Inflation à 5,4 % en août : vos prix de vente datent de quand ?
L'INS a publié sa note mensuelle le 5 septembre. Inflation à 5,4 % en août 2026, contre 5,1 % en juillet. Le répit de l'été aura tenu deux mois. Pour un gérant de PME, ce chiffre pris seul ne sert à rien. Ce qu'il recouvre, en revanche, se lit directement dans votre marge.
5,4 %, et alors ?
L'indice général atteint 197,3 points (base 100 en 2015), en hausse de 0,5 % sur un seul mois. L'inflation sous-jacente, hors alimentation et énergie, remonte à 4,9 %. Ces trois nombres décrivent un pays entier. Ils ne décrivent pas votre entreprise.
Parce que personne n'achète l'indice général. Vous achetez de la volaille, du carton, du gasoil, des heures d'intérim, une licence logicielle facturée en euros. Et ces lignes-là bougent chacune à leur propre rythme, souvent très loin de la moyenne nationale.
Votre panier n'est pas celui de l'INS
Regardez les écarts d'août sur douze mois : volaille +16,5 %, viande ovine +14,7 %, fruits frais +14,4 %, viande bovine +13,6 %, poisson frais +10,9 %. Dans le même relevé, les huiles alimentaires reculent de 4,3 %. Les services d'hébergement, eux, s'envolent de 15,6 % — ce qui explique une partie des notes de frais de vos commerciaux revenus de Hammamet en août.
Sur un mois seulement, les œufs prennent 12,9 %, la volaille 11,4 %. L'habillement recule de 4,7 % en août à cause des soldes, tout en restant à +9 % sur l'année. Un restaurateur, un traiteur, une société de nettoyage avec beaucoup de main-d'œuvre et un boutiquier de prêt-à-porter vivent quatre inflations différentes le même mois.
Donc, question simple : quand avez-vous recalculé vos prix de vente pour la dernière fois, et sur quelle base ? Si la réponse est « en janvier, on a mis 5 % partout », vous avez sous-facturé vos plats à base de poulet pendant huit mois et surfacturé ce qui contenait de l'huile.
Le coût moyen pondéré vous ment gentiment
Voilà mon avis, et il déplaît souvent aux comptables : en période de hausse rapide, le coût moyen pondéré est un mensonge confortable. Il est parfaitement licite, il respecte la norme comptable sur les stocks, il produit un bilan défendable. Il vous raconte aussi que votre marge est belle, alors qu'elle est déjà partie.
Le mécanisme n'a rien de sophistiqué. Vous avez trois palettes achetées en avril, une achetée la semaine dernière 14 % plus cher. Le CMP écrase l'écart, votre logiciel affiche un taux de marge flatteur sur la vente d'aujourd'hui, et vous décidez de ne pas toucher aux tarifs. Sauf que le réassort, lui, se paiera au prix de la semaine dernière. Vous financez vos clients sans le savoir.
La parade n'est pas de changer de méthode de valorisation — gardez le CMP pour les comptes. C'est d'afficher, à côté, le dernier prix d'achat connu par article, avec sa date. Deux colonnes. Sur les articles à rotation lente, l'écart entre les deux est souvent la vraie information de la semaine.
Le devis de trois mois, cette hémorragie discrète
Les grosses pertes ne viennent pas toujours du catalogue. Elles viennent des engagements pris à prix ferme.
Un devis émis en mai, accepté en septembre, exécuté en novembre, avec des intrants qui ont pris 12 % entre-temps : la commande est gagnée, l'affaire est perdue. Un traiteur de La Marsa travaillait encore en juillet avec un prix du poulet saisi en février dans son tableur — le fichier s'appelait tarifs_2025_final_v3. Les marchés publics prévoient des formules de révision pour cette raison exacte ; vos devis privés, eux, ne prévoient rien.
Mettez une date de validité sur chaque devis. Trente jours, quinze sur les familles volatiles. C'est gratuit, ça se paramètre une fois, et ça vaut mieux qu'une négociation gênée six mois plus tard avec un client qui a votre papier signé en main.
Ce qu'il faut instrumenter dès ce trimestre
Quatre choses, concrètes, réalisables avec ce que vous avez déjà :
- Un prix d'achat daté par article, visible à la saisie de la ligne de vente — pas dans un rapport mensuel que personne n'ouvre.
- Une alerte quand le taux de marge d'une ligne passe sous votre plancher, au moment du devis, pas à la clôture.
- Une révision tarifaire par famille, tous les mois ou tous les deux mois, et non un pourcentage uniforme une fois l'an.
- Un suivi séparé des produits homologués, dont la marge est administrée et où la seule variable qui vous reste est le volume.
Dans Axiom, cette logique tient dans la fiche article et la ligne de document : coût d'achat horodaté, marge calculée à la saisie, blocage ou avertissement selon le seuil. Le point n'est pas l'outil. Le point est que ce calcul soit fait par la machine, à chaque devis, plutôt que de mémoire par le vendeur qui connaît « à peu près » ses prix.
Ajoutez que vos factures partent désormais au format électronique vers la plateforme nationale. Le prix qui y figure devient une donnée archivée, horodatée, opposable. Autant qu'il soit juste au moment où il est émis.
Ma recommandation
Bloquez deux heures avant fin septembre. Sortez vos vingt références qui font 80 % de votre chiffre, relevez leur dernier prix d'achat réel et comparez-le au coût qui sert à calculer votre marge affichée. Vous trouverez des écarts à deux chiffres sur trois ou quatre lignes, et c'est là que se joue votre exercice. Puis programmez ce même contrôle tous les mois, dans l'agenda, avec un responsable nommé. Une révision annuelle des tarifs, à 5,4 % d'inflation et 16 % sur la volaille, revient à offrir sa marge par politesse.


