Pression fiscale à 35,5 % : le taux ne bougera pas, votre décaissement si
Trente-cinq virgule cinq pour cent. C'est le taux de pression fiscale avancé le 26 septembre par l'universitaire Lotfi Ben Aïssa au micro d'Express FM, et repris dans La Presse. La moyenne africaine tourne autour de 16 %. Le double, donc.
Le chiffre est juste. La colère qu'il déclenche est mal placée.
Deux autres données de cette même intervention méritent qu'on s'y arrête, parce qu'elles disent quelque chose que le taux global masque. Les personnes physiques supportent 68 % de la charge fiscale ; les entreprises, moins d'un tiers. Et 59 % des recettes viennent de la fiscalité indirecte contre 41 % pour la directe. Traduction pour un gérant de PME : l'essentiel de ce que vous versez à l'État ne sort pas de votre résultat, il transite par vous. TVA collectée, retenues opérées sur vos fournisseurs et vos salariés, droits de consommation. Vous êtes collecteur autant que contribuable.
Ce qui change complètement la nature du problème. Une pression fiscale de 35,5 % appelle une réforme structurelle, des arbitrages politiques, trois lois de finances au minimum. Vous n'y pouvez rien cette semaine. En revanche, l'argent qui sort de votre compte aujourd'hui 28 septembre, lui, dépend directement de la qualité de vos écritures.
Aujourd'hui, 28 septembre : le deuxième acompte
Pour les personnes morales non adhérentes à la télédéclaration, c'est la date limite de dépôt de la déclaration mensuelle et du deuxième acompte provisionnel. Les télédéclarants avaient le 21. Les personnes physiques, le 25.
Rappel du mécanisme, parce qu'il est plus souvent subi que compris : trois acomptes de 30 % de l'impôt dû au titre de l'exercice précédent, aux 6e, 9e et 12e mois. Quatre-vingt-dix pour cent de l'impôt N-1 payé d'avance sur un résultat N que personne ne connaît encore. Les sociétés créées dans l'année sont dispensées pour leur premier exercice.
Et voilà le point que presque tout le monde laisse filer : les retenues à la source que vos clients ont opérées sur vos factures s'imputent sur ces acomptes. Ce ne sont pas des frais. C'est de l'impôt déjà payé, en votre nom, par quelqu'un d'autre.
Les certificats que personne ne classe
Je vais être direct : la plupart des PME tunisiennes que nous croisons paient leurs acomptes à l'aveugle et surfinancent l'État avec leur propre trésorerie. Pas par négligence fiscale. Par désordre documentaire.
Un exemple qui vaut ce qu'il vaut. Une société de négoce du côté de Sfax, une vingtaine de salariés, facturant beaucoup à des établissements publics — donc subissant de la retenue sur presque chaque règlement. Le classeur des certificats était posé sur une armoire métallique, à côté d'un ventilateur qui ne marchait plus depuis deux étés. Certains certificats n'étaient jamais arrivés, personne ne les avait réclamés. Quand la comptable a reconstitué la série sur deux exercices, le montant imputable représentait plusieurs mois de charges salariales. Cet argent n'était pas perdu. Il dormait.
Le problème n'est pas moral, il est logistique. Un certificat de retenue à la source arrive par courrier, par mail, parfois en photo WhatsApp du comptable du client. Il faut le rattacher à la bonne facture, au bon exercice, vérifier le taux appliqué, puis le sortir au moment du calcul de l'acompte. Trois opérations, trois occasions de perdre le fil quand tout vit dans une boîte mail partagée.
Un outil de gestion qui relie la facture, l'encaissement et la pièce justificative règle ça sans héroïsme. C'est d'ailleurs l'un des rares endroits où un ERP rend un euro — pardon, un dinar — mesurable : vous ne réduisez pas votre impôt, vous arrêtez de payer deux fois.
El Fatoora rend le désordre coûteux
Deuxième raison de reprendre vos pièces en main maintenant. La loi de finances 2026 étend l'obligation de facture électronique à l'ensemble des prestations de services, professions libérales et petits métiers compris, sans seuil de montant. Les sanctions annoncées : jusqu'à 500 dinars par facture papier non conforme, plafonnées à 50 000 dinars par contrôle.
Faites le calcul sur cent factures de services mal émises. Vous obtenez un montant qui dépasse largement le budget d'un logiciel de gestion annuel. Ce n'est plus un sujet de conformité abstraite.
Et il y a un effet de bord que peu anticipent. Une facture électronique correctement émise, avec l'identifiant fiscal du client, la nature exacte de la prestation et le taux de retenue applicable, devient automatiquement une pièce exploitable pour l'imputation. La conformité et la trésorerie tirent dans le même sens. C'est assez rare pour qu'on le signale.
Ce qu'il faut faire d'ici au troisième acompte
Vous avez jusqu'à fin décembre pour le dernier versement de l'année. Trois mois, c'est suffisant.
Reconstituez d'abord l'intégralité de vos certificats de retenue à la source depuis janvier, en réclamant par écrit ceux qui manquent — vos clients ont l'obligation de les délivrer, et un mail poli fonctionne dans neuf cas sur dix. Ensuite, rapprochez chaque certificat de la facture correspondante dans votre comptabilité, pas dans un tableur parallèle qui mourra avec l'ordinateur de votre assistante. Enfin, basculez vos factures de services sur le circuit électronique avant que le premier contrôle ne vous y oblige.
Ma recommandation, nette : ne négociez pas le taux, il ne se négocie pas. Reprenez le contrôle de vos justificatifs. Une PME qui suit ses retenues à la source avec rigueur décaisse structurellement moins que sa voisine au résultat identique, et elle passe ses contrôles sans blanchir. C'est le seul levier fiscal que vous détenez entièrement.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise


