771 millions de dinars encaissés en ligne, et 1 456 sites marchands
Le bulletin « Paiements en chiffres » de la Banque centrale, dix-septième édition, est paru le 14 août. Une ligne mérite qu'on s'arrête dessus : 771,4 millions de dinars encaissés en ligne au premier semestre 2026, soit 28,1 % de plus qu'un an plus tôt. Le tout réparti sur 1 456 sites marchands actifs. Pour un pays entier.
Les chiffres, sans le vernis
Sur six mois, le commerce en ligne a enregistré 10,3 millions de transactions, en hausse de 22,1 %. Le nombre de sites marchands progresse de 19,7 %. Côté magasin, le parc de terminaux de paiement atteint 45 600 unités (+5,7 %) pour 25,3 millions d'opérations et 3 063,8 millions de dinars. Le paiement mobile, lui, pèse 5 millions d'opérations et 914,2 millions de dinars.
Faites la division vous-même. Le panier moyen en ligne tourne autour de 75 dinars ; sur un TPE en boutique, autour de 121 dinars. Autrement dit, le Tunisien qui paie sur internet ne fait pas ses gros achats : il recharge, il s'abonne, il commande un plat, il règle une facture. La confiance existe, mais elle s'arrête à un certain montant.
Et le canal physique reste quatre fois plus gros en valeur que le canal en ligne. Les banques ont fait leur part du travail d'infrastructure. Le retard est ailleurs.
1 456 sites marchands, c'est indéfendable
Le Registre national des entreprises recense des centaines de milliers d'entités actives. Mille quatre cent cinquante-six d'entre elles vendent en ligne avec un vrai encaissement bancaire. Le rapport est ridicule.
On m'objectera le pouvoir d'achat, le coût de la logistique, la préférence pour le cash à la livraison. Arguments valables. Sauf qu'ils n'expliquent pas pourquoi tant de PME tunisiennes vendent déjà sur Instagram, encaissent en espèces à la livraison, et n'ouvrent pas pour autant une boutique déclarée avec paiement par carte. Ce n'est pas la demande qui manque. C'est l'organisation interne qui ne suit pas.
Voilà mon opinion, et elle est tranchée : le paiement en ligne n'est plus un problème technique en Tunisie depuis au moins trois ans. Le problème, c'est qu'une commande web arrive dans une entreprise qui ne sait pas dire, à l'instant T, combien il lui reste de références en stock.
Le vrai goulot est derrière la caisse
Un quincaillier de la banlieue sud me racontait sa journée type. Trois canaux de vente : le comptoir, le téléphone, la page Facebook tenue par sa nièce. Trois cahiers différents. Le stock théorique dans un tableur mis à jour « quand il y a le temps », ce qui veut dire le samedi, parfois. Il a fini par refuser une commande de 900 dinars parce qu'il n'était pas sûr d'avoir la marchandise. Elle était là, en réserve, derrière les sacs de ciment.
Ce genre de scène ne se règle pas avec une passerelle de paiement. Elle se règle avec un stock unique, alimenté par toutes les entrées et toutes les sorties, quel que soit le canal. Tant que ce socle n'existe pas, ouvrir une boutique en ligne revient à multiplier les promesses qu'on ne pourra pas tenir.
Ajoutez la réconciliation. Chaque encaissement en ligne arrive groupé sur le relevé bancaire, souvent avec plusieurs jours de décalage et une commission déduite. Si personne ne rapproche ligne à ligne les commandes et les versements, l'écart s'installe et on ne le découvre qu'à la clôture. Trop tard.
La facture électronique a déjà tranché le débat
Depuis le 1er janvier 2026, l'obligation de facturation électronique s'étend aux prestations de services sous régime réel, sociétés comme personnes physiques. La note commune n° 02-2026 de la Direction générale des impôts en précise les modalités et pose une tolérance utile : les prestataires ayant déposé une demande d'adhésion auprès de Tunisie TradeNet sans avoir bouclé les procédures peuvent continuer à émettre du papier, le temps de finaliser. Une tolérance, pas une dispense.
Ce point change tout pour qui veut vendre en ligne. Une commande web génère une facture, cette facture doit partir vers la plateforme El Fatoora avec un identifiant unique, et le contrôle se fera sur les données transmises, pas sur le carnet à souche. Une entreprise dont la caisse en ligne ne parle pas à son module de facturation va devoir ressaisir. À la main. Sur chaque vente.
Le raccordement à TTN passe par un opérateur ou par un logiciel de gestion capable de générer le format attendu. C'est d'ailleurs l'un des chantiers que nous traitons dans Axiom ERP : la vente, le stock et la facture conforme partagent la même base, pour éviter que la conformité fiscale devienne un travail de saisie supplémentaire.
Par où commencer, concrètement
- Fiabiliser le stock avant tout le reste : inventaire physique complet, codes articles uniques, une seule source de vérité pour tous les canaux.
- Vérifier votre situation vis-à-vis de l'adhésion TTN, et la régulariser si la demande dort quelque part depuis des mois.
- Rapprocher chaque mois les encaissements monétiques du relevé bancaire, commissions comprises.
- Ouvrir le canal en ligne sur un catalogue restreint. Vingt références qui suivent valent mieux que six cents qui mentent.
Ma recommandation
Ne lancez pas votre boutique en ligne ce trimestre si votre stock vit encore dans un tableur. Consacrez les trois prochains mois au socle : stock unifié, facturation raccordée à TTN, rapprochement bancaire mensuel. Ouvrez le canal digital ensuite, en janvier, avec un catalogue réduit et des délais que vous tiendrez.
Les 28 % de croissance annuelle ne vont pas disparaître d'ici là. Ils profiteront simplement à ceux qui auront rangé leur arrière-boutique en premier.
L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise — 26 août 2026


