Le paiement à la livraison plombe votre e-commerce plus que la logistique

· L'équipe Axiom, ERP & gestion d'entreprise · 5 min de lecture
Le paiement à la livraison n'est pas un mode de règlement. C'est un crédit gratuit que vous accordez à des inconnus.

Deux chiffres publiés à trois jours d'intervalle, début juin. Les paiements électroniques ont progressé de 81 % en 2025. Et 8,7 % des Tunisiens seulement ont acheté en ligne au cours des douze derniers mois. Les deux sont vrais. Ensemble, ils racontent une histoire que peu de dirigeants lisent correctement.

Une croissance spectaculaire sur une base minuscule

Les données de la Banque centrale, reprises par Khbab Hadhri, directeur du développement du commerce électronique au ministère du Commerce, donnent le détail : 1 005 établissements adhérents au système de paiement électronique, 19,3 millions de transactions, 1 375 millions de dinars de valeur. Le nombre d'opérations a grimpé de 81 %, soit 8,4 millions de transactions supplémentaires.

Impressionnant sur le papier. Rapporté à la consommation nationale, ça reste une goutte. Quand on part de très bas, doubler ne prouve pas grand-chose — ça prouve juste qu'on partait de très bas.

Le chiffre qui devrait vous intéresser davantage vient de Fayçal Belaïd, économiste et directeur de programmes à la Cnuced, cité le 4 juin 2026 : 86 % des transactions du commerce en ligne tunisien se règlent en espèces à la livraison. Avec un taux de pénétration d'internet de 76 %, supérieur à la moyenne mondiale. Le problème n'est donc pas la connexion. Ni le smartphone.

Ce que le cash à la livraison fait à votre trésorerie

Le paiement à la livraison n'est pas un mode de règlement. C'est un crédit gratuit que vous accordez à des inconnus, financé par votre fonds de roulement, avec un taux de défaut que personne dans votre entreprise ne calcule.

Regardez le cycle réel. Vous achetez la marchandise, vous la stockez, vous préparez le colis, vous payez le transporteur, le colis part. Puis vous attendez. Le client accepte ou refuse — en Tunisie, les taux de refus sur certaines catégories dépassent régulièrement les 20 % selon les acteurs du secteur. Le transporteur encaisse, garde les fonds une quinzaine de jours parfois davantage, puis vous reverse un montant global. À vous de retrouver quel virement correspond à quelles commandes.

Un gérant d'atelier de confection que nous accompagnons faisait ce rapprochement dans un tableur de quarante colonnes, chaque lundi matin, avec un stylo rouge pour les lignes non identifiées. Il avait un stylo rouge par transporteur. Trois transporteurs, trois stylos.

Le colis refusé, lui, revient. Il repasse par le stock, ou il n'y repasse pas et disparaît des compteurs. Combien coûte un retour chez vous ? Si vous ne savez pas répondre en trente secondes, votre marge e-commerce est une estimation, pas un chiffre.

Votre stock ignore que vous vendez en ligne

C'est le deuxième point de rupture, et il est banal. La boutique en ligne tient son propre inventaire, le magasin tient le sien, et les deux se parlent une fois par jour dans le meilleur des cas. Résultat : vous vendez en ligne un article qui vient de partir en boutique. Vous appelez le client pour annuler. Il ne revient pas.

Un stock unique, avec réservation à la commande et non à l'expédition, règle 80 % de ces incidents. Ce n'est pas de la haute technologie. C'est de la plomberie — mais de la plomberie que beaucoup de PME repoussent parce qu'elle ne se voit pas sur la vitrine.

Même logique côté facturation. Chaque commande en ligne finit par générer une pièce comptable qui devra, tôt ou tard, passer par la plateforme TTN. Si vos ventes web arrivent dans votre comptabilité par ressaisie manuelle en fin de mois, vous avez déjà perdu.

La stratégie nationale ne vendra rien à votre place

L'État a lancé les consultations de la Stratégie nationale du commerce électronique 2027-2031 les 3 et 4 juin 2026 à Tunis, sous pilotage du ministère du Commerce et du Développement des exportations, avec un financement du Seco suisse et l'assistance technique de la Cnuced. Finalisation prévue en février 2027. Ambition affichée : faire de la Tunisie une plateforme régionale de référence à l'horizon 2031.

Les chantiers identifiés sont les bons — cadre réglementaire, logistique, généralisation des paiements électroniques, cybersécurité, coordination institutionnelle. En parallèle, la CONECT, la Chambre de commerce et d'industrie de Tunis et le Centre du commerce international accompagnent gratuitement 84 PME de services sur trois ans, avec au moins la moitié des bénéficiaires hors Grand Tunis. Les candidatures se sont closes le 25 avril 2026, les sélections annoncées en mai, et le programme doit s'élargir en 2027-2028.

Bonne nouvelle pour ceux qui en font partie. Pour les autres — l'écrasante majorité — février 2027 est loin, et une stratégie nationale n'a jamais réconcilié un relevé de transporteur.

Ce qu'il faut faire avant que le cadre bouge

Trois choses, dans cet ordre.

  • Mesurez votre taux de refus et votre délai réel d'encaissement, transporteur par transporteur, sur les six derniers mois. Le chiffre vous surprendra.
  • Unifiez le stock entre canaux, avec réservation à la commande.
  • Automatisez le rapprochement : chaque versement du transporteur doit se pointer tout seul contre les commandes concernées, et générer la pièce comptable correspondante.

Ensuite seulement, poussez le paiement en ligne. Une remise de 3 % sur le prépaiement coûte moins cher qu'un colis refusé, et vous en aurez le cœur net une fois le premier point mesuré. C'est exactement le genre de flux qu'un ERP comme Axiom relie de bout en bout, du panier à l'écriture, sans ressaisie.

Ma recommandation : ne lancez pas de nouveau canal de vente tant que vous ne savez pas ce que vous coûte un retour. Ce chiffre-là décide de tout le reste.

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