La traite a dépassé le chèque : votre échéancier devient votre trésorerie
Le chèque n'est plus le premier support du crédit interentreprises en Tunisie. La traite l'a dépassé en valeur. C'est dans le bulletin « Les paiements en chiffres » de la Banque centrale, publié le 14 août 2026, et ça déplace le centre de gravité de votre gestion.
Les chiffres du semestre, sans commentaire
Sur le premier semestre 2026, la BCT recense 2,4 millions de lettres de change pour 28,10 milliards de dinars, en progression de 11,4 % en nombre et de 9,7 % en montant. Les chèques descendent à 3,6 millions d'opérations pour 24,146 milliards de dinars, soit un repli de 10,7 % et de 12,5 %. Le virement, lui, écrase le volume quotidien : 19,5 millions d'opérations, près de 41 milliards de dinars.
Le détail qui compte tient en deux pourcentages. La traite représente désormais 25,6 % des montants échangés, le chèque 22 %.
Cette bascule ne sort pas de nulle part. Après l'entrée en application de la loi n°2024-41 sur les chèques, le nombre de chèques traités s'est effondré de plus des deux tiers sur l'année 2025, pendant que la valeur reculait de près de 59 %. Les entreprises n'ont pas arrêté de vendre à crédit pour autant. Elles ont changé de papier. Et une partie du flux est partie ailleurs : la part des billets et pièces dans M3 atteignait 18,8 % en mai 2026 contre 16,6 % en janvier 2025, un niveau qu'on n'avait pas vu depuis vingt ans.
Une traite n'est pas un chèque avec une date dessus
Beaucoup de gérants ont fait la substitution mécaniquement, en gardant les mêmes réflexes. C'est là que ça casse.
Un chèque postdaté, dans la pratique ancienne, c'était une promesse molle : on le gardait au tiroir, on rappelait le client la veille, on repoussait de quinze jours si l'ambiance était bonne. La lettre de change, elle, a une mécanique bancaire. Elle doit être acceptée par le tiré — sans acceptation, votre recours est nettement plus faible. Elle est domiciliée sur un compte précis. Elle part à l'encaissement plusieurs jours ouvrés avant l'échéance, ce qui veut dire que la décision de remettre se prend avant, pas le jour J. Et si la provision manque à l'échéance, l'incident est enregistré, avec des conséquences qui remontent jusqu'à l'accès au crédit.
Bonne nouvelle au passage : elle s'escompte. Un portefeuille d'effets acceptés et bien domiciliés est un actif finançable, ce que votre pile de chèques de garantie n'a jamais été.
Le classeur à élastique, première cause d'impayés évitables
J'ai vu, chez un distributeur de pièces détachées de la banlieue sud, un classeur plastique avec douze intercalaires — un par mois — et les traites glissées dedans par ordre d'arrivée. Pas par échéance. Par ordre d'arrivée. L'intercalaire de février était plus épais que les autres parce qu'il servait aussi de rangement pour les bons de livraison égarés.
Ce système a tenu quinze ans avec des chèques. Il ne tiendra pas avec des effets.
Mon opinion, et elle est tranchée : le tableur d'effets est aujourd'hui le premier trou dans la trésorerie des PME tunisiennes, devant le client mauvais payeur. Parce qu'un tableur ne vous prévient de rien. Il ne sait pas qu'une traite de 18 000 dinars non acceptée dort depuis six semaines, que trois effets tombent le même 5 du mois sur un compte qui ne les couvrira pas, ou qu'un avoir émis en mai n'a jamais été imputé sur l'effet correspondant. Le chèque de garantie était une mauvaise habitude déguisée en usage commercial. Sa disparition est une bonne nouvelle.
Ce que votre système de gestion doit sortir
Concrètement, quatre états. Si votre outil ne les produit pas en deux clics, vous pilotez à l'aveugle :
- Le portefeuille d'effets à recevoir, trié par date d'échéance, avec le statut de chaque effet — créé, envoyé, accepté, remis à l'escompte, encaissé, impayé.
- Les effets non acceptés au-delà d'un délai que vous fixez (dix jours est un bon seuil de départ).
- L'échéancier des effets à payer, positionné sur le compte de domiciliation, à trente et soixante jours.
- Le rapprochement entre chaque effet et la ou les factures qu'il règle, avoirs compris. C'est le point que tout le monde néglige et celui qui coûte le plus cher en litige.
Si vous utilisez Axiom, ces états sont des vues du même registre de règlements : l'effet est rattaché au document commercial, l'échéance alimente la prévision de trésorerie, et l'écriture comptable suit sans double saisie. Le principe vaut au-delà de notre outil — ce qui compte, c'est que l'effet et la facture ne vivent pas dans deux mondes séparés.
Le décalage bancaire qui surprend
Dernier point, souvent découvert dans la douleur. Votre banque a besoin de délai pour traiter une remise. Une traite du 30 remise le 28 ne sera pas encaissée le 30. Selon les établissements, comptez une remise entre huit et quinze jours avant l'échéance pour être tranquille. Ce délai doit être paramétré dans votre gestion, pas retenu de tête par la personne qui s'occupe des remises et qui part en congé en août.
Par où commencer
Reprenez votre portefeuille d'effets en cours et classez-le par échéance, aujourd'hui. Vous allez trouver des effets non acceptés, des doublons, des montants qui ne correspondent plus après avoir. Ensuite seulement, outillez.
Et sur le fond : traitez la traite comme un engagement daté qui se surveille en amont, pas comme un chèque qu'on attend. Le calendrier bancaire ne négocie pas.


