Le chèque recule, la traite s'installe : votre trésorerie change de métier
Le 14 août 2026, la Banque centrale a publié le dix-septième numéro de son bulletin Paiements en chiffres. Peu de commentaires. Pourtant, ces tableaux racontent le changement le plus concret qu'aient connu les trésoreries tunisiennes depuis la réforme du chèque.
Trois lignes de tableau, une bascule
Sur le premier semestre 2026, la télécompensation a traité 30,1 millions d'opérations pour 109,6 milliards de dinars. Le virement domine en volume : 19,5 millions d'opérations, environ 40,9 milliards de dinars, en hausse de 8,4 % en valeur. Le chèque, lui, tombe à 12,1 % des opérations et 22 % des montants échangés. Sur le seul premier trimestre, la BCT comptait 1,7 million de chèques, en repli de 24,9 % sur un an, pour 11 510,8 MD (-28 %).
Et la lettre de change ? 2,4 millions d'effets sur le semestre, un peu plus de 28 milliards de dinars. Au premier trimestre, elle progressait de 35,9 % en nombre et de 23,5 % en valeur.
Faites la soustraction. En montant, la traite est passée devant le chèque.
Ce n'est pas un accident de statistique. La réforme du Code de commerce sur les chèques sans provision, publiée au JORT en août 2024, a plafonné les chéquiers, imposé un nouveau format et branché une plateforme de vérification de la solvabilité. Résultat : le chèque de complaisance à trois mois, celui qu'on glissait dans le tiroir en attendant que la banque veuille bien, a perdu son intérêt. Les entreprises ont fait ce qu'elles font toujours quand un instrument se ferme. Elles ont pris le suivant sur l'étagère.
La traite n'est pas un chèque avec une date dessus
Beaucoup de gérants la traitent comme telle. C'est là que les ennuis commencent.
Une lettre de change engage juridiquement le tiré dès son acceptation. Elle se domicilie dans une agence précise. Elle circule : vous pouvez l'endosser à un fournisseur, la remettre à l'encaissement, l'escompter. Elle a une échéance ferme, et un impayé à l'échéance ouvre la voie au protêt, pas à une relance amicale. Chaque effet est donc un petit contrat qui vit sa vie entre le jour de la facture et le jour du dénouement — parfois cent vingt jours plus tard.
Un gérant de quincaillerie à Ben Arous m'a montré son système l'an dernier : un classeur à soufflets, douze intercalaires pour douze mois, les traites rangées derrière, le tout maintenu par un gros élastique rouge. Il connaissait ses échéances par cœur. Son comptable, non. Sa banque encore moins. Quand il a eu une hospitalisation de trois semaines, personne dans l'entreprise n'a su dire quels effets partaient à l'encaissement en avril.
Le coût que personne ne facture
Voilà mon opinion, et elle ne plaira pas à tout le monde : la traite, telle qu'elle est utilisée aujourd'hui dans le commerce tunisien, est un crédit gratuit que vous accordez à votre client et que vous rachetez ensuite à votre propre banque, agios compris.
Un chèque encaissable à vue, ça finance zéro jour. Une traite à 90 jours sur une facture de 40 000 dinars, ça immobilise votre trésorerie un trimestre entier. Si vous l'escomptez pour combler le trou, vous payez un taux indexé sur un TMM qui n'a pas bougé — le taux directeur est resté à 7 %. Et cette charge financière, dans 90 % des devis que je vois passer, n'apparaît nulle part. Ni dans le prix, ni dans la marge calculée, ni dans les conditions générales de vente.
Vous vendez à 22 % de marge brute. Après trois mois d'escompte et deux relances, il vous en reste combien ?
Ce que votre système doit savoir faire, maintenant
Le tableur ne suffit plus dès que vous dépassez la trentaine d'effets en circulation. Concrètement, il faut être capable de sortir, en une minute, ces informations :
- l'échéancier des effets à recevoir par semaine et par banque de domiciliation ;
- le rapprochement entre chaque effet et la ou les factures qu'il solde (une traite couvre souvent plusieurs factures — c'est là que les comptes clients se déséquilibrent) ;
- l'encours escompté par ligne bancaire, pour ne pas découvrir le plafond au moment du refus ;
- les impayés et leur ancienneté, avec la relance déclenchée automatiquement à J+2 ;
- le prévisionnel de trésorerie à 90 jours qui intègre effets à recevoir et effets à payer.
Dans Axiom, ces effets sont des objets à part entière rattachés aux factures, avec leur échéance et leur statut de remise — pas des lignes de commentaire dans le champ « note ». Ce n'est pas un raffinement de comptable. C'est la différence entre piloter un poste clients et le subir.
Et le virement, dans tout ça
Il gagne partout, doucement. Les prélèvements progressent de 19,1 % en nombre sur le semestre, les wallets mobiles atteignent 512 000 comptes actifs pour 5 millions de transactions, l'e-commerce dépasse 771 MD encaissés en six mois sur 1 456 sites marchands. Le paysage des encaissements se déplace vers l'automatique et le programmé.
Vos clients B2B ne vous suivront pas spontanément sur ce terrain. Ils ont intérêt au délai, pas à la rapidité. Il faut donc le leur vendre : un escompte de règlement de 1,5 % pour un virement à 15 jours coûte infiniment moins cher qu'un escompte bancaire sur 90 jours, et vous récupérez le cash sans dépendre d'une ligne de crédit.
Ma recommandation
Faites deux choses avant fin septembre. D'abord, inventoriez tous les effets en portefeuille et sortez-les du classeur, du tiroir ou du tableur pour les saisir dans votre système de gestion, avec échéance, tiré et domiciliation. Ensuite, ajoutez une ligne « conditions de règlement » dans vos CGV qui différencie le prix comptant du prix à 90 jours par traite. Deux à trois pour cent d'écart, ce n'est pas de l'agressivité commerciale, c'est le coût réel du crédit que vous accordez.
Le chèque n'est pas mort, mais il ne reviendra pas. Autant apprendre à gérer proprement ce qui a pris sa place.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise — 20 août 2026


