114 projets numériques, une appli : et vos données ?

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Khadamet est une bonne nouvelle pour le citoyen et une non-nouvelle pour votre entreprise.

Le 15 août, un samedi, le conseil ministériel restreint réuni au palais de la Kasbah a fait ses comptes : 114 projets de transformation numérique en cours, beaucoup au-delà de 90 % d'avancement, et une application mobile baptisée « Khadamet » qui ouvrira l'accès à plus de 40 services administratifs. Très bien. Pour votre PME, presque rien ne change.

Ce qui a été acté ce samedi-là

La séance était présidée par la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri. Le bilan du premier semestre aligne des réalisations vérifiables : la plateforme nationale de l'investisseur, la dématérialisation complète des opérations du registre des entreprises, le renouvellement du passeport à distance pour les Tunisiens de l'étranger, le portail Taamir pour les permis de bâtir, 34 centres de services numériques répartis sur 21 gouvernorats, un portail unifié de la vie scolaire. Restent ouverts le certificat de résidence à distance, le paiement électronique de la taxe municipale, le renouvellement du permis de conduire et le registre national des diplômes.

Khadamet s'appuiera sur l'identité numérique et acceptera plusieurs moyens de paiement : carte bancaire, carte postale, portefeuille électronique. Le ministre des Technologies de la communication, Sofiane Hemissi, a profité de la séance pour présenter les axes de la stratégie nationale d'intelligence artificielle 2026-2030.

Voilà pour les faits. Maintenant, la partie qui vous concerne.

Un mot manque à l'appel

Interopérabilité. Ou, dans le vocabulaire de vos prestataires informatiques : API.

Un service administratif « en ligne », dans la très grande majorité des cas, reste un formulaire que quelqu'un remplit à la main. À l'écran plutôt qu'au guichet, avec un accusé de réception immédiat et sans les deux heures d'attente — le progrès est réel et personne de sérieux ne le conteste. Seulement voilà : l'information que votre comptable tape dans ce formulaire existe déjà. Elle est dans votre logiciel. Elle a été saisie une première fois à la création de la fiche client, une deuxième à l'émission de la facture, et elle le sera une troisième fois sur le portail.

El Fatoora, elle, a pris l'autre chemin. Format TEIF, XML, transmission de machine à machine, sans intervention humaine dès lors que votre système est branché correctement. C'est exigeant à mettre en place. C'est aussi le seul modèle qui fait réellement gagner du temps à une entreprise, parce qu'il supprime la frappe au lieu de la déplacer. Pourquoi la déclaration sociale, la taxe municipale ou le certificat administratif ne suivraient-ils pas le même canal ? La question n'a pas été posée à la Kasbah, et c'est dommage.

La ressaisie a un prix, et vous le payez déjà

Un gérant d'une PME de distribution alimentaire de la banlieue sud me décrivait sa fin de mois : sept onglets ouverts en même temps, e-liasse d'un côté, l'espace employeur de la CNSS de l'autre, la plateforme de facturation entre les deux, un tableur qui sert d'arbitre quand les chiffres divergent. Il a un ventilateur posé sur l'armoire parce que la climatisation du bureau ne descend jamais jusqu'au poste du comptable. Trois jours par mois, dit-il. Trois jours de personne qualifiée passés à recopier.

Le coût visible, c'est ce temps-là. Le coût invisible est plus embêtant : les référentiels finissent par diverger. Le matricule fiscal saisi avec une faute sur un portail, la raison sociale abrégée ici et complète là, une adresse mise à jour dans le logiciel mais pas dans la déclaration. Tant que chaque administration lisait ses propres bases, ces écarts dormaient tranquillement. Ce n'est plus le cas : les recoupements entre bases fiscales, sociales et bancaires se resserrent, et une incohérence entre ce que vous déclarez ici et ce que vous facturez là devient un signal.

La stratégie IA : n'attendez rien pour votre exercice

Le gouvernement met en avant la 29e place mondiale de la Tunisie pour les publications scientifiques en IA, les compétences académiques et le cadre du Startup Act. Sur le papier, c'est flatteur. Dans les faits, comme l'a relevé L'Économiste Maghrébin deux jours après le conseil, aucun budget précis, aucun calendrier détaillé et aucun indicateur de résultat n'ont été rendus publics. Le classement mesure du volume, pas de l'impact, et il ne dit rien de la fuite des compétences.

Ma position, assumée : cette stratégie ne produira aucun effet sur votre trésorerie avant 2028, et fonder une décision d'équipement dessus serait une erreur. L'intelligence artificielle qui vous rapporte quelque chose cette année tient dans des choses beaucoup moins spectaculaires — un rapprochement bancaire qui se fait tout seul, une relance client déclenchée au bon jour, une pièce jointe classée sans qu'on la cherche. Ça existe, ça marche, et ça n'attend pas de souveraineté numérique.

Ce qu'il faut préparer d'ici décembre

Le travail utile n'est pas d'installer Khadamet le jour de sa sortie. Il est de mettre votre référentiel en état pour que, le jour où un service administratif acceptera enfin un flux automatisé, vous soyez prêt à le brancher. Concrètement :

  • Un identifiant unique et propre par client et par fournisseur, matricule fiscal vérifié, sans doublon.
  • Une source unique pour vos données de paie, celle qui alimente à la fois le bulletin et la déclaration sociale.
  • Un export machine de vos ventes et de vos achats, pas seulement un PDF imprimable.
  • Un certificat électronique valide, au nom de la personne qui signera vraiment.

Les suites de gestion sérieuses, Axiom compris, savent produire ces flux ; encore faut-il que vos données soient assez propres pour qu'ils passent la validation. C'est là que le chantier commence, pas dans le choix du logiciel.

Ma recommandation : consacrez le mois de septembre au nettoyage de votre base tiers et à un seul point de vérité pour la paie. Le reste suivra tout seul.

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