Crédit à +1,3 % : votre trésorerie ne viendra pas de la banque

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Le banquier n'évalue pas votre métier. Il évalue ce que vous êtes capable de lui montrer.

Le comité de surveillance macroprudentielle de la Banque centrale s'est réuni le 27 août. Son constat tient dans un chiffre : sur les six premiers mois de 2026, les crédits ont progressé de 1,3 %. Les banques se portent bien. Le financement, lui, ne circule presque plus.

Des bilans solides, un robinet à moitié fermé

Les ratios diffusés début septembre ne laissent aucun doute sur la santé prudentielle du secteur : 15,2 % de solvabilité moyenne, 12,2 % de fonds propres de base à fin mars 2026, environ cinq points de marge au-dessus du minimum réglementaire. La liquidité est jugée satisfaisante sur tout le semestre. Le comité parle de dynamiques contrastées. Traduisez : les banques sont capitalisées, et elles prêtent quand même au compte-gouttes, sur fond de demande faible du côté des ménages comme des entreprises.

Un chiffre assombrit le tableau. Les créances classées sont passées de 14,9 % fin 2025 à 15,1 % fin juin 2026. Deux dixièmes de point, ça semble anodin vu de l'extérieur. Dans la salle où se décide votre dossier, chaque dixième se traduit par une garantie supplémentaire réclamée, un comité repoussé, une instruction qui glisse de six semaines. Vous ne recevez jamais de refus écrit. Vous recevez du silence.

Le paradoxe des 2,2 milliards

Maintenant la nuance, parce qu'elle change la lecture. Les concours aux professionnels ont augmenté de 2,199 milliards de dinars au premier semestre 2026, contre 1,275 milliard un an plus tôt. Les services captent 1,684 milliard, soit plus de sept dinars nouveaux sur dix. L'industrie remonte à 414 millions après une contraction de 64 millions l'an dernier. L'agriculture et la pêche restent à 101 millions. Côté particuliers, l'encours ne bouge quasiment plus : 108 millions, contre 276 millions au premier semestre 2025.

Donc l'argent sort. Il sort mal réparti, et il sort vers les dossiers qui se lisent en vingt minutes. Mon opinion, et elle est tranchée : dans la majorité des refus que j'ai vus passer chez des PME tunisiennes, ce n'est pas le risque commercial qui bloque, c'est l'incapacité à produire une balance âgée cohérente et douze mois de chiffres qui se recoupent. Le banquier n'évalue pas votre métier. Il évalue ce que vous êtes capable de lui montrer.

Ce que le crédit coûte quand vous l'obtenez

Le taux directeur est à 7 % depuis le début de l'année, maintenu lors du conseil de fin juillet. Ce n'est pas ce que vous payez. D'après les statistiques financières de la Banque centrale, l'escompte de traites tourne autour de 12,5 %, le leasing dépasse 13 %, l'affacturage se situe entre les deux, alors que le crédit à court terme classique reste sous 10,5 %. Trois points d'écart selon la porte par laquelle vous entrez.

Un gérant d'une société de nettoyage à Ben Arous m'a montré son rituel : le 20 de chaque mois, il escompte tout son portefeuille de traites, sans distinguer les clients qui paient à 30 jours de ceux qui paient à 120. Il calcule encore sur une Casio à ruban posée en équilibre sur le classeur TVA. Sur l'année, l'escompte de confort lui coûtait l'équivalent d'un salaire et demi de comptable.

La banque que vous avez déjà

Elle est dans vos factures impayées et dans vos rayons.

Prenez une entreprise à 1,2 million de dinars de chiffre d'affaires qui encaisse en moyenne à 90 jours. Ramener ce délai à 60 jours libère près de 100 000 dinars de trésorerie permanente. Aucun dossier bancaire, aucune garantie, aucun intérêt à 12 %. Juste des relances datées et une politique de crédit client écrite noir sur blanc — J+7 pour l'appel de courtoisie, J+30 pour la mise en demeure, J+45 pour l'arrêt des livraisons.

Ajoutez le nouveau régime du chèque. Depuis février 2025, les carnets ont une validité de six mois, chaque formule est plafonnée à 30 000 dinars et la vérification de provision passe par la plateforme de la Banque centrale. Beaucoup de PME continuent d'accepter des chèques post-datés à cinq mois comme avant, sans suivre les échéances ailleurs que dans un tiroir. C'est là que la trésorerie disparaît, discrètement, entre deux relevés.

Le blocage n'est pas la volonté, c'est la donnée

Personne ne refuse de relancer ses clients. Les gens ne savent simplement pas qui relancer, ni depuis combien de jours. Quand la facturation vit dans un tableur, les règlements dans un carnet et le stock dans la tête du magasinier, la question « combien me doit-on à plus de 60 jours ? » demande une demi-journée de travail. Alors on ne la pose pas.

C'est précisément ce que change un système de gestion intégré, et c'est ce que nous construisons dans Axiom : la facture, le règlement, la relance et le mouvement de stock partagent la même base, la balance âgée se lit en une seconde. La facturation électronique via ELFATOORA, désormais obligatoire pour les prestataires de services au régime réel depuis le 1er janvier 2026, ajoute au passage quelque chose de précieux dans une négociation de découvert : une date certaine sur chaque facture, horodatée par un tiers.

Par où commencer, concrètement

Trois semaines suffisent pour la première étape. Fiabilisez votre balance âgée client, ligne par ligne, y compris les vieux soldes que tout le monde évite de regarder. Écrivez votre politique de relance et confiez-la à quelqu'un dont ce sera la tâche nommée. Cessez d'escompter par habitude : réservez-le aux clients dont le délai réel dépasse 90 jours.

Retournez voir votre banque au premier trimestre 2027, avec un historique propre. Vous obtiendrez peut-être votre ligne. Et vous en aurez beaucoup moins besoin.

L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise

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