Le crédit aux entreprises repart, et c'est le dossier qui bloque
Les banques tunisiennes ont prêté nettement plus aux entreprises au premier semestre. Et presque rien aux ménages. Ce double mouvement, publié début septembre par la Banque centrale, mérite quelques minutes de votre attention — surtout si vous avez un dossier de financement qui traîne depuis le printemps.
2,199 milliards, et un déséquilibre qui parle
La note de conjoncture de la BCT, relayée le 2 septembre 2026 par la presse économique tunisienne, donne le chiffre brut : les crédits accordés aux professionnels ont progressé de 2,199 milliards de dinars sur les six premiers mois de 2026. Un an plus tôt, même période, la hausse plafonnait à 1,275 milliard. Le rythme a presque doublé.
Le détail est plus instructif que le total. Les services captent 1,684 milliard. L'industrie, 414 millions — sachant qu'au premier semestre 2025 le même poste était négatif, à moins 64 millions. Agriculture et pêche ferment la marche avec 101 millions.
Pendant ce temps, l'encours des crédits aux particuliers est passé de 30,554 milliards fin décembre à 30,662 milliards fin juin. Cent huit millions d'écart sur un semestre. Du bruit statistique.
Traduction pour un dirigeant : l'argent bancaire disponible se déplace vers les entreprises. Pas vers toutes.
Le prix de l'argent n'est plus votre meilleure excuse
La BCT a ramené son taux directeur de 7,5 % à 7 % en janvier 2026. Le TMM est resté collé autour de 7 % jusqu'en août, pendant que l'inflation ralentissait vers 5,4 %. Le coût réel du crédit a donc baissé deux fois : par le taux nominal, et par l'érosion monétaire qui joue en faveur de l'emprunteur.
Je vais être direct. Pendant une décennie, le discours patronal tunisien a tenu en une phrase — l'argent est trop cher. Cette phrase est en train de se périmer, et beaucoup de dirigeants ne l'ont pas encore vu. Le goulot s'est déplacé. Il est maintenant du côté de ce que vous êtes capable de prouver.
Pourquoi les services raflent la mise
Une société de services arrive chez son banquier avec un chiffre d'affaires récurrent, des contrats signés, peu d'immobilisations, un cycle d'exploitation court. Le dossier s'instruit en quelques jours.
Une PME industrielle arrive avec un besoin en fonds de roulement, un stock, des en-cours de production, des machines à amortir, des délais clients de 90 jours et des fournisseurs qui exigent 30. Tout cela est parfaitement finançable. À condition d'être chiffré.
Et c'est là que ça coince. J'ai vu un gérant de menuiserie à Mégrine sortir un classeur à levier bleu — qui sentait la sciure, détail inutile mais je m'en souviens — contenant trois versions du même inventaire, aucune datée. Son expert-comptable arrêtait les comptes une fois par an, en mars, pour l'exercice précédent. Quand la banque a demandé la valeur du stock au 30 juin, personne dans l'entreprise n'a su répondre. Pas approximativement. Pas du tout.
Son crédit n'a pas été refusé. Il a été reporté. Puis oublié.
Ce qu'un analyste crédit lit réellement
Un chargé d'affaires bancaire n'évalue pas votre passion pour votre métier. Il cherche quatre choses, et il les cherche vite :
- une balance âgée clients qui montre qui vous doit quoi, depuis combien de jours, avec l'historique de recouvrement ;
- un stock valorisé à une date certaine, avec la méthode employée (coût moyen pondéré, FIFO) et une rotation calculable ;
- une situation sociale et fiscale propre — les recoupements entre administrations sont devenus la norme, et un arriéré CNSS non provisionné tue un dossier en silence ;
- des états intermédiaires récents, pas un bilan N-1 déposé en juin.
Rien de tout cela n'exige un directeur financier. Cela exige un système qui enregistre les opérations au moment où elles se produisent, au lieu de les reconstituer six mois plus tard à partir de souches et de mémoire.
Le chantier tient en un trimestre
Arrêter ses comptes mensuellement plutôt qu'annuellement. Valoriser le stock en continu, avec des mouvements tracés qui expliquent chaque écart entre l'inventaire théorique et l'inventaire physique. Sortir une balance âgée à la demande, pas après trois jours de tableur. Suivre l'encours de traites et de chèques avec les échéances réelles, parce que votre trésorerie prévisionnelle vaut exactement ce que vaut ce suivi.
C'est le travail qu'un ERP fait correctement — Axiom comme un autre, la marque compte moins que la discipline qu'elle impose. Ce qui change vraiment, ce n'est pas le logiciel. C'est qu'une facture non saisie devient visible le jour même au lieu de disparaître dans un tiroir jusqu'à l'inventaire.
Une PME qui produit ses états au 30 juin le 10 juillet négocie autrement qu'une PME qui les produit en octobre. Pas un peu autrement. Sur le montant accordé, sur les garanties exigées, sur la marge appliquée — rappelons que l'écart de taux entre une grande entreprise bien notée et une PME mal documentée se compte en points, pas en points de base.
Ma recommandation
Si vous comptez solliciter un financement dans les douze mois, ne commencez pas par démarcher les banques. Commencez par vérifier que vous pouvez produire, en deux jours et sans réunion de crise, votre situation comptable arrêtée au mois dernier, votre stock valorisé et votre balance âgée.
Si vous ne le pouvez pas, votre chantier de l'automne n'est pas le crédit. C'est votre système d'information de gestion. Réglez-le maintenant : la fenêtre monétaire actuelle ne restera pas ouverte indéfiniment, et vous ne voulez pas la manquer à cause d'un classeur bleu.


