Le chèque décroche, la traite s'impose : vos encaissements suivent
Le chèque recule. Pas doucement : sur le premier semestre 2026, la Banque centrale enregistre 10,7 % d'opérations en moins et 12,5 % de valeur en moins. Pendant ce temps, la lettre de change s'envole. Vos encaissements ont changé d'instrument sans que grand monde vous prévienne.
Ce que dit le bulletin n° 17 de la BCT
Les chiffres publiés cet été par la Banque centrale décrivent un basculement, pas une inflexion. Au premier semestre, la monétique atteint 85,4 millions d'opérations pour 15 425 millions de dinars, en hausse de 9,8 % en nombre et de 11,2 % en valeur. Le parc de TPE dépasse 45 600 terminaux, les sites marchands actifs montent à 1 456 (+19,7 %), les portefeuilles mobiles frôlent 512 000 unités pour cinq millions d'opérations et 914,2 millions de dinars. Le virement, lui, reste le poids lourd de la compensation : +5,2 % en nombre, +8,4 % en valeur.
Mais le chiffre qui devrait vous arrêter est ailleurs. Au premier trimestre 2026, les lettres de change ont représenté 1,2 million d'opérations (+35,9 %) pour 13 913,6 millions de dinars, contre 1,7 million de chèques pour 11 510,8 millions seulement, en chute de 28 % en valeur sur un an. En montant, la traite est passée devant le chèque. Pour un pays où le carnet de chèques servait de crédit fournisseur informel depuis quarante ans, c'est un renversement.
La loi de 2024 a fait le travail
Rien de mystérieux dans cette bascule. La loi n° 41 de 2024 et la plateforme TuniCheck, opérationnelle depuis février 2025, ont vidé le chèque de sa fonction officieuse. Le chèque est désormais nominatif, barré par défaut, muni d'un QR code, valable six mois au minimum, et l'endossement a disparu sauf au profit de la banque pour encaissement. Chaque formule reçoit un plafond adossé à la solvabilité du client, sans dépasser 30 000 dinars par feuille.
Traduction en langage de gérant : le chèque de garantie post-daté que votre client vous laissait « en attendant » n'a plus d'usage. Il ne circule plus, il ne se transmet plus, et la banque du tiré vérifie la provision avant même de délivrer le carnet.
Un gérant de négoce à Sfax me montrait en juin son tiroir : une quarantaine de chèques serrés par un élastique rouge, tous antérieurs à 2025, tous devenus des créances ordinaires. Il les garde. Sentimentalisme comptable.
La traite rejette dix fois plus
Voilà le point que les communiqués enthousiastes oublient. À fin mars 2026, le taux de rejet des lettres de change s'établissait à 9,6 % en nombre et 9,5 % en montant. Celui des chèques : 1 % et 2,3 %. Un effet sur dix revient impayé.
La traite ne sécurise pas votre créance, elle déplace le risque vers votre trésorerie. Le chèque rebondissait vite et fort, avec des conséquences pénales que tout le monde connaissait. L'effet de commerce, lui, rebondit discrètement, quatre-vingt-dix jours plus tard, quand vous avez déjà livré, payé vos fournisseurs et déclaré la TVA sur la facture correspondante. Le risque n'a pas disparu du système bancaire tunisien. Il a changé d'échéance.
Ce que votre back-office doit savoir faire
Un portefeuille d'effets se gère autrement qu'une pile de chèques. Il faut un échéancier par client, avec la date de présentation, la domiciliation bancaire, le statut (en portefeuille, remis à l'encaissement, remis à l'escompte, impayé), et le lien vers la facture d'origine. Il faut aussi une relance déclenchée avant l'échéance, pas après le rejet : dix jours avant la présentation, un message au client pour confirmer la provision coûte moins cher qu'un avis d'impayé et des frais bancaires.
Côté comptable, les effets à recevoir sortent du compte client classique et alimentent leur propre compte. Si votre suivi se résume à un fichier Excel où la colonne « échéance » est saisie à la main, vous perdrez des effets. Pas beaucoup. Deux ou trois par an, sur des montants qui feront mal.
Dans Axiom, la logique retenue est simple : chaque règlement porte son mode, son échéance et son état, le rapprochement bancaire remonte les rejets, et l'encours client affiche séparément le facturé, l'effet en portefeuille et l'impayé. Ce n'est pas de la haute technologie. C'est de la discipline outillée.
Et le virement, dans tout ça
Il domine la compensation en valeur, et pourtant beaucoup de PME le subissent : le client paie, personne ne sait quelle facture est soldée, la lettrage se fait trois semaines plus tard. Imposez une référence de facture obligatoire dans le libellé, communiquez un RIB unique par entité, et rapprochez chaque semaine. Le virement est l'instrument le plus fiable du marché tunisien aujourd'hui, à condition d'être identifiable.
La recommandation
Arrêtez d'accepter des traites que vous ne savez pas suivre. Concrètement : pour toute vente à crédit au-dessus de 5 000 dinars, exigez soit un virement à échéance avec référence, soit une traite acceptée et domiciliée, saisie le jour même dans votre système avec sa date de présentation. Passez le mois de septembre à recenser votre portefeuille d'effets en cours et à identifier les échéances du dernier trimestre. Le déficit de trésorerie de janvier se fabrique en octobre, dans les effets que personne n'a présentés à temps.


