Quand l'État ne paie pas : instrumentez vos créances publiques
Un milliard de dinars. C'est ce que l'État doit aux entrepreneurs du bâtiment depuis fin 2021, montant rappelé le 18 septembre par le trésorier de la Fédération nationale des entrepreneurs du BTP. Quatre ans. Et la somme ne s'est pas allégée en chemin, elle a grossi.
Deux dossiers qui se télescopent le même jour
Le 18 septembre 2026, L'Économiste Maghrébin publiait un état des lieux des impayés publics dans le BTP et la santé. Le même jour, sur Jawhara FM, Maher Ketari, président de la commission des finances de l'Assemblée, détaillait les comptes de la STEG : 2 500 millions de dinars de créances non recouvrées, pour un déficit global d'environ 3 500 millions.
Le détail qui compte est ailleurs, dans la ventilation. Sur ces impayés, quelque 3 000 millions de dinars seraient dus par des structures ministérielles et des entreprises publiques. Les factures des particuliers, elles, pèsent environ 500 millions. Le mauvais payeur n'est donc pas le voisin qui laisse traîner sa facture d'électricité.
La file d'attente vous arrive dessus par ricochet
Dans l'équipement médical, plusieurs sociétés ont suspendu leurs livraisons aux établissements de santé depuis janvier 2026 pour se consacrer au recouvrement de leurs créances. Une commission mixte a bien été constituée avec le ministère de la Santé ; la chambre syndicale des équipements médicaux de l'UTICA juge les avancées très lentes. Pendant ce temps, ces entreprises peinent à payer les salaires et à honorer leurs échéances bancaires.
Vous n'avez pas besoin d'être titulaire d'un marché public pour encaisser le choc. Si votre client est un sous-traitant de chantier public, un installateur réglé par une entreprise publique, un fournisseur de clinique conventionnée, alors le retard de l'État remonte jusqu'à votre compte client. Souvent avec un ou deux trimestres de décalage, ce qui rend la cause invisible au moment où la trésorerie se tend.
Le retard n'est pas votre problème le plus coûteux
Voici mon avis, et il ne plaira pas à tout le monde : la majorité des PME tunisiennes ignorent, à la semaine près, ce que le secteur public leur doit, depuis quelle date exactement, et sur quelle pièce justificative. Elles savent « à peu près ». Or à peu près ne se plaide pas devant une commission mixte, ni devant un contrôleur des dépenses, ni devant un banquier qui étudie une ligne de financement adossée à des créances.
J'ai vu un dirigeant de Ben Arous ressortir le procès-verbal de réception d'un chantier de 2022 d'une chemise cartonnée verte, tachée de café sur le coin droit. La pièce existait. Personne dans l'entreprise ne savait qu'elle existait, et le comptable avait renoncé à la réclamer deux ans plus tôt. Le dossier a été réactivé sur ce seul document.
Une créance publique non documentée n'est pas une créance : c'est un espoir qu'on porte au bilan.
Ce que doit contenir un dossier de créance publique
La discipline n'est pas compliquée, elle est fastidieuse. Elle se tient, ou elle ne se tient pas. Pour chaque créance sur un organisme public, gardez accessible en trois clics :
- la référence du marché ou du bon de commande, avec l'ordre de service qui a déclenché l'exécution ;
- la preuve du service fait — PV de réception, bon de livraison signé, attachement visé — c'est la pièce qui fait basculer un litige ;
- la facture, sa date de dépôt réelle auprès de l'ordonnateur, et le nom de la personne qui l'a reçue ;
- l'historique daté des relances, écrites, avec accusé ;
- l'âge de la créance en jours, recalculé automatiquement, pas à la main un vendredi soir.
Ce dernier point décide de tout le reste. Une balance âgée ventilée par organisme public, et pas seulement par client, vous dit en une minute si votre exposition se concentre sur un ministère, une collectivité ou une entreprise publique. C'est exactement le type de vue qu'un ERP doit produire sans qu'on le lui demande — dans Axiom, la créance reste rattachée au document d'origine et à ses pièces, donc l'antériorité se lit d'elle-même. Un tableur y arrive aussi, tant que personne ne part en congé.
Provisionner, et savoir refuser
Deuxième décision, moins technique : arrêtez de porter ces créances à leur valeur faciale comme si rien ne s'était passé depuis 2021. Discutez avec votre expert-comptable d'une provision pour dépréciation fondée sur l'ancienneté réelle. Un bilan qui affiche des créances publiques quadragénaires en jours de retard, sans aucune provision, ne trompe ni la banque ni l'administration fiscale. Il ne trompe que vous.
Troisième décision, la plus difficile. Fixez un plafond d'encours public au-delà duquel vous ne soumissionnez plus. Les représentants professionnels le disent sans détour : les retards découragent la participation aux marchés publics, et des pans entiers de l'économie se retrouvent paralysés. Vous ne réglerez pas ce problème macroéconomique depuis votre bureau. Vous pouvez décider de ne pas ajouter votre nom à la liste des créanciers de 2029.
Par où commencer
Cette semaine, sortez la liste de tout ce que des organismes publics vous doivent, classée par date de dépôt de facture. Pas par client. Par date. Puis vérifiez, créance par créance, que la preuve du service fait est bien dans le dossier et lisible. Celles qui n'en ont pas passent en priorité absolue : ce sont elles que vous perdrez.
Ensuite seulement, relancez — par écrit, chiffré, pièces jointes. Une entreprise qui arrive avec un état daté et documenté obtient des réponses que la réclamation orale n'obtient jamais. C'est injuste et c'est ainsi.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise — 21 septembre 2026


