Déficit commercial à 17,85 milliards : votre coût d'achat a bougé
L'INS a publié ses chiffres du commerce extérieur le 12 septembre. À fin août 2026, le déficit atteint 17 853,8 millions de dinars, contre 14 639 MD un an plus tôt. Le taux de couverture recule à 71,4 %. Pour un dirigeant de PME, ce n'est pas un indicateur macroéconomique. C'est une ligne d'achat.
71,4 %, et ce que ça change à votre prix de revient
Les exportations progressent de 8 % sur huit mois, à 44 671,6 MD. Les importations montent de 11,6 %, à 62 525,4 MD. L'écart entre ces deux pourcentages, c'est tout le sujet. On importe plus vite qu'on ne vend au dehors, et la différence se paie quelque part.
La facture énergétique explique la moitié du trou : 8 930,2 MD à elle seule, en hausse de 28,5 %. Mais retirez l'énergie et il reste 8 923,7 MD de déficit. Les matières premières et demi-produits pèsent 4 544,1 MD, les biens d'équipement 3 125,5 MD, les biens de consommation 2 237,2 MD. Seul l'agroalimentaire dégage un excédent, 983,1 MD, porté par l'huile d'olive passée de 2 702,4 à 3 769,7 MD.
Traduction pour une PME : si vous achetez de l'acier, du polypropylène, du papier, des composants électroniques ou une machine, vos fournisseurs ont déjà répercuté une partie de cette hausse. Ils ne vous ont pas prévenus. Ils ont juste envoyé la facture suivante.
La facture fournisseur ne fait pas le coût d'achat
Voilà l'erreur la plus courante que l'on voit dans les dossiers de PME tunisiennes : la fiche article porte le prix de la facture fournisseur, et rien d'autre.
Prenez un lot de composants facturé 38 000 euros. Convertis autour de 3,4 dinars pour un euro cet été, vous êtes à environ 129 000 dinars. Ajoutez le fret et l'assurance, les droits de douane et redevances, le transit, le magasinage, le camion entre le port et votre dépôt. Selon la position tarifaire, vous arrivez facilement entre 142 000 et 146 000 dinars rendus magasin. Si votre système de gestion a enregistré 129 000, votre marge brute affichée est fausse d'une douzaine de points. Sur un produit vendu avec 18 % de marge théorique, vous travaillez à perte sans le savoir.
Les frais d'approche ne sont pas une subtilité d'expert-comptable. Les normes comptables tunisiennes demandent de les incorporer au coût des stocks — transport, manutention, droits non récupérables. Le problème n'est pas la règle. Le problème est que la facture du transitaire arrive cinq semaines après la marchandise, quand le lot est déjà à moitié vendu.
Le CMUP annuel, ce mensonge tranquille
Un distributeur de pièces détachées près de Sfax rangeait ses factures de transit dans un classeur distinct des factures fournisseurs. Deux classeurs, deux logiques, aucune réconciliation. Le café y était servi dans des verres à thé, ce qui n'a rien à voir. Son coût moyen pondéré était recalculé une fois par an, au moment de l'inventaire. Il tarifait donc toute l'année sur un coût vieux de douze mois, dans un marché où le prix d'achat importé a bougé de plus de 10 %.
Un CMUP recalculé une fois par an dans une PME qui importe, ce n'est pas de la comptabilité, c'est de la décoration. Le recalcul doit se faire à chaque réception, avec la valeur réellement engagée, quitte à corriger quand la facture d'approche tombe en retard. Un bon logiciel de gestion sait rattacher a posteriori un coût additionnel à un lot déjà réceptionné et rejouer la valorisation. Dans Axiom, c'est ce que fait le mouvement de stock daté et idempotent : la correction n'écrase pas l'historique, elle s'y ajoute.
Vous achetez en euros sans le dire
L'Union européenne fournit 45,1 % des importations tunisiennes. Beaucoup de PME raisonnent en dinars alors que leur exposition réelle est en euros, avec trois dates différentes : celle de la commande, celle de la réception, celle du paiement. L'écart entre les trois, c'est du résultat financier que personne ne suit.
Ajoutez que le loyer de l'argent n'a pas baissé — le taux directeur a été maintenu à 7 % fin juillet. Financer un stock importé coûte cher. Un mois de rotation en trop sur un lot de 150 000 dinars, ce n'est pas une abstraction : c'est de l'intérêt payé sur de la marchandise immobile.
Le chantier tient en trois semaines
Rien de tout cela n'exige un projet à six mois. Quatre choses, dans l'ordre :
- Figer une règle de coût rendu magasin et l'appliquer à toutes les réceptions importées, pas seulement aux grosses.
- Rattacher les factures de transit et de douane au lot concerné, avec un délai maximal accepté avant régularisation.
- Sortir une marge par ligne de vente, pas une marge globale mensuelle — la moyenne cache toujours les deux ou trois références qui saignent.
- Exploiter les factures d'achat électroniques d'El Fatoora comme données, pas comme PDF : elles arrivent structurées, autant les réconcilier automatiquement avec les réceptions.
Une remarque qui va déplaire : le tableur ne fera pas ce travail. Pas parce qu'il est mauvais, mais parce que personne ne rouvre un tableur de valorisation six semaines après pour y injecter une facture de transit de 1 800 dinars. L'outil doit le réclamer tout seul.
Notre recommandation, nette : bloquez une demi-journée cette semaine, prenez vos dix références importées les plus vendues, et recalculez leur coût réel rendu magasin sur le dernier trimestre. Comparez au prix de vente en vigueur. Si l'écart vous surprend, vous savez par où commencer.


