Le chèque recule, la traite explose : votre poste client change de nature

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 6 min de lecture
Quand vous acceptez une traite à 90 jours, vous accordez un crédit fournisseur dont vous n'avez jamais fixé le prix.

La Banque centrale a publié son bulletin des paiements n°17 le 14 août 2026. Le chiffre le plus parlant n'est pas celui du paiement mobile. Sur le premier semestre, les lettres de change progressent de 11,4 % en nombre. Le chèque, lui, recule de 10,7 %.

Trois lignes qui racontent la même histoire

Les chèques : 3,6 millions d'opérations pour 24,146 milliards de dinars, en baisse de 10,7 % en nombre et de 12,5 % en valeur. Les virements : 19,5 millions d'opérations, 40,865 milliards de dinars, en hausse de 5,2 % et 8,4 %. Les lettres de change : 2,4 millions d'opérations seulement, mais 28,103 milliards de dinars, soit +11,4 % en nombre et +9,7 % en valeur.

Faites la division vous-même. Une traite porte en moyenne près de 11 700 dinars, un chèque environ 6 700, un virement à peine plus de 2 000. La traite est devenue le véhicule des gros montants entre entreprises : elle a dépassé le chèque en valeur avec six fois moins d'opérations.

Rien de mystérieux là-dedans. Depuis la réforme du chèque appliquée début 2025 — plafonds, vérification préalable de la provision, procédure remaniée — l'instrument est devenu coûteux à émettre et pénible à recevoir. Les fournisseurs avaient pourtant besoin de continuer à accorder du délai à leurs clients. Ils ont ressorti la traite, qui dormait dans les manuels de commerce depuis vingt ans.

Un soulagement qui n'en est pas un

Autant le dire franchement : la lettre de change n'est pas une modernisation du paiement, c'est un report de l'échéance.

Quand vous acceptez une traite à 90 jours, vous accordez un crédit fournisseur dont vous n'avez jamais fixé le prix. Le risque d'impayé ne s'évapore pas ; il glisse d'un trimestre et sort de votre champ de vision. La vente est enregistrée, la marge s'affiche au tableau de bord, l'encaissement attend quelque part. Chez le banquier, l'escompte vous coûtera quelques points. Beaucoup de gérants découvrent le vrai prix du délai à ce moment précis, pas avant.

Un atelier de menuiserie de la banlieue sud gère encore son portefeuille d'effets avec un classeur à soufflet et un élastique par mois d'échéance. L'élastique de novembre avait cédé l'an dernier. Ce n'est pas une caricature : c'est la norme dans une bonne partie du tissu industriel tunisien.

L'encaissement s'est fragmenté

Pendant que la traite montait, le reste bougeait aussi. Les terminaux de paiement actifs atteignent 45 600, avec 25,3 millions de transactions de proximité (+18,8 %) pour 3 063,8 millions de dinars. Le commerce en ligne compte 1 456 sites marchands et 10,3 millions de transactions, en hausse de 28,1 % en montant. Côté portefeuilles mobiles : 512 000 wallets actifs, 5 millions de transactions (+31,5 %), 914,2 millions de dinars de flux, 18 prestataires agréés. Depuis la note BCT n°2026-132 du 5 mai 2026, tous ces wallets — banques, Poste, établissements de paiement — affichent le même label national, TUNPAY.

Traduction pour votre comptabilité. Un même client peut vous régler par virement en janvier, par traite acceptée en mars, par wallet en juin. Trois pièces justificatives, trois délais, trois logiques de rapprochement bancaire. Si votre suivi client vit dans un classeur Excel, le lettrage devient un travail de nuit à chaque fin de trimestre, et vos relances partent sur des soldes faux.

Et les 30 milliards en espèces

Le 21 août 2026, les billets et pièces en circulation ont franchi 30,040 milliards de dinars, contre 25,902 milliards un an plus tôt. Près de 16 % de hausse sur douze mois. Les économistes ne s'accordent pas : effet saisonnier et contrecoup de la réforme du chèque pour Jameleddine Ouaididi, déséquilibre plus profond — informel, défiance envers les banques — pour Aram Belhaj. Les deux lectures tiennent debout.

Vous n'avez pas à trancher ce débat. Retenez le fait brut : une part de votre chiffre d'affaires continuera d'arriver en liquide, et elle doit être tracée avec la même discipline que le reste. Les administrations croisent de plus en plus leurs fichiers, et l'écart entre ce que vous facturez et ce que vous déclarez devient plus visible chaque année.

Ce qu'il faut mettre en place, concrètement

  • Un échéancier d'effets à recevoir tenu dans le même système que vos factures, pas dans un fichier à part.
  • Le mode de règlement et la date d'échéance portés sur chaque facture dès l'émission, jamais renseignés après coup.
  • Un lettrage automatique entre relevé bancaire et factures, quel que soit le canal d'encaissement.
  • Un plafond d'encours par client, avec blocage réel quand il est atteint. Un plafond qu'on peut ignorer d'un clic n'est pas un plafond.

Une suite de gestion comme Axiom sert d'abord à ça : rattacher chaque encaissement attendu à la facture qui l'a créé, et sortir un état des effets à échéance sans ressaisie. Ce n'est pas de la magie, c'est de la plomberie.

Ma recommandation, et elle ne plaira pas à tout le monde : n'acceptez plus de traite au-delà de 60 jours tant que vous ne savez pas, chaque lundi matin, combien d'effets arrivent à échéance dans les trente jours et chez quels clients. Tant que cette réponse demande une demi-journée de travail, vous ne pilotez pas votre trésorerie — vous la subissez.

À lire aussi