : si vos conditions réelles sont passées de 8 jours à 60, votre besoin en fonds de roulement a bougé sans que personne ne signe quoi que ce soit.

Ma recommandation est simple et elle va déplaire. Arrêtez d'accepter des traites que vous n'avez pas négociées. La réforme du chèque vous a donné une occasion rare de remettre vos conditions de paiement sur la table — et pendant que vous hésitez, vos clients, eux, ont déjà choisi l'échéance qui les arrange.

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