Passeport numérique des produits : vos fiches articles ne sont pas prêtes

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Le DPP ne vous coûtera pas une amende tunisienne. Il vous coûtera un appel d'offres européen.

Le 7 octobre 2026, au CITET à Tunis, des industriels de l'automobile, du textile et de l'électronique sont venus écouter une chose qu'ils auraient préféré ne pas entendre. Leurs produits vont devoir parler d'eux-mêmes. En données.

La journée portait sur le passeport numérique des produits — le DPP, dans le jargon de Bruxelles.

Ce qui s'est dit au CITET

La rencontre a été montée par la Tunisian Automotive Association, le GITAS pour l'aéronautique, le Cluster Mecatronic Tunisie et ELENTICA, avec l'appui de la GIZ. Deux jours plus tard, la délégation de l'Union européenne s'associait publiquement à la démarche, par la voix de son chef de section commerce, Thierry Béranger, dans le cadre du projet « Partenariats pour l'emploi et l'appui aux PME en Tunisie II », financé par le ministère allemand de la Coopération économique (BMZ).

Beaucoup de sigles pour une idée simple : chaque produit exporté vers l'Europe devra être accompagné d'un identifiant qui donne accès à son identification, sa composition, l'origine de ses matières, sa durabilité, son cycle de vie et ses preuves de conformité.

Le texte de référence existe depuis 2024. C'est le règlement ESPR sur l'écoconception des produits durables. Il ne s'applique pas d'un bloc — il descend par filières, acte délégué après acte délégué.

Février 2027, puis le reste

La première échéance dure est le 18 février 2027 : passeport obligatoire pour les batteries de véhicules électriques, les batteries industrielles au-delà de 2 kWh et celles de la mobilité légère. Le textile suit en 2027, avec des actes sectoriels encore attendus au moment où j'écris. Les pneumatiques et l'aluminium sont dans la même fenêtre. Le mobilier est annoncé pour 2028, les équipements TIC pour 2029.

Si vous fabriquez des faisceaux de câbles à Sousse, du jean à Monastir ou des cartes électroniques à Ben Arous, vous êtes dedans. Pas forcément en 2027. Mais vous êtes dedans.

Et la part de l'Union européenne dans les exportations manufacturières tunisiennes tourne autour des trois quarts selon les sources sectorielles, ce qui rend le calcul assez vite ennuyeux : il n'y a pas de marché de repli de cette taille.

Le vrai sujet n'est pas écologique

Voilà où je vais me faire quelques ennemis. Le DPP est présenté, en Tunisie comme ailleurs, sous l'étiquette « transition verte », « circularité », « empreinte environnementale ». Les entreprises l'entendent donc comme un dossier RSE, confié à un responsable qualité déjà débordé, traité comme un audit de plus.

C'est une erreur de cadrage qui va coûter cher.

Un passeport produit, techniquement, c'est une base de données articles. Rien d'autre. Une référence stable, une nomenclature à jour, des composants rattachés à leurs fournisseurs réels, des lots traçables, des certificats attachés au bon article et à la bonne version. Le genre de chose qu'un ERP tient — ou que personne ne tient.

Or dans beaucoup d'ateliers tunisiens, la composition exacte d'un produit vit dans trois endroits à la fois : un classeur Excel sur le poste du responsable méthodes, les mails du client donneur d'ordre, et la mémoire d'un chef d'équipe qui part à la retraite dans dix-huit mois. J'ai vu une nomenclature de référence imprimée, scotchée à l'intérieur d'une porte d'armoire, corrigée au stylo bille. Trois corrections. Datées de rien.

Ce produit-là ne peut pas avoir de passeport. Pas parce que l'usine est mauvaise — elle livre, elle livre bien — mais parce que son information produit n'existe nulle part sous une forme interrogeable.

L'acheteur arrivera avant le règlement

Deuxième point, et c'est celui que les PME sous-estiment le plus : ce n'est pas la douane qui vous contrôlera.

Le DPP se propage par cascade contractuelle. Un constructeur allemand soumis à l'échéance batteries doit documenter ses intrants. Il exigera donc de son fournisseur de rang 1 des données vérifiables, qui les exigera de son rang 2, qui est peut-être vous. Les cahiers des charges bougeront avant les textes. Ils bougent déjà.

Concrètement, la question qui tombera dans un appel d'offres ressemblera à ça : pouvez-vous fournir, par lot livré, la composition matière et l'origine documentée, sous format structuré, dans un délai de quelques jours ? Une PME qui répond « oui, on vous prépare un fichier » perd. Celle qui exporte depuis son système en vingt minutes garde le contrat.

Par où commencer, sans rien acheter

Ma conviction : n'achetez pas de « solution DPP » cette année. Le marché local commence à se peupler — le Cluster Mecatronic a d'ailleurs lancé son propre projet de plateforme avec 3D Wave, InspireTech et Eleonetech — et ces outils seront utiles. Mais ils consomment des données propres. Si vous n'en avez pas, vous achetez un tuyau branché sur rien.

Le travail préalable, lui, est à votre main :

  • Une seule référence article par produit réel, dans un seul système. Fini les codes clients qui coexistent avec les codes internes.
  • Une nomenclature versionnée : qui a changé quoi, quand, et sur quel ordre de fabrication ça s'applique.
  • Chaque composant relié à un fournisseur identifié, avec ses pièces justificatives attachées à l'article et non rangées dans un dossier partagé.
  • La traçabilité par lot sur les mouvements de stock. C'est le point le plus souvent manquant, et le plus long à rattraper.

Dans Axiom, ces quatre briques sont le même objet : l'article porte sa nomenclature, ses relations fournisseurs, ses documents et ses mouvements de stock. Ce n'est pas un module « conformité » — c'est juste de la gestion tenue correctement, qui se trouve répondre à une question réglementaire quand elle arrive.

Une dernière remarque, gratuite. Les entreprises qui s'en sortiront le mieux ne sont pas les plus avancées en numérique. Ce sont celles qui ont gardé une discipline documentaire d'atelier.

Ma recommandation est nette : d'ici fin janvier 2027, faites l'inventaire de vos vingt produits les plus exportés et répondez pour chacun à une seule question — où vit sa composition, et qui peut la sortir sans appeler quelqu'un ? Si la réponse implique une personne plutôt qu'un système, votre chantier commence là, et il dure six mois.

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