Le chèque décroche, la traite monte : votre trésorerie a changé de nature
Le chèque n'est plus le deuxième instrument de paiement des entreprises tunisiennes. La lettre de change lui est passée devant. Le bulletin Les paiements en chiffres en Tunisie de la Banque centrale, dont la livraison portant sur le premier semestre est sortie le 14 août 2026, confirme un basculement entamé début 2025.
Les chiffres, sans habillage
Au premier trimestre 2026, les chèques compensés tombent à 1,7 million d'opérations pour 11 510,8 millions de dinars. Soit -24,9 % en nombre et -28 % en valeur sur un an. Pendant ce temps, la lettre de change grimpe à 1,2 million d'opérations pour 13 913,6 millions de dinars : +35,9 % en nombre, +23,5 % en montant. Le virement, lui, garde la tête avec 9,6 millions d'opérations et 19,58 milliards de dinars, environ 65 % des transactions compensées en nombre.
Autrement dit, la traite pèse maintenant plus lourd que le chèque dans la valeur échangée. Environ un quart du total.
La réforme du chèque de juillet 2024, appliquée par paliers depuis février 2025, a produit l'effet qu'on pouvait anticiper. Le crédit fournisseur informel n'a pas disparu du circuit. Il a simplement changé de support papier.
Un effet sur dix revient impayé
C'est là que le sujet devient le vôtre. Le taux de rejet du chèque compensé s'établit autour de 1 % en nombre. Celui de la lettre de change : 9,6 % en nombre et 9,5 % en montant à fin mars 2026. Ramené en dinars, cela représente près de 1,32 milliard d'effets revenus impayés sur trois mois.
Dix fois plus de casse. Sur un instrument que beaucoup de PME acceptent aujourd'hui par défaut, faute d'alternative offerte par le client.
Le rejet d'une traite n'a pas les mêmes conséquences pénales que le chèque sans provision d'avant la réforme, et c'est précisément ce qui la rend attractive côté payeur. Vous, côté encaissement, vous héritez d'un papier qui promet un règlement à 60, 90 ou 120 jours et qui a une chance sur dix de ne rien donner à l'échéance.
Le jour où vous recevez la traite, rien n'est encaissé
Un gérant de négoce de matériaux, du côté de Ben Arous, m'a montré un jour sa méthode : une boîte en carton, des élastiques de couleur, un par quinzaine d'échéance. Le rouge pour fin de mois. Ça a tenu quinze ans. Ça ne tient plus, parce que le volume d'effets a explosé au moment même où le chèque s'effondrait.
Une lettre de change acceptée, ce n'est pas une créance soldée. C'est une créance dont la date de dénouement est fixée, qui doit être domiciliée sur un compte bancaire identifié, présentée à temps, et dont l'échec doit être constaté puis relancé. Entre l'acceptation et l'encaissement effectif, il y a un délai que votre comptabilité doit porter, et une exposition que votre trésorerie doit provisionner.
Beaucoup d'entreprises comptabilisent l'effet comme un encaissement quasi certain, puis découvrent le trou au relevé bancaire. Trois semaines plus tard.
Ce que votre gestion doit savoir faire
Le minimum, à mon sens, tient en quelques capacités concrètes :
- un portefeuille d'effets à recevoir distinct des créances clients ordinaires, avec date d'échéance, banque domiciliataire et statut (en portefeuille, remis à l'escompte, remis à l'encaissement, impayé) ;
- un échéancier de trésorerie qui distingue l'encaissement prévu de l'encaissement constaté, sinon votre prévision à 90 jours ment ;
- l'historique de rejet par client, parce qu'un client qui a fait revenir deux traites en fera revenir une troisième ;
- le rapprochement automatique entre l'effet, la ou les factures qu'il couvre, et le mouvement bancaire ;
- une alerte quelques jours avant l'échéance, pas le lendemain.
Rien d'exotique. Ces briques existent dans la plupart des ERP sérieux — la gestion des effets et l'échéancier de trésorerie font partie du socle d'Axiom, comme chez nos confrères. Le problème n'est presque jamais l'outil. C'est que la traite a été traitée comme un chèque à retardement, dans un tableur, par une personne qui gère aussi la paie et les relances.
Le virement, cette option qu'on trouve trop banale
Voici mon opinion, et elle ne plaira pas à tout le monde : accepter la traite comme mode de règlement standard est une facilité coûteuse, et la plupart des PME devraient la restreindre plutôt que la généraliser.
Regardez le taux de rejet du virement : 0,1 %. En nombre comme en montant. Le système fonctionne, il est mature, il coûte moins cher à administrer qu'un portefeuille d'effets, et il n'immobilise pas votre poste client pendant un trimestre. Le paiement mobile suit la même pente — plus de 500 000 wallets actifs au premier semestre, avec des flux en hausse à deux chiffres. Le paiement en ligne aussi, avec près de 1 500 sites marchands actifs.
Alors pourquoi la traite gagne-t-elle ? Parce qu'elle finance le client, pas parce qu'elle sert le fournisseur. Si vous en acceptez, facturez ce financement. Un délai de 90 jours a un prix ; l'escompte bancaire vous le rappellera de toute façon.
Par où commencer
Sortez la liste de vos effets en portefeuille aujourd'hui, avec les échéances des six prochains mois. Comparez le total à votre prévision de trésorerie. Si l'écart vous surprend, vous avez votre réponse sur l'urgence.
Ensuite, deux décisions. Plafonnez la part du chiffre d'affaires réglée par traite, client par client, et refusez l'effet aux comptes ayant déjà eu un impayé. Puis proposez une remise de 1 à 2 % pour paiement par virement à réception : c'est presque toujours moins cher que trois mois d'immobilisation plus le risque de rejet.
La BCT publie ces données tous les trimestres. Prenez l'habitude de les lire — elles décrivent le comportement de paiement de vos clients avant que votre relevé bancaire ne vous l'apprenne.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise


