Déficit énergétique à sept milliards : mesurez vos kWh avant d'acheter des panneaux

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 5 min de lecture
Donnez-vous un trimestre de mesure avant de signer quoi que ce soit en photovoltaïque. Vous dimensionnerez juste et vous négocierez mieux.

Sept milliards de dinars. C'est le déficit de la balance commerciale énergétique tunisienne à fin juin 2026, contre 5 175 MD un an plus tôt. Trente-cinq pour cent de plus en douze mois.

Ce que le chiffre dit, et ce qu'il ne dit pas

L'Observatoire national de l'énergie et des mines a sorti ces données le 14 août. Trois variables commandent le résultat : les quantités échangées, la parité dollar/dinar et le cours du Brent. Or le dinar est resté quasi stable face au dollar sur la période. Ce n'est donc pas le change qui a creusé le trou. Le Brent, lui, a pris quatorze dollars le baril entre juin 2025 et juin 2026, porté par les tensions au Moyen-Orient et les risques sur le transit par le détroit d'Ormuz.

Reste le plus gênant. Le taux de dépendance énergétique du pays atteint 66 % à fin juin 2026, contre 62 % un an avant, et les ressources primaires reculent de 8 % pour tomber autour de 1,6 Mtep — recul de la production nationale de brut, de gaz et de GPL. Le ministère de l'Industrie situe l'indépendance énergétique à 34 %, contre 38 % l'an dernier. Elle dépassait 90 % en 2010.

Vous n'y pouvez rien. Mais elle finira dans vos comptes.

La subvention est le vrai calendrier

Un déficit énergétique qui enfle de 35 % en un an, c'est une facture d'importation payée en devises par un budget déjà sous tension, et une compensation qui pèse au moment même où la Tunisie discute réforme des subventions avec ses bailleurs. Le barème STEG basse tension domestique n'a pas bougé en 2026, d'accord. Personne de sérieux ne parie sur une stabilité de dix ans.

Le déploiement de 500 000 compteurs intelligents est programmé d'ici fin 2026. On présente ça comme la fin des factures approximatives — c'est aussi la fin d'un flou dont beaucoup d'ateliers s'accommodaient très bien. Quand le relevé devient réel et mensuel, les à-peu-près de trésorerie disparaissent. Certains vont découvrir leur consommation véritable pour la première fois.

Le solaire, oui. Pas en premier.

Voilà mon avis, et il déplaira à quelques installateurs. La photovoltaïque tunisienne a progressé : plus de 630 MW installés à mi-2026, dont environ 500 MW en résidentiel et 130 MW côté industriel et agricole, plus deux centrales de 50 MW entrées en service au printemps 2026 à Tozeur et Sidi Bouzid. Les décrets d'octobre 2024 ont révisé les tarifs de rachat garantis et normalisé les contrats de vente d'électricité, ce qui rend l'autoproduction nettement plus lisible qu'avant. Les subventions ANME/PROSOL existent.

Et pourtant les renouvelables ne pèsent que 9,2 % de la production nationale à mi-2026, très loin de l'objectif de 35 % en 2030. Le réseau sature au centre et au sud, les autorisations traînent, le financement coûte cher.

Traduction pour une PME de trente salariés à Ben Arous ou Sfax : le devis de 80 000 dinars que vous avez sur le bureau est peut-être excellent. Il est peut-être surdimensionné de 40 %. Vous ne le saurez pas tant que vous ignorez ce que vous consommez, quand, et pour produire quoi.

Un kWh, un produit, une marge

La majorité des PME tunisiennes que nous croisons rangent l'électricité dans les charges fixes. Une ligne annuelle, regardée quand elle augmente, oubliée le reste du temps. C'est une erreur comptable autant qu'industrielle : l'énergie d'un atelier de découpe n'est pas fixe, elle suit les séries lancées.

Ce qu'il faut, ce n'est pas une usine à gaz. Un relevé mensuel saisi dans votre outil de gestion, ventilé par atelier ou par ligne, rapproché du volume produit sur la même période. Vous obtenez un kWh par unité produite. À partir de trois ou quatre mois, la courbe parle : elle montre les heures creuses gaspillées, la machine qui consomme le double de sa voisine, la commande qui vous coûte plus cher que vous ne la facturez.

Un client transformateur agroalimentaire a fait l'exercice l'hiver dernier. Résultat : un compresseur qui tournait vingt-quatre heures sur vingt-quatre parce que le local n'était jamais verrouillé le soir. La clé dormait dans le tiroir du contremaître, à côté d'une boîte de tickets restaurant périmés. Neuf mille dinars par an. Aucun panneau solaire n'aurait corrigé ça.

Ce que je ferais dès septembre

Sortez douze mois de factures STEG. Saisissez-les — montant, kWh, puissance appelée, pénalités éventuelles de cos φ — comme vous saisiriez des achats matières. Dans Axiom ERP, ça tient dans un compte analytique et deux champs personnalisés ; ailleurs, un tableur discipliné fera l'affaire au départ, à condition que quelqu'un le tienne vraiment.

Puis rapprochez ces kWh de votre production réelle. Vous verrez immédiatement si votre coût de revient unitaire intègre l'énergie ou s'il l'estime au doigt mouillé. Dans neuf cas sur dix, c'est le second.

Ma recommandation est nette : donnez-vous un trimestre de mesure avant de signer quoi que ce soit en photovoltaïque. Vous dimensionnerez juste, vous négocierez mieux, et vous aurez déjà récupéré une partie de l'économie sans dépenser un dinar d'investissement. Le déficit national continuera de se creuser sans vous. Votre facture, elle, se pilote.

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